L’équation Benkirane vs USFP?

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Par  Ali Bouzerda

Benkirane est sorti par « la petite porte » mais reste dans les parages pour suivre à distance les prochaines consultations que mènera Dr Saâdeddine El Othmani à partir de lundi 20 mars 2017. Quoique ne sachant par où commencer, Dr El Othmani entamera une mission délicate afin de trouver le remède aux dégâts laissés par son prédécesseur, en bref comment sortir de l’impasse?

Impasse ou « blocage » qu’a crée Benkirane pendant cinq mois à cause d’un entêtement jusqu’au boutiste. Face aux autres, Benkirane pensait « avoir raison » tout le temps et surtout être un homme « indispensable ». En outre, il était convaincu d’être investi d’une « mission divine » et que sans lui, le Maroc tomberait inéluctablement dans le chaos et l’anarchie.

Par ailleurs, le choix du Dr El Othmani, numéro 2 du PJD, fait dans le respect des dispositions de la Constitution, n’a semble-t-il pas impressionné grand monde au sein de la direction de ce parti y compris Benkirane. Ce parti islamiste aux ramifications diverses que certains décrivent comme « modéré » n’a pas changé sa position d’un iota par rapport à son adversaire de toujours, l’USFP.

Et pour cause, le communiqué que le Conseil National a pondu, samedi tard dans soirée, et lu par l’un des confidents de Benkirane — qui tenta, sans succès de faire de l’humour dans de pareilles circonstances –, a rappelé avec obstination « le rôle clef » passé du leader indéboulonnable du parti de la Lampe, à savoir Benkirane, et ce, qu’on l’aime ou pas, tout le monde doit se plier à la volonté de cet homme et non à celle de « la démocratie interne » qu’on raconte aux enfants.

« Le PJD c’est Benkirane et Benkirane c’est le PJD, » a déclaré aux médias, Abdellah Bouanou, politicien professionnel, dans une réaction à la suite de l’éviction inattendue de Benkirane.

La réunion extraordinaire, à la demande de Benkirane de ce fameux Conseil, a duré 11 heures comme à l’époque du parti unique dans certains pays arabes. Tout ce temps pour se convaincre et tenter de convaincre l’opinion publique que le chef de la Zaouia Pjidiste « n’était pour rien » dans la crise politique que vit le Maroc depuis octobre 2016. Crise que Benkirane appelle « blocage » pour se justifier et qui malheureusement risque de durer encore pendant quelque temps, car Dr El Othmani a déjà les mains liés par la décision du Conseil qu’il préside mais ne contrôle pas.

Le « remote-control » a été remis aux mains de Benkirane qui va se donner un malin plaisir à orienter à sa guise les consultations.

Bien installé dans son salon tel un manitou islamiste face à une table bien garnie de petits plats d’amandes et de noix…et un bon thé à la menthe, Benkirane ne se privera pas de tirer les ficelles à partir de l’Avenue Jean Jaurès.

Et il ne faut pas se leurrer en essayant de lire de manière « optimiste » le communiqué final du Conseil du PJD car les scribes ont bien noyé l’essentiel des « exigences » dans une phraséologie qui prête à une interprétation à géométrie variable.

Alors qu’en fait, le noeud du problème est la position initiale et incontournable de Benkirane relative au refus catégorique d’associer l’USFP à la prochaine coalition. Cette position dite « ligne rouge » à ne pas dépasser. Il faut lire entre les lignes pour la dénicher et comprendre ce que veut la direction du PJD à la veille des rencontres du Dr Othmani avec Aziz Akhannouch et ses alliés.

D’ailleurs, le communiqué final « félicite » Benkirane sur son approche et sa « bonne gestion » des négociations passée et relevé son « sens de responsabilité et de compromis ». Le Conseil a souligné la nécessité de former rapidement un « gouvernement homogène et fort », en d’autres termes, il ne veut pas d’intrus. Le message est clair et n’a pas besoin d’explication car les nombreux intervenants lors du meeting de Salé ont exprimé leur « rejet » de l’USFP, point barre.

In fine, Benkirane sera là tout le temps pour veiller au grain. Il laissera peut-être le Dr El Othmani faire quelques concessions sauf sur ce point crucial (l’USFP) qui représente la pomme de discorde et où réside sa responsabilité dans le « blocage ».

A rappeler que dans son speech devant des jeunes du PJD, récemment à Oualidia, Benkirane a réaffirmé son « no pasáran! » quant aux gens de l’USFP, quelque soit le prix à payer personnellement, « sinon je ne suis pas Benkirane », a-t-il dit, sur un ton de colère et de fierté.

Question de principe ou plutôt « la folie des grandeurs »? Le Dr El Othmani, en sage psychiatre aurait dû aider son collègue à faire attention car son ego surdimensionné risque d’amener le PJD droit vers le mur de l’opposition, que nombreux politiciens du PJD haïssent.

Au Maroc, l’opposition ressemble à un espace sauvage où les partis qui ont déjà goûté au petit-lait du Makhzen, peuvent y laisser des plumes. Bien évidemment, certains cadres du PJD comme Rebbah, le savent bien et au fond d’eux-mêmes veulent s’accrocher aux sièges confortables du pouvoir et éviter un bras de fer avec le Palais. Mais…

On peut élaborer plusieurs scénarios y compris celui d’un « succès probable » du Dr El Othmani dans sa mission car un Soussi face à un autre Soussi (El Othmani vs Akhannouch) peuvent trouver « la clé magique », mais un doute subsiste à cause de l’équation Benkirane.

Benkirane serait de tempérament « rancunier » et « têtu », dit-on. Et il serait difficile de changer un homme à certain âge, surtout quant il se sent « humilié » après avoir été débarqué « sans préavis », lui qui était au top de sa gloire et de sa popularité, disent ses proches.

Sauf miracle, le compte à rebours a-t-il déjà commencé?

 

Article19.ma

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