La Turquie a confirmé lundi 12 janvier la fuite, via son territoire, d’Hayat Boumeddiene, l’épouse d’Amedy Coulibaly. La police française avait émis un avis de recherche contre la jeune femme âgée de 26 ans afin de déterminer son rôle dans l’équipée meurtrière de son conjoint.

Le ministre turc des affaires étrangères Mevlüt Çavusoglu a assuré que Hayat Boumeddiene se trouvait en Syrie depuis le 8 janvier. « Elle est entrée en Turquie le 2 janvier en provenance de Madrid. Il y a des images [la montrant] à l’aéroport, a t-il déclaré dans un entretien à l’agence de presse turque Anatolie. Elle est ensuite restée avec une autre personne dans un hôtel de Kadiköy [un district de la rive orientale d’Istanbul]. Puis elle est passée en Syrie le 8 janvier, ses relevés téléphoniques le montrent. »

La chaîne de télévision Habertürk a diffusé lundi des images de surveillance de l’aéroport Sabiha-Gökçen montrant Hayat Boumeddiene. On y voit, à ses côtés, un homme, portant un sac à dos et arborant une fine barbe et des cheveux longs attachés. D’après des informations concordantes, il s’agirait de Mehdi Belhoucine, un ressortissant français âgé de 23 ans. Un nom connu des services de renseignement français.

Le 11 juillet 2014, le tribunal correctionnel de Paris avait condamné son frère aîné à deux ans de prison, dont un avec sursis, pour sa participation à une filière d’acheminement de combattants à destination de la zone pakistano-afghane. Après avoir grandi à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Mohamed Belhoucine suivait des études d’ingénieur à l’école des mines d’Albi. Il avait mis en ligne des films de propagande djihadiste, produits notamment par As-Sahab, l’organe médiatique d’Al-Qaida. Le réquisitoire définitif du parquet de Paris, en date du 21 février 2014, soulignait « la profondeur de ses convictions djihadistes et son rôle de relais de la propagande djihadiste sur Internet. »

Soirées vidéo

Comme Saïd Kouachi – l’un des deux auteurs de la tuerie de Charlie Hebdo, que l’on croise en périphérie d’un dossier visant son frère Chérif –, Mehdi Belhoucine, l’homme suspecté d’accompagner Hayat Boumeddiene, apparaît dans l’affaire ayant valu un an de prison ferme à son aîné. Avant leur départ pour l’Afghanistan, les candidats transitent par un appartement à Bobigny, où Mohamed Belhoucine est convié afin de visionner les dernières vidéos de combats. D’après un participant à ces soirées, Mehdi accompagne Mohamed mais vient seulement « jouer à la console ». Alors âgé de 18 ans, cet étudiant en mécanique électronique à la faculté de Jussieu téléphone à plusieurs reprises aux financiers de la filière.

Entendu à son tour en qualité de témoin le 16 mai 2010, Mehdi Belhoucine ne cache pas qu’il se sent « particulièrement concerné par la situation » en Afghanistan, en Irak mais aussi en Palestine, en Somalie et en Tchétchénie. « J’ai pensé à me rendre dans l’un de ces pays mais pas forcément pour prendre les armes dans un premier temps. L’idée pour moi serait d’être là avec eux, de les aider, peut-être sous forme d’aide humanitaire et peut-être que, poussé, je pourrais être amené à prendre les armes », dit-il aussi. Parce qu’il semble ne servir que de messager, Mehdi Belhoucine n’est alors pas inquiété.

Le voilà devenu l’objet de toutes les attentions. Selon une source judiciaire, au moins un des membres de la filière, toujours en détention, a été approché par la justice pour être interrogé « soi-disant par les services de renseignement américains ». La demande est intervenue en fin de semaine, après la tuerie de Charlie Hebdo. Le détenu sollicité a refusé.

Article19.ma/AFP

 

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