La diplomatie marocaine s’active à l’approche du prochain sommet de l’Union africaine, prévu le 29 janvier. Cet événement devrait permettre d’acter le retour du Maroc au sein de l’organisation continentale grâce au soutien affiché par plus de 38 pays membres.

2017 démarre sur les chapeaux de roue pour la diplomatie marocaine. Le royaume prépare son retour au sein de l’Union africaine (UA) qui devrait être acté durant le prochain sommet de l’union, prévu le 29 janvier à Addis-Abeba. Malgré le retard sur la formation du nouveau gouvernement, les différents départements concernés par la préparation de ce grand événement s’activent en vue d’en faire une réussite. Le Conseil des ministres tenu mardi a permis d’étudier le projet de loi portant approbation de l’acte constitutif de l’Union africaine (adopté à Lomé) ainsi que ses protocoles additionnels (d’Addis-Abeba et de Mobutu). Un signal clair confirmant la volonté du Maroc de reprendre sa place au sein de l’organisation panafricaine le plus tôt possible. Le royaume entame cette dernière ligne droite dans une situation plutôt confortable, ayant réuni plus de soutiens que le minimum nécessaire à son adhésion à l’union. Plus des deux tiers des États membres (38 pays sur 54) ont à ce jour exprimé leur soutien à la position marocaine.

Le royaume, qui n’a besoin que de 36 voix pour réintégrer l’UA, cherche toutefois à obtenir un soutien confortable et à rallier à sa cause 42 pays. Ceci devrait permettre au Maroc de se prémunir contre toute éventuelle volte-face dans le vote d’un pays et de préparer la prochaine étape qui pourrait consister à éjecter la RASD de l’organisation. Une procédure qui nécessitera l’engagement de plus des deux tiers des pays membres, à en croire la charte de l’organisation. Notons que la commission de l’institution panafricaine devrait également élire à cette occasion son nouveau président, ce qui pourrait également jouer en faveur de la position marocaine. Il faut dire que le retour du Maroc au sein de l’Union africaine est un retour gagnant tant pour le royaume que pour le continent. Le royaume dispose de nombreuses cartes et d’atouts à faire valoir au sein des organes décisionnels de l’UA, capitalisant surtout sur sa grande expertise en matière d’investissement et de commerce international.

Intégration continentale
En effet, l’un des grands défis de l’UA ne durant les prochaines années sera de réussir l’intégration de ses différentes communautés économiques régionales (CER), pilier incontournable et ciment renforçant les rapports entre les membres de l’organisation, dans le cadre d’une zone d’intégration continentale. La mise en place de la Zone de libre-échange continentale (ZLEC) a été retenue parmi les étapes du programme de transformation de l’Afrique contenu dans l’Agenda 2063 de l’organisation. La vision et le plan d’action de l’agenda placent la création de la ZLEC comme moyen de transformation des économies africaines et de renforcement de l’intégration et du développement économique au profit du milliard d’habitants que compte le continent. Il s’agit donc du grand projet structurant sur lequel compte l’Afrique pour émerger en tant qu’importante zone d’influence sur le plan mondial. C’est à ce niveau que le Maroc peut apporter un véritable coup de boost aux relations commerciales entre les pays ainsi qu’au processus de négociation. «Le Maroc dispose d’une grande expérience en matière de gestion des négociations commerciales grâce aux différents accords de libre-échange qu’il a signés avec de grands blocs commerciaux; il dispose également de l’expertise en matière de mesures d’accompagnement et connaît très bien la culture et le marché africains. Autant d’atouts qui devraient faire de lui un acteur incontournable dans le cadre du processus d’intégration africaine», explique Nabil Boubrahimi, spécialiste des questions de commerce extérieur et professeur en économie à la Faculté Ibn Tofail de Kénitra.

Savoir-faire
«Après avoir réalisé, pour la première fois de son histoire moderne, un excédent commercial avec l’Afrique en 2015, le royaume est concerné par les négociations d’établissement de la Zone de libre-échange continentale», explique le Conseil national du commerce extérieur (CNCE) dans une récente analyse sur le sujet. La ZLEC constitue une étape importante vers la mise en place du marché commun africain et de la communauté économique africaine, objectif ultime de l’intégration continentale visé par le Traité d’Abuja ainsi que l’acte constitutif de l’Union africaine.

À ce titre, un retour à l’UA permettra au Maroc d’intégrer plus facilement le processus de mise en place de la ZLEC et, par ricochet, celui du marché commun africain (voir encadré). L’apport du Maroc devrait être sensible non seulement sur le plan des négociations commerciales, mais également au niveau des phases de préparation, d’évaluation et de suivi de l’ouverture commerciale. Rappelons que le Maroc dispose d’une expérience importante dans le domaine de la défense commerciale et dans l’établissement de mesures d’accompagnement. «Les pays qui tiennent actuellement les rênes au sein de l’Union africaine ne disposent pas d’une telle expertise, et ne maîtrisent pas les questions de financement et d’exécution des grands projets structurants», précise l’économiste. En effet, en étant le deuxième investisseur en Afrique, le Maroc a acquis une grande expertise en termes d’ingénierie et de financement de projets dans le continent. Il devrait à ce titre avoir un grand apport dans le cadre des grands projets d’infrastructures du continent. Preuve en est avec la récente annonce de la mise en place du projet de gazoduc ouest-africain avec le Nigéria.

Partenariats tripartites
«Le Maroc pourrait également devenir un acteur privilégié dans le cadre des partenariats tripartites développés par les grands bailleurs de fonds dans la région», explique Boubrahimi. En effet, de plus en plus de grands bailleurs, à l’instar de la Banque mondiale ou la Banque africaine de développement, ont adopté depuis quelques temps un nouveau mode opératoire dans la gestion des grands projets à destination des pays en développement. Selon ce nouveau modèle, l’apport financier est placé entre les mains d’un pays tiers qui dispose de l’expertise technique afin de réaliser un projet dans le cadre du pays bénéficiaire. Le Maroc pourrait jouer un rôle fondamental dans le cadre de ce schéma grâce aux différents accords bilatéraux, à la présence de plusieurs grands acteurs économiques marocains -y compris financiers- dans le continent.


Impasse

Le Maroc appartient à deux communautés économiques régionales (CER) concernées par le processus d’Abuja visant la création d’un marché commun africain. Cependant, l’intégration économique ne semble pas faire partie des priorités des agendas respectifs de ces deux CER. D’une part, la CEN-SAD, première CER dont le Maroc fait partie, compte des pays issus de six autres communautés africaines: la CEDEAO, la CEEAC, l’IGAD, le COMESA, la CAE ou encore l’UMA. La quasi-totalité de ces pays ont initié leur processus d’intégration économique et commerciale au sein de leurs CER respectives. En plus, bien que les créations d’une zone de libre-échange et du Marché commun des produits agricoles fassent partie des objectifs de la CEN-SAD, la question de la sécurité et la stabilité occupe une place prépondérante dans son agenda. D’autre part, le projet maghrébin d’accord de libre-échange paraphé en 2010 par les pays membres de l’UMA est resté lettre morte. Par ailleurs, tout porte à croire que les négociations de la ZLEC ne seront pas menées par les CER, mais directement par les membres de l’UA. En effet, c’est là la position exprimée par la plupart des délégations africaines ayant pris part aux travaux des premières réunions du forum de négociation de la ZLEC tenues au cours du premier semestre de l’année 2016. La raison avancée serait que les CER ne soient pas toutes habilitées à négocier un accord de libre-échange au nom de leurs pays membres. Dans un tel contexte, la voie tracée par le royaume serait la plus sûre pour renforcer l’intégration économique et commerciale du pays dans son environnement africain. 

Source: leseco.ma

Article19.ma

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