Personne n’est resté insensible au rassemblement populaire et diplomatique qui s’est tenu à Paris, dimanche 11 janvier, 2015, en hommage aux victimes des attaques qui ont secoué la France trois jours consécutifs. L’absence du Maroc à cette marche a été perçue comme un signe de la persistance d’une crise diplomatique silencieuse entre Rabat et Paris.

« Aujourd’hui, Paris est la capitale du monde ». Ces mots, sortis de la bouche du président français, François Hollande, traduisent bien l’ambiance qui régnait ce dimanche 11 janvier.

 Une cinquantaine de pays  – dont la Jordanie, Israël, le Mali, l’Autorité palestinienne, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Espagne… – étaient représentés lors de cette marche historique qui voulait hommage à la liberté d’expression, à la tolérance et aux victimes des attaques des locaux du journal satirique « Charlie Hebdo » , de Montrouge et de Vincennes, faisant 17 morts entre le 7 et le 9 janvier.  Dans la capitale française, la manifestation a réuni entre 1,2 à 1,6 millions de personnes. Du jamais vu depuis la Libération à la fin de la Seconde guerre mondiale.

Pourtant, si la délégation marocaine, s’est bien rendue à l’Elysée pour présenter ses condoléances, aucun de ses représentants n’étaient présents à ce rassemblement résolument politico-diplomatique.

La raison?

Les caricatures du prophète visibles lors de cette manifestation. Salaheddine Mezouar, chef de la diplomatie marocaine, avait  « l’intention de prendre part à la marche, » selon une source crédible citée par l’AFP, ajoutant que « ce genre de caricatures insultantes pour le prophète ne contribue pas à instaurer un climat de confiance sain ».

 iTélé, la chaîne d’information en continue, confirme la rencontre entre Mezouar  et son homologue français, Laurent Fabius. D’après le Quai d’Orsay, elle aurait porté « sur les suites des attentats en France et la coopération bilatérale ».

Pourtant, le journal ‘Le Monde’ rappelle que les autorités marocaines   « avaient mis comme condition à leur participation l’absence de caricatures de Mahomet dans le cortège, » ajoutant l’annonce du Ministre de la Communication, Moustapha El-Khalfi, quelques jours plus tôt: « Les journaux étrangers qui publieraient des caricatures en hommage aux victimes de Charlie Hebdo seraient interdits de distribution dans le royaume. »

Cette absence de Mezouar n’est pas passée inaperçue des deux côtés de la Méditerranée.

Pour le site marocain Yabiladi, le royaume « a raté une occasion de marquer sa condamnation du terrorisme » et s’interroge sur les raisons de cette décision : « Etait-ce un prétexte pour prolonger le climat glacial dans les relations franco-marocaines en vigueur depuis février 2014 ? ».

Pas de polémique pour les politiques marocains

D’après l’hebdomadaire TelQuel, « l’absence de Mezouar à la marche ne semble pas créer de polémique » au sein de la classe politique marocaine. Le média cite plusieurs responsables politiques parmi lesquels Medhi Bensaïd, député du Parti authenticité et modernité (PAM) et membre de la commission des Affaires étrangères à la chambre des représentants, pour qui  le Maroc est solidaire des attaques dont a été victime la France mais « a fait part de son mécontentement lors de la publication des caricatures du prophète dans la mesure où il est un pays musulman ».avant de conclure que le Maroc  « a montré qu’il était honnête avec lui-même ».

Une crise diplomatique vivace? 

Pour le politologue Mohamed Tozy, cité par TelQuel, « le communiqué du ministère des Affaires étrangères (publié le 10 janvier, ndlr) est improductif. C’est une marche populaire et on ne peut pas demander aux organisateurs de contrôler quoi que ce soit », qualifiant la position marocaine de « bêtise et d’erreur diplomatique ».

Dans les médias français, des proches de Nicolas Sarkozy, ainsi que l’ancien président lui-même, regrettent cette distance. Lundi 12 janvier, Nicolas Sarkozy déclarait au micro de la radio RTL  qu’il faut renforcer  « les structures de renseignement et la coopération avec les services étrangers, notamment ceux du Maroc et de la Turquie », avançant        « qu’une affaire sur deux l’est à partir d’un renseignement venant de l’étranger ».

Message similaire de Claude Guéant, ancien ministre de l’Intérieur français sous Sarkozy, a délivré sur le plateau du « talk Orange – Le Figaro », disponible sur Internet.

Ainsi la crise diplomatique entre le Maroc et la France semble loin d’être réglée. En plus de cette affaire de représentation, un nouveau pavé dans la mare a été jeté avec la parution cette semaine de l’interview du ministre des Affaires étrangères marocain à l’hebdomadaire parisien « Jeune Afrique ».

Il y a plusieurs mois, le dépôt en France de plusieurs plaintes pour torture à l’encontre de hauts responsables marocains, notamment le patron du contre-espionnage du royaume, Abdellatif Hammouchi, a laissé des séquelles.

Dans cet entretien,  Salaheddine Mezouar revient sur l’origine du refroidissement des relations entre les deux pays en estimant « qu’il n y’ a pas chez notre partenaire français de volonté politique réelle de faire obstacle aux manipulations anti-marocaines émanant de milieux connus pour leur hostilité à notre encontre. C’est cette absence d’engagement et de détermination, cette frilosité, cette sorte de porosité constatée au cœur même du pouvoir vis-à-vis des pressions de certains lobbies qui portent atteinte à la sérénité de notre relation. »

Affaire à suivre…

Par Roxanne d’Arco

Article19.ma

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