Endace, une entreprise néozélandaise, très peu connue, commercialise à travers le monde, depuis des années, un puissant système de surveillance d’internet, baptisé du nom du monstre mythique grec « Médusa » qui a sur la tête des serpents à la place des cheveux.

C’est un système qui permet la collecte de grandes quantités d’informations sur les e-mails privés des gens, des chats en ligne, des conversations sur les médias sociaux, et les historiques de navigation sur Internet.

Le premier client de cette entreprise a été la puissante agence britannique d’écoute électronique « Government Communications Headquarters (GCHQ) ».

L’entreprise néozélandaise compte également parmi ses clients le Maroc, en plus d’une douzaine d’autres organismes gouvernementaux des Etats Unis, d’Israël, du Danemark, de l’Australie, du Canada, de l’Espagne et de l’Inde.

Mais son plus grand client reste le Royaume-Uni, qui a acheté une variété de systèmes de « collecte de données » et des « sondes » pour surveiller secrètement le trafic sur Internet.

Des documents divulgués par Edward Snowdon montrent comment le GCHQ a considérablement élargi sa surveillance en ligne entre 2009 et 2012. Ils jettent aussi, pour la première fois, la lumière sur le rôle joué par le secteur privé au profit de cet espionnage.

Stuart Wilson, PDG d’Endace, qui a refusé de répondre à cette problématique, a déclaré dans un communiqué que la technologie de l’entreprise « génère des recettes d’exportation pour la Nouvelle-Zélande et renforce la capacité technique de notre pays. »

 Il a ajouté : « Notre technologie est utilisée par des clients à travers le monde … pour protéger leurs infrastructures critiques et leurs données des cybercriminels, des terroristes et des menaces de cyber sécurité parrainées par les Etats ».

unnamed-5

+Le pouvoir de tout voir…contrôler à 100% le trafic…+ 

Son entreprise, a-t-il poursuivi, a mis au point une technologie qui permet à ses clients de « surveiller, d’intercepter et de capturer 100 pc du trafic sur les réseaux. » La devise de la société basée à Auckland est « le pouvoir de tout voir » et son logo est un œil.

C’est à l’Université de Waikato à Hamilton en Nouvelle-Zélande qu’en 1994 une équipe de professeurs et de chercheurs a commencé à développer la technologie de surveillance des réseaux. Puis en quelques années, les efforts déployés par les universitaires ont porté leurs fruits : ils avaient réussi à inventer des outils de surveillance réseau d’avant-garde. 

En 2001, le groupe à l’origine de la recherche a commencé la commercialisation de son invention – et Endace a été constituée.

Aujourd’hui, Endace se veut une société dont l’activité est axée sur la fourniture de la technologie qui aide les entreprises et les gouvernements à maintenir leurs réseaux sécurisés. Mais au cours de la décennie écoulée, elle a discrètement développé une industrie d’espionnage mondiale en plein essor dont la valeur dépasse annuellement les 5 milliards de dollars.

La liste dévoilée des clients d’Endace montrent trois grandes catégories : les gouvernements, les entreprises de télécommunications et les sociétés de financement.

Les clients du gouvernementaux semblent être pour la plupart des agences de renseignement. En 2008, cette liste comprenait notamment : la britannique GCHQ, les ministères canadiens et australiens de la défense, un entrepreneur public américain appelé Rep-Tron Systems Group, et la DST marocaine.

Les rapports d’Endace avec les services marocains, la DST, sont particulièrement controversés. Les autorités marocaines ont été constamment accusées pendant plus de cinq décennies de commettre de graves violations des droits de l’homme.

Au Maroc, la surveillance numérique est intimement liée à la répression de la dissidence pacifique, selon The Intercept.

Amnesty International, dans un rapport en 2015, a désigné la DST comme « responsable d’abus, l’accusant de détenir des personnes au secret et de les torturer. »

Sirine Rached, un chercheur d’Amnesty en Afrique du Nord, a déclaré à l’Intercept que les ventes de la technologie de surveillance au Maroc soulèvent des préoccupations majeures.

« Au Maroc, la surveillance numérique est intimement liée à la répression de la dissidence pacifique – les personnes qui manifestent pacifiquement ou critiquent les autorités font l’objet d’intimidation, d’arrestations, de procès inéquitables, et parfois d’emprisonnement », a déclaré Sirine Rached.

« Nous craignons que plus ces outils de surveillance sont vendus (aux services marocains), plus nous verrons de violations des droits de l’homme, en particulier en ce qui concerne la liberté d’expression et d’information. » Source: The Intercept

Article19.ma

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.