Amman a exécuté deux djihadistes irakiens, dont la détenue réclamée par Daech, en représailles à l’exécution d’un pilote jordanien, brûlé vif dans une cage.

13672338

La vengeance de la Jordanie n’a pas tardé. Amman a exécuté mercredi 4 février à l’aube deux djihadistes irakiens, dont Sajida Al-Rishawi, la détenue réclamée par le groupe Etat islamique, en représailles à l’exécution d’un pilote jordanien par l’Etat islamique, brûlé vif dans une cage.

Daech avait demandé la libération de cette djihadiste irakienne, condamnée à mort pour sa participation à des attentats meurtriers en 2005 à Amman, en échange de l’otage japonais Kenji Goto, lui aussi finalement assassiné par le groupe djihadiste.

L’exécution de Sajida Al-Rishawi et de Ziad Karbouli, un responsable d’Al-Qaïda, a eu lieu à 4 heures locales (3 heures, heure de Paris).

Qui était cette Sajida al-Rishawi qui aurait pu servir de monnaie d’échange ? « L’Obs » fait le point.

Qui est Sajida al-Rishawi ?

13654430

Sajida al-Rishawi à la télévision jordanienne lors de son procès en 2006 (TV/AP/SIPA)

L’Etat islamique parlait d’elle comme d’une « sœur emprisonnée ». Sajida al-Rishawi, Irakienne de 44 ans, était effectivement une proche des « historiques » d’Al-Qaïda en Irak.

Elle était la sœur de Samer Moubarak al-Rishawi (aussi désigné comme Thamer Mubarak Atrous), le bras droit d’Abou Moussab al-Zarqaoui, qui était le chef d’Al-Qaida en Irak (jusqu’à sa mort en 2006) et « l’émir » de la province d’Al-Anbar.

Son frère a été tué en 2004 pendant la première bataille de Fallujah (Irak), qui a opposé des insurgés sunnites aux forces américaines. Un autre frère de Sajida et un de ses beaux-frères ont également été tués lors de combats avec l’armée américaine.

Dans un entretien à la télévision jordanienne, Sajida al-Rishawi avait raconté être originaire de Ramadi (ville à l’ouest de Bagdad en Irak) et être arrivée en Jordanie en 2005 avec son mari, Ali Hussein al-Shammari, grâce à de faux passeports.

Pourquoi était-elle emprisonnée ?

Sajida al-Rishawi avait été condamnée à mort en septembre 2006 pour sa complicité dans des attentats qui ont fait 57 morts et 90 blessés à Amman (Jordanie) un an plus tôt.

Le 9 novembre 2005, trois attentats-suicides ont dévasté trois hôtels d’Amman, surtout fréquentés par des diplomates, des expatriés et des touristes. Les attaques ont été notamment commises par son mari, Ali Hussein al-Shammari.

Quelques jours après les attentats, Sajida al-Rishawi était arrêtée et la télévision jordanienne avait diffusée des images la montrant avec une ceinture d’explosifs autour de la taille. Elle s’était ensuite livrée à une confession télévisée, expliquant d’un ton calme :

Je suis entrée en Jordanie avec mon mari […] avec des passeports irakiens falsifiés […]. En Jordanie, nous avons loué un appartement et [mon mari] avait deux ceintures explosives. Il en a porté une, m’a fait porter l’autre et m’a appris comment l’utiliser […] pour exécuter [l’opération] dans des hôtels en Jordanie […]. Nous avons pris un taxi et nous nous sommes dirigés vers l’hôtel [Radisson] où nous nous sommes mis chacun dans un coin. Il y avait un mariage, des femmes, des hommes et des enfants. Mon mari a réussi à se faire exploser, moi j’ai essayé mais je n’ai pas pu, ça n’a pas explosé. J’ai vu les gens courir et s’enfuir de l’hôtel. Je me suis enfuie comme eux. »

13654420

Le témoignage télévisé de Sajida al-Rishawi en novembre 2005 (AMR NABIL/AP/SIPA)

« J’ai essayé de me faire exploser, mais j’ai échoué », avait-elle poursuivi. Sajida al-Rishawi n’a pas pu déclencher sa ceinture d’explosifs parce qu’elle a oublié un élément crucial de la gâchette dans la voiture, avait expliqué le « New York Times » à l’époque.

Depuis sa condamnation à mort par pendaison, l’Irakienne n’avait jamais été revue en public et demeurait emprisonnée en Jordanie. Son appel avait été rejeté en 2007. La même année, la Jordanie avait entamé un moratoire sur la peine de mort, suspendant les exécutions, qui n’ont repris le mois dernier.

Pourquoi Daech réclamait sa libération ?

13654432

La ceinture d’explosifs de Sajida al-Rishawi qui n’a pas explosée en 2005 (AP/Sipa)

Les attentats de 2005 ont été revendiqués par la branche irakienne d’Al-Qaïda, alors dirigée par le Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui. Il convient de rappeler que l’Etat islamique est une émanation d’Al-Qaïda en Irak.

L’actuel chef de Daech, Abou Bakr al-Baghdadi, a servi comme lieutenant d’Abou Moussab al-Zarqaoui, souligne NBC. Les liens familiaux et organisationnels de Sajida al-Rishawi avec l’Etat islamique expliqueraient ainsi cet appel à la libération de l’Irakienne, estime sur NBC Karima Bennoune, professeure de droit international à l’université de Davis (Californie).

De plus, selon elle, le groupe islamiste souhaitait apparaître comme un défenseur des femmes musulmanes. En effet, ce n’est pas la première fois que Daech réclamait la libération d’une djihadiste. Après l’exécution du journaliste James Foley en 2004, le groupe exigeait la libération d’Aafia Siddiqui. Populaire auprès des djihadistes, celle qui est surnommée « Lady al-Qaïda » purge une peine de 86 ans de prison au Texas (Etats-Unis) pour tentative de meurtre sur des officiers américains en Afghanistan.

Alain Rodier, directeur de recherche au sein du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), explique sur Atlantico que la libération de telles figures symboliques djihadistes permettrait à l’Etat islamique d’afficher sa supériorité face au mouvement initial d’al-Qaïda, afin de réunir les mouvements encore fidèles à Ayman al-Zaouahiri (dont Aqmi, Aqpa, les Shebabs somaliens, Boko Haram, etc.). Au passage, la libération d’Aafia Siddiqui ou de Sajida al-Rishawi pourrait permettre « d’étayer le discours de l’Etat islamique en direction de la gente féminine », qui entend séduire un maximum de musulmans sunnites, notamment les femmes autorisées à suivre des études.

La Jordanie était-elle prête à la libérer ?

La Jordanie s’était dite prête à libérer Sajida al-Rishawi en échange de son pilote, Maaz Al-Kassasbeh, capturé le 24 décembre à la suite du crash de son F-16 alors qu’il menait un raid sur des positions de l’Etat islamique en Syrie.

La Jordanie est tout à fait prête à libérer la prisonnière Sajida Al-Richaoui si le pilote jordanien est libéré sain et sauf », avait affirmé la télévision d’Etat citant le porte-parole du gouvernement, Mohammad Al-Momeni.

Néanmoins, le gouvernement jordanien exigeait des assurances que son pilote était bien en vie. Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Nasser Joudeh, avait ainsi affirmé sur Twitter : « Nous avons demandé depuis un moment des preuves que le héros Maaz est en vie et en sécurité mais nous n’avons rien reçu. »

13654424

L’otage Kenji Goto tenant la photo du Jordanien Maaz Al-Kassasbeh (AP/SIPA)

Maaz Al-Kassasbeh, 26 ans, était retenu depuis le 24 décembre par Daech. Le 29 décembre, le groupe avait publié dans son magazine en anglais, Dabiq, ce qu’il présente comme « un entretien » avec le pilote jordanien où il disait s’attendre à être tué par ses ravisseurs. Jamais, en effet, l’Etat islamique n’avait laissé penser qu’il était prêt à libérer le pilote jordanien. Il a finalement été brûlé vif dans une cage mardi 3 février.

Le Japon avait de son côté demandé l’assistance de la Jordanie pour sauver son ressortissant, Kenji Goto, journaliste indépendant, retenu depuis la fin d’octobre.

Article19.ma / B.M. et R.F.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.