C’est dans une maison, loin des tintamarres de la ville de Tanger, que Dib, de vrai nom Ahmed Bounkoub, l’homme sur lequel la presse internationale avait soudainement concentré ses projecteurs en 1996, le décrivant du coup, comme « l’un des plus grands trafiquants de drogue en Afrique du Nord, » a choisi aujourd’hui de parler.

Dans un entretien accordé au site d’information +Hespress+, Dib, revient sur les circonstances de son arrestation et surtout sur « l’implication » du puissant ministre de l’Intérieur de l’époque, Driss Basri dans la saisie de ses biens. Il aborde en outre certains « services » rendus à l’Etat marocain.

Selon Dib rien ne laissait entrevoir qu’une campagne d’assainissement allait être enclenchée en 1996.

« Lorsque des policiers en civile sont venus m’arrêter, ils m’ont trouvé dans une des maisons que je possédait… Ils ont passé ma maison et toutes mes autres propriétés au peine fin sans trouver un seul gramme de haschisch », a-t-il soutenu.

Après son arrestation, Dib affirme avoir été transféré à la prison de Kénitra puis au fameux centre de Témara où il a longuement été interrogé, notamment, sur « sa fortune et son origine, » ainsi que sur ses relations avec les trafiquants de drogue.

   +Sacrifier le bouc-émissaire…+

Accusé de trafic international de drogue, bien que les policiers n’ont pas trouvé de substances illicites dans ses propriétés, il affirme que « l’interrogatoire policier a porté sur un trafic international présumé », une accusation qui servira par la suite à sa condamnation à 10 ans de prison ferme, dit-il.

« Le Loup » du Rif,  précise que des quantités importantes de drogue ont été trouvées chez tous les autres trafiquants qui ont été arrêtés lors de cette fameuse campagne et dont certains avaient de grands problèmes avec la justice.

Après avoir été accusé « sans preuve aucune », dit-il, Dib révèle qu’un haut officier de la police (non-identifié) lui a confié, lors des interrogatoires, que les services sécuritaires connaissaient les actions caritatives qu’il entreprenait et toutes les services qu’il rendait au pays et que son arrestation est intervenue seulement pour « calmer les européens qui se plaignaient des quantités de drogue entrant sur leur territoire ».

« Vous pourrez vous considérer comme un patriote qui combat en faveur de son pays», lui aurait même précisé cet officier, qui lui a conseillé de « rester discret en attendant que la tempête passe et bénéficier éventuellement d’une grâce royale ».   

A l’issue de 17 jours d’interrogatoires, « j’ai signé les yeux fermés le procès verbal en faisant confiance aux enquêteurs car je ne sais ni lire ni écrire », a-t-il affirmé.  

    +Loyaux services rendus à l’Etat+

Quant à ses « services rendus à l’Etat », Dib a fait savoir qu’effectivement il offrait son aide concernant certains dossiers sécuritaires.

« J’ai contribué à l’arrestation de l’un des criminels qui ont tué des étrangers (NDLR un français semble-t-il) dans la ville de Tanger après que les services de polices aient échoué à l’arrêter », a-t-il dit ajoutant qu’il a aussi appréhendé un algérien impliqué dans l’attaque terroriste de l’hôtel Asni en 1994 à Marrakech et l’a remis à la police.

Il a, en outre, nié avoir compté un haut fonctionnaire parmi ses associés dans le trafic de drogue.  

Il a également indiqué qu’il a été informé, quelques semaines avant son arrestation, qu’il allait bénéficier d’une décoration royale pour ses services rendus à l’Etat.

  +Dib veut récupérer légalement ses biens+

Dib, qui a passé 7 ans en prison avant d’être gracié en 2003, a aussi fait savoir que tous ses biens et sa fortune, évaluée à près de 40 milliards de centimes, ont été saisis et ne lui ont pas été rendus à ce jour, dont des terrains et plusieurs appartements, malgré le fait qu’il ait bénéficié d’une grâce royale.

Il a ajouté qu’à chaque fois qu’il recourt à une administration au sujet de ses biens saisis l’on refuse de lui parler, précisant qu’après avoir écrit au cabinet royal il a été interrogé à ce propos par la police pendant 3 mois mais sans résultat aucun.  

Il a, en outre, relevé que tous ceux qui étaient emprisonnés avec lui ont pu retrouver leurs biens.

Quant à ses relations avec de hauts responsables sécuritaires, il a indiqué que certains parmi eux lui demandaient de « travailler » le considérant comme quelqu’un qui contribue à l’entrée de devises au pays, soutenant, par ailleurs, que lui et ses hommes surveillaient la côte marocaine de Cap Spartel à Ksar Sghir d’autant qu’à la fin des années 90 le Maroc était confronté à l’immigration clandestine à travers le détroit de Gibraltar.

Dib a également indiqué qu’il ne possède aucun bien à l’étranger et que 80 pc de ses revenus du trafic allaient à « différentes parties » et à l’action caritative, assurant qu’il a offert des logements à plusieurs de ses hommes en plus d’un salaire régulier, ainsi que son assistance à de nombreuses familles nécessiteuses et qu’il contribuait aussi à l’entretien de plusieurs mosquées dans le nord du Maroc.

Il a ajouté qu’il a été à plusieurs reprises sollicité pour contribuer à la construction ou à la rénovation d’une bâtisse ou d’une route.

« Je me rappelle que j’ai construit le Riyad de Tétouan à mes propres frais. Je demandais aux autorités de fournir l’ingénieur du projet et le reste, le financement et la logistique, c’était moi qui m’en occupais », a-t-il affirmé.

Il se dit aussi avoir été visé par l’ancien ministre de l’intérieur Basri et ses hommes qui cherchaient à mettre la main sur ses biens à un bas prix, précisant que grâce au roi Mohammed VI certains de ses biens ont échappés à cette main mise.

Dib lance un appel au souverain afin de pouvoir récupérer ses biens placés sous la tutelle des autorités des propriétés de l’Etat.       

 (Source: Hespress en langue arabe)

 Article19.ma

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