Au Maroc, des femmes soumises, esclaves des désirs sexuels de leur mari ou victimes de violences physiques et de viols. Plusieurs femmes jeunes et moins jeunes souffrent en silence, sans jamais oser parler de leur calvaire, parfois quotidien, affirment des ONG féminines.

Qualifiée de « tabou », la violence sexuelle est rarement discutée au sein des familles marocaines. Khadija et Sanaa font partie des rares femmes qui ont accepté de dénoncer cette « loi du silence », en se fiant au site arabophone Hespress.

Témoignages bouleversants

Parmi les femmes qui ont osé pousser la porte du centre d’écoute des femmes violentées, Khadija. Elle a décidé de briser le silence et de dénoncer les pratiques sexuelles déviantes de son conjoint, dont elle était la seule à payer au prix fort.

Obligée d’obtempérer aux demandes perverses de son ancien mari, Khadija s’est sentie telle une “prostituée”, dès le premier rapport sexuel avec son ex-époux. Durant deux ans, Khadija était à chaque fois abattue, violentée, et privée de nourriture.

“J’étais fatiguée de cet enfer et de ces pratiques perverses qui nuisaient à ma santé mentale…Aujourd’hui j’ai décidé de briser ce mur de peur et de m’enfuir de ce tunnel sombre, en demandant mon divorce” témoigne Khadija, les larmes aux yeux.

L’histoire de Sanae (Le prénom a été changé à d’éviter les représailles du mari) n’est pas si différente de celle de Khadija. Elle aussi violée par son propre mari, Sanae s’est cependant rendue compte du danger de la situation, un peu plus tôt.

Inquiète des avances faites par son mari, qui tentaient à maintes reprises de coucher avec elle avant la cérémonie de mariage, Sanae propose à son époux de reporter leur nuit de noce, en prétendant être en période de menstruation, ce qui a mis ce dernier dans tous ses états. Sanae fuit miraculeusement son mari, qui essayait de la menotter puis de la violer.

L’histoire prend une tournure encore plus tragique, lorsque le mari de Sanae a eu une violente altercation avec un passant qui tentait d’aider la jeune mariée, traumatisée par ce qui s’était passé.

Un vide juridique flagrant

Tandis que plusieurs progrès ont été enregistrés en terme de lutte contre le viol conjugale, la justice a toujours du pain sur la planche. Les militants des droits de la femme, se sont notamment réjouis de la condamnation de deux ans de prison d’un mari accusé de viol conjugal en 2013, à El Jadida, mais ce n’était qu’une joie éphémère.

Après avoir renoncé à la criminalisation du viol conjugal, dans le projet de loi contre les violences faites aux femmes, le gouvernement sortant a été descendu en flèche par Fatima Maghnaoui, directrice du Centre Annajda d’aide pour femmes victimes de violence.

“Ce projet de loi ne comprend aucun titre criminalisant le viol conjugal, tandis que d’horribles crimes voient le jour à cause de cet immense vide juridique” explique Maghnaoui.

La sexualité, toujours un tabou au Maroc +

“L’homme considère toujours la femme comme étant une marchandise qu’il peut utiliser comme ça le chante. Nous témoignons donc d’une relation non homogène, où la femme est victime” affirme Azzouz Ettoussi, professeur en psychologie sociale.

La classification du sujet en tant que tabou, et l’absence d’une bonne éducation sexuelle joue un rôle à part entière, dans l’aggravation de la situation, ajoute Ettoussi.

“La plupart des femmes n’arrivent pas à identifier l’aspect maladif des comportements de leur mari, et les considèrent comme devoir conjugal” ajoute la même source.

“La pression de la société empêche également les femmes à parler de leur vie sexuelle. C’est pour cela, que ces victimes refusent de parler de ce qu’elles endurent, par crainte de perdre leur mari ou de subir une autre violence de la part de la société” explique Ettoussi.

Article19.ma

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