Dans la partie Atlas du “Bilan du Monde”, les journalistes et les correspondants du quotidien français “Le Monde” font état de la situation économique, sociale, politique et environnementale de 198 pays, y compris le royaume du Maroc.

Dans ce document de 218 pages, au Maroc, l’année 2016 a été marquée par la victoire du Parti de la justice et du développement (PJD), dirigé par Abdelilah Benkirane, aux élections législatives du 7 octobre. Pour rappel, celui-ci était arrivé au pouvoir en 2012 dans le sillage du Printemps arabe.

A l’époque, le Maroc n’avait pas été épargné par le mouvement de contestation né dans les pays voisins (Tunisie). Confronté à des manifestations de rue exigeant plus de justice sociale et de démocratie, le roi Mohammed VI avait annoncé dès mars 2011 une réforme de la Constitution et la tenue d’élections anticipées, remportées en novembre 2011 par le PJD.

Le parti islamiste n’avait pas participé aux protestations, mais il était parvenu à incarner les espoirs de changement «en douceur» grâce à son idéologie conservatrice et à son image de parti non-corrompu.

Cinq ans plus tard, la formation est restée populaire. Jusque-là épargnée par les scandales de corruption, elle a fait campagne sur la stabilité préservée du pays dans une région troublée. Le PJD a aussi évité toute confrontation avec le Palais royal, qui continue à détenir l’essentiel du pouvoir.

A nouveau désigné chef de gouvernement par le roi le 10 octobre, Abdelillah Benkirane n’était toujours pas parvenu, à la fin de l’année, à former une coalition. Le PID n’a, en effet, obtenu que 125 députés sur 395, loin des 198 nécessaires pour gouverner seul, signe des tiraillements entre le PJD et le Palais royal, qui reste l’arbitre de la vie politique.

Le PJD a remporté les élections malgré un bilan économique mitigé. En moyenne, sur les cinq dernières années, le taux de croissance a été de 3,2 %, selon les chiffres nationaux, ce qui est peu élevé pour le pays. Le taux de chômage avoisine les 10 % (et les 40% parmi la jeunesse urbaine). Le déficit budgétaire a en revanche diminué (3,5 % du PIE prévus en 2016) après les mesures prises par le gouvernement pour réduire les dépenses publiques, notamment la baisse des subventions sur les produits pétroliers. Une réforme des retraites pour les fonctionnaires, pourtant très impopulaire, a également été imposée par l’exécutif islamiste.

+ UNE DIPLOMATIE AMBITIEUSE +

En 2016, le royaume a poursuivi son ambitieuse diplomatie. Marrakech a accueilli en novembre la COP22, grand-messe de la lutte contre le dérèglement climatique. Le Palais a surtout accéléré son offensive en direction du continent africain. Depuis dix ans, Mohammed VI a multiplié les tournées en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, au point de faire du Maroc le premier investisseur africain sur le continent. Cette année, il a annoncé son intention de revenir au sein de l’Union africaine (UA), que son pays avait quittée en 1984 pour protester contre la décision de reconnaître la République arabe sahraouie démocratique (RASD).

Les autorités marocaines n’ont pas changé leurs positions sur le conflit au Sahara dont elles revendiquent la marocanité, mais il semble que l’isolement induit par la non-adhésion à l’UA soit devenu trop coûteux pour le pays. Le Maroc se trouve de fait exclu de la plus importante structure continentale.

S’agissant du Sahara occidental, «l’UA est restée le seul cheval de bataille de nos adversaires. C’est à travers l’UA que passent les positions les plus radicales. C’était donc normal d’aller là où ce combat se trouve», expliquait le ministre délégué aux affaires étrangères et à la coopération, Nasser Bourita, début novembre dans un entretien au Monde.

La demande de retour au sein de l’UA a été officiellement déposée en septembre. Pour qu’elle soit effective, une majorité des Etats membres (28 sur 54) doit y répondre positivement. Le sujet sera probablement l’une des questions clés du prochain sommet de l’UA prévu en janvier 2017 à Addis-Abeba (Ethiopie).

Sur le plan intérieur, la fin d’année a été marquée par d’importantes manifestations dans le nord du pays, qui ont éclaté après la mort, le 28 octobre 2016, d’un jeune vendeur de poisson à Al-Hoceima, une ville côtière de la région du Rif. Mouhcine Fikri, âgé d’une trentaine d’années, est décédé dans des conditions particulièrement dramatiques: le corps écrasé dans une benne à ordures pour avoir voulu empêcher la destruction de sa marchandise (500 kg d’espadon), qui avait été saisie par la police.

Dans cette région isolée, marquée par une histoire conflictuelle avec le pouvoir central, le drame a fait éclater les frustrations: manque de perspectives d’emploi pour les jeunes et sentiment d’injustice face à une administration souvent toute puissante. Si le roi a rapidement annoncé l’ouverture d’une enquête, les manifestations ont réuni pendant plusieurs semaines des milliers de personnes exigeant que les responsables du drame soient punis.

Source: Le Bilan du Monde (Edition 2017)

Article19.ma

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