“Harry Potter et l’enfant maudit”, traduction française du dernier livre de J. K. Rowling sur le célèbre sorcier était en librairie dès le 14 octobre à minuit, avec son lot de secrets et de surprises parfaitement marketés. Au risque de transformer Potter en banal produit de grande surface.

Combien sont-ils à être plongés depuis minuit dans la lecture de la huitième histoire de la saga Harry Potter ? Environ deux cents librairies seraient restées ouvertes toute la nuit du 13 au 14 octobre 2016 pour la parution en France du dernier livre de Joanne K. Rowling. Une frénésie qui devrait se poursuivre avec diverses animations à travers la plupart des réseaux de vente : entre autres, tours de magie et concours de déguisement.

L’événement était plus qu’attendu par les inconditionnels du sorcier le plus célèbre de ces vingt dernières années. 600 000 exemplaires ont été prévus pour la version française, mais avant même sa sortie physique, Harry Potter et l’enfant maudit figurait en tête des achats en ligne. Des coupons avaient été remis aux libraires afin d’organiser des pré-ventes. L’excitation était telle que le texte en anglais, Harry Potter and the cursed child, paru l’été dernier, s’est écoulé dans l’Hexagone entre août et septembre à 100 000 exemplaires ! Les sept tomes de ce roman qui a révolutionné la littérature jeunesse et converti toute une génération à la lecture ont été vendus à 450 millions d’exemplaires et traduits en 70 langues depuis 1997 et L’Ecole des sorciers jusqu’à l’interruption de la saga en 2007 avec Les Reliques de la mort. Un succès populaire inégalé.

Enthousiasme des retrouvailles

Harry Potter et l’enfant maudit n’est pas le tome 8 du roman. Il s’agit du texte d’une pièce de théâtre présentée en première mondiale le 31 juillet à Londres. L’histoire se déroule dix-neuf ans après le dernier opus des aventures du sorcier. Les héros ont pris de l’âge. Harry Potter est trentenaire, marié et père d’un enfant, Albus, dont l’éducation lui cause des soucis et il travaille au très sérieux ministère de la Magie. « L’enthousiasme des retrouvailles est dû au fait qu’il n’y a rien eu depuis près de dix ans. Mais il tient surtout à l’authenticité d’Harry Potter. Un esprit très particulier se dégage de l’univers du roman qui a su transposer le réel dans le monde de la magie. On pourrait même parler d’une frénésie », souligne Hedwige Pasquet, directrice de Gallimard jeunesse (qui édite l’auteur britannique en France) pour expliquer le barnum marketing.

La sortie de l’ouvrage en anglais était elle même déjà précédée d’une campagne promotionnelle contrôlée au détail près par les équipes de J.K. Rowling, comme à la grande époque du roman : mille secrets, embargos en tout genre, librairies ne disposant du livre parfois qu’une heure avant le début de la vente. Dans l’Hexagone aussi, il fallait déployer de véritables talents de sorcier pour tenter d’avoir un exemplaire avant sa sortie en librairies.

Cultiver l’intérêt des Potter addicts

« Il ne s’agit pas d’orchestrer un quelconque battage médiatique, mais avant tout de susciter une grande fête du livre et de la lecture », ajoute Hedwige Pasquet comme pour relativiser l’impressionnante machine qui accompagne les productions de J.K. Rowling. Certes, au début, les premiers succès de vente ont été obtenus par le bouche-à-oreille. Il faut attendre le troisième volet du roman, La Coupe de feu », en 2000 et l’adaptation cinématographique de L’Ecole des sorciers, en 2001, pour qu’Harry Potter devienne le phénomène marketing que l’on sait : développement de nombreux produits dérivés, sites Internet et événements divers pour cultiver l’intérêt des « Potter addicts ». La sortie de L’Enfant maudit sera suivie début novembre par une exposition à la gare Montparnasse à Paris et par des animations dans deux cents TGV qui seront tous habillés aux couleurs d’Harry Potter. Et la « Pottermania » ne s’arrêtera pas là. Le 16 novembre sortira en salles Les Animaux fantastiques, le premier épisode d’une nouvelle saga de J. K. Rowling (5 épisodes ont été annoncés) où le public sera censé retrouver tous les ingrédients qui ont fait le succès des Harry Potter : sorcellerie, amitié, lutte entre le bien et le mal… Ce nouvel univers fera lui-même l’objet d’une campagne jusqu’en décembre 2020.

Que raconte cette manière de lancer les best-sellers faite de secret et de matraquage publicitaire ? « Cela répond à un marketing mondialisé. Harry Potter est devenu une marque, au sens strict du terme et ce n’est pas un gros mot. Ce type de marketing emprunte à d’autres univers de création. Et cela paraît nécessaire si l’on veut rendre le livre et la lecture populaires et si l’on veut repenser la culture en terme d’usage », explique la sémiologue Mariette Darrigrand, auteur de Sexy Corpus, voyage dans la chair de mots (Lemieux éditeur, 2015). Les risques sont cependant grands de faire oublier le talent de l’auteur et de reléguer Harry Potter, qui était au départ « un vrai geste de créateur », au rang de banal produit de grande surface.

Source: telerama.fr

Article19.ma

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.