An’en pas douter aujourd’hui, c’est une ouvelle conjoncture qui se présente au sein du PJD depuis la disparition de A bdellah Baha. Le style de Benkirane va-t-il s’en ressentir, avec plus de rigidité et d’impulsivité.

sehimi_10Par : Mustapha Sehimi

Assurément, des obsèques peuvent aussi être un acte politique. Après celles, le 10 novembre 2014, de Ahmed Zaïdi, leader du courant « Démocratie et Ouverture » au sein de l’USFP, voilà que c’est la dis­parition tout aussi tragique de Abdallah Baha, le dimanche 7 décembre 2014.Les conditions dans lesquelles sont intervenus ces deux décès ont évi­demment suscité une grande émotion nationale. Tous les deux sont survenus à environ un mois d’in­tervalle et pratiquement au même endroit, dans la région de Bouznika.

 

Mais, dans un cas comme dans l’autre, l’on ne peut évacuer le fait qu’elles pèsent sur le chemine­ment politique de leurs partis respectifs, à savoir l’USFP pour le premier et le PID pour le second.

 

« CANAL HISTORIQUE »

 

Ministre d’État, numéro 2 au sein des instances du PID, compagnon de route de Abdelilah Benkirane depuis quatre décennies, Abddallah Baha est éli- ‘ gible à ce que l’on pourrait appeler le « PID canal historique »: celui des avatars d’une formation is­lamiste au parcours passablement heurté depuis le milieu des années 1970. Ami, confident, il était inséparable du leader de cette formation.

Comme lanus, la direction PID présentait un dou­ble visage. Le premier, tel qu’en lui-même, est celui que l’on connaît; quant au second, il était plus discret, moins médiatique et moins médiatisé, mais toujours là, présent, calmant les ardeurs et les saillies et offrant ainsi un réceptacle sans témoin aux épanchements et aux foucades de son « ami ». Dans la gestion du politique, avec ses multiples pans -PID, majorité, opposition et Méchouar-, l’éva­luation, la délibération et, le cas échéant, la décision se faisaient ainsi à guichet fermé, pourrait-on dire, entre eux seuls, à deux.

Voilà .pourquoi Abdelilah Benkirane se retrouve désormais avec un statut d »’or­phelin ». A ses yeux, Abdallah Baha est unique. Dans son champ personnel, affec­tif, intime, personne ne peut prétendre le remplacer.

Les uns et les autres, au sein de la direc­tion du PID, le savent et n’envisagent pas d’ailleurs de postuler. Pourtant, les contraintes politiques actuelles condui­sent à appréhender des situations qui ne vont probablement pas manquer d’être induites par le décès de Abdallah Baha.

La première d’entre elle a trait à son rem­placement -ou non- au sein du gouver­nement nommé en janvier 2012. Il était le seul ministre d’État, comptabilisé sur la représentation de son parti, avec huit autres membres, dans le cabinet. Abdeli­lah Benkirane avait d’ailleurs insisté lors des tractations avec le RNI ainsi qu’avec le MP et le PPS, en vue du remaniement intervenu le 10 octobre 2013, pour lui oc­troyer le poste de « vice-Chef du gouverne­ment ». Ce fut un échec, ses interlocuteurs invoquant l’inconstitutionnalité de cette fonction. Il est vrai que la nouvelle loi su-prême, en son article 87 précise que «le gouverne­ment se compose du Chef du gouvernement et des ministres, et peut comprendre aussi des secrétaires d’État».

CONCURRENT NATUREL

Ce poste de ministre d’État revenant au PlO sera-t-il pourvu par un autre profil du PlO? Sur le papier, c’est possible et rien ne l’interdit: ce ne serait qu’une stricte application des quotients de repré­sentation au sein du gouvernement tel qu’il a été reprofilé voici quatorze mois. L’hypothèse la plus dominante qui prévaut est qu’il n’y aura pas de successeur à Abdallah Baha. Abdelilah Benkirane ne s’y résoudrait pas; pour des raisons subjectives et affectives sans doute, mais aussi politiques.

Nommer un nouveau ministre d’État dans les rangs de sa formation; ce serait désigner un « nu­méro deux », ce serait aussi choisir entre des per­sonnalités concurrentes, déclarées ou non, aucune d’entre elles n’était jugée acceptable ni suffisam­ment consensuelle au sein du parti. Même l’option d’une promotion d’un ministre actuel en ministre d’État -ce qui serait une formule a minima peut­être- présenterait les mêmes inconvénients. Une difficulté de même nature va se présenter cette fois au sein de la direction partisane: qui va suppléer les fonctions de Secrétaire général adjoint confiées à Abdallah Baha au VWme congrès du PlO, à la mi-juillet 2012? Rien ne presse, bien sûr, le Secrétariat général -d’une bonne vingtaine de membres- pouvant continuer à fonctionner. Mais le vide ainsi créé peut-il perdurer longtemps? Mais il y a plus. L’on veut faire référence ici à demain, aux élections législatives de 2016, celles en parti­culier de la fin du second mandat de Abdelilah Ben­kirane comme Secrétaire général, précisément à cette échéance-là. Les statuts du PlO limitent cette responsabilité à deux mandats successifs. On voit mal Abdelilah Benkirane se prêter à une opération de modification des statuts pour contourner cette règle.

Redistribuion des cartes

Alors ? c’est que, en effet, Abdellah Baha avait vu son déroulé de carrière inscrit depuis des années dans cette perspective, Ministre d’état, numéro deux, président de la commission préparatoire du VIIème congrès : autant d’étapes et d’avancées pour le positionner avantageusement dans cette perspective-là. Son seul concurrent naturel était Saaddine El Othmani,, qui justifiait d’un cursus de belle facture : la légitimité historique. Il a dirigé le PJD de 2004 à 2008 ; il est président du Conseil national ; et il a été ministre des affaires étrangères (2012-2013).

Se distingue-t-il par une ligne autre que celle de Benkirane? La question reste ouverte en ce sens qu’il est comptabilisé sur le courant modéré et que son style est moins abrupt et moins rugueux. En tout cas, Abdelilah Benkirane, conscient de ce profil, n’a cessé de veiller à baliser et à réduire le périmètre d’un concurrent de ce calibre. A n’en pas douter, aujourd’hui, c’est une nouvelle conjoncture qui se présente au sein du PlO depuis la disparition de Abdallah Baha. Le style de Benkirane va-t-il s’en ressentir avec plus de rigidité et d’impulsivité? Sa gouvernance va-t-elle en être affectée dans un sens ou dans l’autre? Et puis, comment gérera-t-il la re­distribution des cartes, qui se fait désormais avec un champ de compétition plus ouvert d’ici 2016? L’enjeu décisif va être la direction du PlO à l’issue du Vlllème congrès du PlO, prévu en juillet 2016. Une équation à inconnues multiples, puisque les élec­tions législatives suivront quelques semaines plus tard et que le leader du parti arrivé en tête sera appelé à former le nouveau gouvernement…

Article19.ma

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