Dans une interview accordé au journal ‘Le Figaro’, après les attaques contre l’hebdomadaire satirique ‘Charlie Hebdo’, l’ex ministre d’intérieur français, Charles Pasqua a insisté sur l’importance de collaborer avec le Maroc pour faire face au terrorisme

Comment analysez-vous cet attentat?

Charles PASQUA. – Ma première réaction est de dire que malheureusement, s’il en était besoin, la preuve est apportée que l’on ne peut jamais dire que la menace terroriste n’existe pas. Elle existe. Et, d’autre part, celle-ci provient notamment de milieux islamistes les plus radicaux ayant indiqué, déjà à plusieurs reprises, qu’ils viendraient en France. Tout le monde sait qu’un certain nombre de filières liées au terrorisme ont été détectées et neutralisées par la police. Cela montre bien que les problèmes de sécurité sont extrêmement sérieux. Ce n’est pas le moment de baisser la garde.

Quelle attitude adopter face à cette menace?

Dans une telle situation, tout le monde doit être solidaire du pouvoir qui est aux responsabilités. Je pense au président de la République et aux différents ministres chargés de diriger les services de sécurité et de renseignement. Tout le monde doit leur faire confiance. Moi, je leur fais confiance et j’invite les gens à faire taire leurs critiques. Cela étant, on ne peut pas s’empêcher de penser que tous ceux qui ont indiqué, pendant des mois, qu’il y avait des mesures d’économies à faire concernant la défense et le ministère de l’Intérieur, se sont lourdement trompés. C’est le moins que l’on puisse dire car la menace est permanente. Personne ne peut savoir à l’avance où les attentats vont se produire. D’où la nécessité de disposer de services de renseignement efficaces et de services de police motivés disposant de moyens nécessaires et de relations sur le plan international.

Un journal a été visé…

Qu’il s’agisse d’un organe de presse d’extrême-gauche ou d’extrême-droite, la liberté ne se divise pas. Cet acte est donc particulièrement honteux et scandaleux. Naturellement, mes sympathies vont à toutes celles et ceux qui ont été victimes de cet attentat, en ayant une pensée particulière pour les fonctionnaires de police.

Selon vous, face à une situation d’une telle gravité, comment le pouvoir doit-il agir?

Il y a nécessité de mettre tous les services en état d’alerte maximum comme cela semble avoir été fait. Mais j’ai entendu certains propos qui me laissent rêveur, notamment quand le président de la République indique quels sont les lieux particulièrement protégés. Je crois que dans une situation pareille, nous n’avons pas besoin de déclarations de ce type. Le chef de l’Etat doit veiller à ce que tous les moyens matériels, financiers et divers soient réunis. Nous devons aussi renforcer nos relations sur le plan international. Or, actuellement, nos relations avec le Maroc, qui était l’une de nos principales sources de renseignement, sont considérablement distendues, pour des raisons que j’ignore. À l’heure actuelle, il faut renforcer la protection de tous les lieux publics mais aussi tout particulièrement les lieux de culte dans lesquels on sait qu’il existe des éléments extrémistes. À titre préventif, on ne doit pas hésiter non plus à procéder à un certain nombre d’interpellations et renforcer les liens avec les pays confrontés aux mêmes types de problèmes.

La France a-t-elle les moyens d’affronter cette menace islamiste radicale?

Nous ne sommes jamais à l’abri, quels que soient les moyens mis en place. C’est impossible. Le propre de ce genre d’actions est de pouvoir frapper n’importe où.

Quel peut être l’impact politique d’un tel événement en France?

La première réaction devrait être une manifestation de solidarité envers le gouvernement et les services chargés d’organiser la défense et la sécurité du pays. Quant au plan électoral, je n’entre pas dans ce genre de réflexion car personne ne peut faire le moindre pronostic.

La menace d’aujourd’hui est-elle comparable à celle de 1995?

La menace islamiste extrémiste est beaucoup plus forte aujourd’hui. C’est indiscutable. Elle existait déjà à l’époque et nous procédions à la surveillance des mosquées et notamment des imams arrivant de l’extérieur. Si certains éléments étrangers étaient particulièrement virulents, ils étaient immédiatement expulsés. Il faut être vigilant et très ferme. La preuve est apportée aujourd’hui qu’aucun pays n’est à l’abri.

Article19.ma

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