Il est 16h34, je descends dans la rue, n’en déplaise à des amies féministes

share on:

Alors voilà, on vous en a parlé ce week-end : ce lundi 7 novembre à 16h34, les travailleuses sont appelées à faire un truc, tweeter, sortir dans la rue, se rassembler.

Le mouvement a généré beaucoup d’enthousiasme. Sur l’événement Facebook, partout des femmes trépignaient, se demandaient s’il y avait un rassemblement dans leur ville et ce qu’elles pouvaient faire.

Il y avait quelque chose de rafraîchissant dans cet enthousiasme, cette énergie, cette envie « de tout casser ».

Mais la fête est déjà troublée. Depuis ce matin je vois dans mon fil Twitter des féministes (il se trouve que je les estime toutes) s’agacer contre le mouvement du 7 novembre et les Glorieuses (le collectif qui l’a initié).

Elles leur reprochent :

« ça a l’odeur du féminisme, le goût du féminisme (si on avale très vite). Mais ne vous faites pas avoir : ce n’est PAS du féminisme. »

Oui, c’est un peu le bordel. Et alors ?

Ça fait beaucoup et il y a du vrai dans ces critiques.

Oui, c’est un peu le bordel, oui la fille en talons roses, c’est sexiste, oui le Salon des dames est un mouvement assez consternant ( qui se dit « à mi-chemin entre le féminin et le féminisme » #ausecours).

Place de la Concorde, des Parisiennes en pantalon dans les années 30

Place de la Concorde, des Parisiennes en pantalon dans les années 30 – Anonyme

Mais je trouve qu’il y a aussi quelque chose qui ne va pas dans ces critiques. Cela se situe entre le manque d’indulgence et la mauvaise foi à ne pas vouloir sérieusement envisager que les Glorieuses aient voulu bien faire avec leurs moyens, en dehors de codes militants qu’elles ne connaissent probablement pas.

Pour rappel quand je l’ai interviewée pour notre article, Alix Heuer cofondatrice des Glorieuses, expliquait qu’elles n’avaient pas anticipé un tel succès. Elles pensaient simplement demander aux femmes de tweeter et pour celles qui le pouvaient de partir du travail.

Elles ont été dépassées par le succès du mouvement. Au téléphone, elle précisait :

« On voulait que chacun participe selon ses moyens. D’autant qu’on ne peut pas demander aux femmes de quitter leur travail à 16h34. Ce serait presque indécent de dire ça à des travailleuses précaires notamment qui ne peuvent pas se le permettre et on s’adresse à tout le monde. »

Elle confessait aussi bien volontiers ne pas savoir du tout organiser un rassemblement, et être bien heureuses de voir des associations compétentes s’approprier l’idée pour le faire.

Le fait que le mouvement soit gentillet, ethnocentré, lancé par des bourgeoises n’est sûrement pas faux non plus mais enfin, n’en n’oublierait-on pas l’essentiel ?

De la norme militante

Ce sujet précis de l’égalité salariale est une sorte de marronnier féministe dont personne ne réussit à faire quelque chose (pardon hein, mais qu’on me cite des actions efficaces sur le sujet ces dernières années).

Alors plutôt que de boycotter le mouvement, réjouissons nous de l’enthousiasme qu’il génère ?

N y a-t-il pas dans le fond un peu de snobisme militant qui vire au sabotage à refuser de participer à une action qui génère de l’enthousiasme comme rarement ?

Il y a, par ailleurs, quelque chose qui me dérange profondément dans ces critiques. Quelque chose qui se joue autour des normes. Il y en a partout et chaque mouvement militant créent aussi les siennes. Ce qui est reproché aux Glorieuses est de « ne pas faire bien comme il faut » (trop bordélique pas assez pro), de « ne pas penser bien comme il faut » (trop institutionnelles pas assez en marge), de « ne pas être bien comme il faut non plus » (trop bourgeoises, pas assez prolos).

Cela me dérange d’autant plus que pour moi, le féminisme sera toujours un mouvement de liberté(s). Avec justement pour but de s’affranchir le plus possible de normes oppressantes. Si l’on veut se libérer des normes et qu’on en recrée de nouvelles, c’est un peu, comment dire, ballot, non ?

Bref, il y a certainement des maladresses dans le mouvement des Glorieuses, et il est fort probable que je ne sois pas exactement de la même gauche qu’elles. Pour autant, moi qui ai la chance de pouvoir le faire, je serai fière de descendre dans la rue à 16h34, pour dire qu’on en a vraiment marre de ces 15,1% de différence de salaire dont on se fait collectivement enfler toute l’année.

On avait pas dit qu’on essayait d’êtres unies contre la domination masculine ? Voilà, fouettez moi donc maintenant, moi je vous aime quand même. Bisous bisous.

Source: nouvelobs.com

Article19.ma

share on:

Leave a Response