Benkirane : « L’éléphant dans un magasin de porcelaine… »

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Par Ali Bouzerda

Etymologiquement, l’expression renvoie à cette image insolite que de par sa taille et son poids, un éléphant errant dans un magasin de porcelaine causerait beaucoup de « dégâts ».

En fait, « les dégâts » ne datent pas du weekend dernier et la fameuse sortie médiatique sur « l’humiliation » du peuple marocain. Benkirane et ses dégâts remontent à son arrivée à la primature et ne seront visibles à l’œil nu que dans les années à venir à cause d’un discours populiste et nihiliste qu’il a initié personnellement et qui a « intoxiqué » la scène politique et semé la confusion au sein des partis politiques y compris ceux qui ont plus d’un demi-siècle d’histoire.

Bien évidemment, Benkirane se présente depuis cinq longues années comme « la victime » de ce que ses frérots appellent « l’État profond » dans une allusion au Makhzen et aux commis de l’État qui sont allergiques ou plutôt vaccinés contre les paroles mielleuses des islamistes.

Benkirane a même convaincu certains journalistes Outre-mer que lui et son parti sont « assiégés », nuit et jour, par des forces obscures qui « entravent » leurs actions en faveur « du peuple marocain ». Le PJD et son leader sont devenus les tuteurs de ce « pauvre » et « mineur » peuple marocain. Les autres, tous les autres sans exception, n’ont pas le droit de parler en son nom car le seul parti en qui ce « peuple » aurait confiance et aurait donné sa voix pour parler en son nom, c’est Monsieur Benkirane. A noter que le petit « peuple » qui a voté pour le PJD ne dépasse pas 1,8 millions de citoyens. Insolite !

En politicien aguerri et aigri, Benkirane procède avec démagogie et spontanéité calculées pour dire ce qu’il pense ou ce que lui dicte sa paroisse afin de passer le message ; même si cela risque de fâcher et de causer des « dégâts », il pense que ce n’est pas grave en fin de compte.

In fine, Benkirane est convaincu, d’une part, que ce qu’il prêche est dans l’intérêt du PJD et de ses sympathisants au Maroc et à l’étranger. D’autre part, il est toujours prêt à se rétracter et à réinterpréter ses propos quitte à dire tout le contraire de ce qu’il avait affirmé auparavant. Ce genre de comportement a été observé chez de nombreux populistes de droite et d’extrême-droite en Europe et aux USA. D’ailleurs Donald Trump est le type modèle dans ce domaine, sauf qu’il déteste les islamistes contrairement à Obama et son équipe qui ont balisé le chemin aux barbus de tout poil dans différentes régions du Monde arabe.

Au fait, Benkirane ne s’excuse jamais car un leader doit « rester ferme », semble-t-il. En commettant un grave impair sur le parallèle entre « la tournée royale en Afrique » et « l’humiliation du peuple marocain, » Benkirane savait bien ce qu’il disait devant ses syndicalistes barbus à Salé. Il prenait son temps pour réfléchir et au passage raconter une anecdote sur un individu enterré vivant avec un mort pour voir à quoi ressemble dans la tombe « l’interrogatoire » de l’ange Asraël ?  L’ange de la mort commence à interroger l’intrus qui lui répond : « ce n’est pas moi le défunt…je suis encore vivant ». Une allusion au leader du PAM et un message qui dit tout sur l’état d’esprit du chef du parti de la lampe. Une lampe qui n’éclaire plus le chemin car elle manque de pétrole, semble-t-il.

D’où cette « urgence » de chercher « le pétrole » qui se trouve à la primature, qui, elle, reste suspendue et dépendante de la formation d’une nouvelle coalition gouvernementale. L’accouchement a pris du temps pour différentes raisons dues en grande partie à l’entêtement et à l’égo surdimensionné de Benkirane. Les exemples ne manquent pas pour illustrer comment il a changé de positions durant les 4 derniers mois, cherchant en priorité son intérêt et nulle autre chose…

Impatient, Benkirane s’agite et sur son passage il laisse des dégâts. Il ne veut écouter personne car il a attrapé ce virus qu’on appelle « la folie des grandeurs ». Six ans après, Benkirane rappelle à ses auditeurs qu’il aurait « sauvé » le Maroc de la tempête du Printemps Arabe et que son Cabinet était « le meilleur gouvernement » qu’a connu le Maroc depuis l’indépendance.

Avec un manque grave de modestie et d’humilité, il balaye l’histoire post-indépendance et ses hommes. Il efface tout sur son chemin afin de rester la seule lumière qui éclaire le Maroc. Cela nous rappelle la chanson « Ana wahdi ndhaoui lblad ! » (Moi seul, j’éclaire le pays) du célèbre artiste populaire, Abdelhadi Belkhayat.

En fait, le rêve de Benkirane ne serait-il pas d’écraser ses « adversaires » sur la scène politique et demeurer avec sa lampe le seul interlocuteur du Palais : « sérieux », « clean » et « crédible », selon ses propres mots. Les autres : des crocodiles, des voleurs, etc.

Et si on ne l’écoute pas, Benkirane se fâche et piétine tout sur son chemin, quitte à passer aux « menaces » dans un discours ambigu qui rappelle l’année 1975, l’époque de la Jeunesse Islamique. D’ailleurs, Benkirane a affirmé que lui et son parti demeurent attachés à « la voie tracée il y a 40 ans », et au passage il évoqua « maalim fi tariq » (les jalons sur le chemin…), expression qui renvoie implicitement aux écrits de Sayed Qotb.

Pour rappel, Sayed Qotb est considéré comme l’un des idéologues des Frères Musulmans et promoteur du Jihad salafiste. Cette nébuleuse islamiste a pour logo deux sabres et un verset du Coran : « Et préparez [pour lutter] contre eux tout ce que vous pouvez comme force … »  

Était-ce un lapsus ou plutôt une référence à un recours au Jihad pour faire aboutir « la mission du PJD », puisque ledit blocage « entrave », semble-t-il, la mission à long-terme du parti de la lampe ?

Seul Benkirane pourrait répondre à cette question, sachant qu’il a, à maintes reprises, « avoué » que sa paroisse aurait rompu avec Les Frères Musulmans.

On aimerait bien y croire mais les faits sont têtus, malheureusement!

Article19.ma

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