Dr Mohamed Chtatou

Les Libyens, dans leur guerre civile coûteuse et éternelle, semblent agir comme des jeunes mineurs plus enclins à régler leurs conflits juvéniles et leurs crises de délinquance avec des combats sans fin qu’avec de joutes verbales et querelles linguistiques normales qu’on a dans des négociations politiques sérieuses.

En réalité, le conflit Libyen-Libyen actuel est un problème psychologique très inquiétant qui fait qu’on se demande si ce pays est un état-nation ou simplement une collection de tribus du désert indisciplinés et passionnés par l’idée d’envahir d’autres tribus afin d’humilier leurs femmes et se faire du butin de guerre.

La Libye, un pays fracturé, sclérosé et dysfonctionnel

La Libye, en tant que pays et en tant qu’état, ne semble plus exister, il a été remplacé par divers «gouvernements sur papier», des groupes religieux fondamentalistes, des tribus traditionnelles et des factions militaires et, récemment, même l’ISIS a presque établi son propre gouvernement dans le pays si les pays occidentaux n’avaient pas intervenu auprès des groupes armés libyens pour les inciter et les pousser à évincer cette organisation terroriste qui se nomme Etat islamique.

En conséquence, toute la Libye est prise dans un incroyable brouhaha: tous les Libyens se tirent dessus les uns les autres et quand ils parlent, ils parlent tous en même temps et personne n’écoute personne, et la meilleure c’est qu’ils blâment le reste du monde pour leur dilemme. Il y a certainement quelque chose qui ne va pas dans leur mode de pensée, leur philosophie et leur logique.

Dans la grande querelle libyenne, qui se déroule en continu depuis la mort de Kadhafi en 2011, il y a trois protagonistes majeurs et des centaines de petits joueurs ayant différents agendas politiques et d’énormes egos:

Les islamistes:

Ils ont pignon sur rue à Tripoli et ont formé un gouvernement reconnu par la communauté internationale parce que c’est le résultat de l’Accord de Skhirate du 17 décembre 2015, négocié par l’UNSMIL sous l’égide de l’ONU. Ce gouvernement n’a pas réussi à faire participer tous les protagonistes aux négociations et agit comme la seule force politique légitime dans le pays et en quelque sorte la volonté incarnée de Dieu. Le chef du gouvernement Fayez al-Sarraj se comporte, quant à lui, plus comme un chef de la milice que comme Premier ministre dont l’objectif primordial et d’unifier le pays, en faisant appel à toutes les bonnes intentions à lui apporter le soutien nécessaire pour arriver à une solution négociée du problème libyen, acceptable pour tous.

La question, cependant, est: est-il incapable d’amener les gens à s’entendre sur le salut libyen ou a-t- il des conflits personnels avec la classe politique?

Les laïcistes:

Ils se trouvent à Tobruk sous la direction du général militaire à la retraite, Khalifa Haftar, un personnage fantasque et erratique, âgé de 73 ans qui n’a qu’une seule chose en tête : chasser les Islamistes du pouvoir et créer une forme de gouvernement semblable à celui d’Al-Sisi d’Egypte, totalement contrôlé par l’armée et où les islamistes et les démocrates n’auront point de place quelconque. L’Occident pourrait s’accommoder d’un tel gouvernement, comme dans le cas de l’Égypte pour des raisons de sécurité, mais ils ne l’accepteront jamais pleinement en tant que tel. Haftar a de bonnes relations avec les Américains et la CIA et il est actuellement en train d’essaie d’équilibrer ses amitiés avec de bons liens avec la Russie, un comportement qui irrite Washington.

Les tribalistes:

La tribu Zintan a libéré le Seif al-Islam Qaddafi le 12 avril 2016 après que sa peine de mort par une cour de Tripoli ait été annulée par le gouvernement de Tobruk, sans doute pour lui permettre de jouer un rôle politique majeur dans la future Libye et brouiller les pistes des Islamistes et le gouvernement de Tripoli.

Ainsi, les Zintans n’ont pas seulement libéré le fils de Muammar Qaddafi, mais ils lui ont également prêté, avec d’autres tribus, sermon pour devenir le prochain leader de la Libye. Il s’agit, sans aucun doute, d’un geste d’apologie pour l’ère de Qaddafi, au cours de laquelle la Libye était stable à l’intérieur, crainte à l’échelle internationale et économiquement prospère. Maintenant, les Libyens doivent lutter, au quotidien, pour avoir leur pain, sans oublier, pour autant, que leur vie est constamment en danger de mort.

La Libye tribale

À l’heure actuelle, le drame de Sisyphe de la Libye c’est qu’il y a trop de chefs et très peu d’Indiens et que ces chefs présumés ont des egos plus grands que leur intelligence ou leur sens du patriotisme et d’appartenance. Donc, à bien des égards, leurs personnalités trompeuses utilisent leurs positions de leadership pour satisfactions personnelles et l’intérêt du pays vient, toujours, en position secondaire. C’est pourquoi le chaos et le dysfonctionnement actuels de ce pays continuent de croître, sans cesse. Il semble, en perspective, que les querelles personnelles prennent le pas sur les différences politiques et l’intérêt national.

Ainsi, à bien des égards, toutes les factions actuelles en Libye réagissent actuellement aux réactions de l’autre de manière tribale, ce qui est une impulsion innée. À peine pense-t- il à la Libye en tant que pays, pour le moment. Sous Qaddafi, la Libye était un pays parce qu’il avait des visions mégalomanes aux niveaux arabe, islamique, africain et international.

Une preuve tangible de cela est que de nombreuses factions, milices ou tribus essaient de gagner de l’argent en vendant du pétrole ou en percevant une taxe de passage élevé auprès des immigrants économiques africains qui veulent utiliser le sol libyen comme un tremplin pour aller à l’Eldorado européen. Ainsi, les Libyens, dans leur majorité, pensent à leur région ou plutôt à leur tribu plus qu’ils pensent à leur pays ou leur nation, et, en fait, chaque région / tribu a sa propre milice pour la protéger et personne ne fait confiance à l’armée nationale ou la police, s’ils existent toujours.

Dans cette atmosphère chargée, la philosophie sous-jacente est, double à plus d’un titre, et elle est purement tribale, hélas:

– L’ennemi de mon ennemi est mon ami; et

– Moi et mon frère contre mon cousin.

En d’autres termes, le concept de la Libye est reconnu, pour le moment, d’une manière générale et diffuse, mais l’intérêt régional prime toujours même parmi les islamistes dont le concept de la Oumma «nation des croyants» est supposé prévaloir sur tout autre ordre social. Les diverses milices islamistes dans le pays n’ont pas pu se ranger sous la bannière de l’islam. En quelque sorte, chacun combat sa propre guerre pour ses propres intérêts et la gagne au nom d’Allah, bien sûr.

Alors, que faire maintenant?: Dialogue libyen-libyen en Libye

La Libye est gravement confrontée à une désintégration, fort possible éminemment, en trois états de nature taifa; Tripoli, Tobruk et Zintan et, peut-être, encore plus. Jusqu’à présent, les Libyens s’appuient sur des forces politiques extérieures pour les réunir: Washington, Bruxelles, Rabat, Alger, Le Caire, ONU, etc., en vain, en raison de leur comportement tribal. D’une certaine manière, ces pays ont abandonné, pour l’instant, la Libye malgré sa richesse et les diverses opportunités d’affaires qu’elle offre, à cause de son entêtement maladif et viscéral.

Par conséquent, les Libyens ne doivent compter que sur eux-mêmes. D’abord, ils doivent constituer un Conseil National de Salut composé de politiciens séniors de toutes les régions et de toutes les tendances politiques pour organiser un Dialogue National Libyen afin de former, de toute urgence, un Gouvernement National de Salut dont la première action consisterai, éventuellement, à mettre sur pied une véritable armée et une force de police qui seront chargées de désarmer les milices et d’organiser des élections municipales et législatives, par la suite.

En un mot, ce dont les Libyens ont besoin d’urgence, c’est un dialogue libyen-libyen en Libye.

Seraient-ils attentifs à ce conseil? Seul le temps le prouvera.

Article19.ma

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