Si certains vivent leur athéisme en cachette, d’autres n’ont pas peur de le revendiquer librement, même si cela les a poussés à quitter leurs pays pour de bon. C’est le cas de Walid Al Husseini, Imad Eddine Habib, et Kacem El Ghazali…

+Lucas Naciri, un cas parmi d’autres…+

 Originaire du Maroc, athée et militant réfugié en France, Khalid Naciri alias Lucas a été rejeté par sa famille pour avoir délaissé l’Islam. Comme tous les militants cités auparavant, il s’est soulevé contre l’Islam, mais il garde encore une douleur secrète qui fait resurgir les mauvais souvenirs du passé.

Lucas est issu d’une famille salafiste, il a eu une éducation islamique, mais depuis son adolescence, il a commencé à s’interroger sur l’Islam:  «Devenir athée est un petit chaud et inacceptable par ma famille ni par mon entourage ni la société… Ça fait 11 ans, depuis exactement le lycée, que je me déclare comme étant un   ex-musulman athée ».

Comme tous les pays musulmans, l’athéisme n’est pas vu de bon œil. La loi marocaine – qui est trop imprégnée dpar l’Islam – condamne sévèrement l’apostasie. Lucas n’a pas échappé à cette loi, « il n’a plus le droit » de retourner au Maroc, il est poursuivi par les autorités en vertu de l’article 220 du code pénal à cause de son athéisme et son affiliation au Conseil des ex-musulmans créé par Imad Eddine Habib.

L’article 220 du code civil pénal stipule que toute personne qui emploierait des «moyens de séduction dans le but de convertir un musulman à une autre religion, soit en exploitant sa faiblesse ou ses besoins, soit en utilisant à cette fin des établissements d’enseignement, de santé, des asiles ou des orphelinats » encourt une peine allant de six mois à trois ans d’emprisonnement et une amende allant de 100 et 500 dirhams. 

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Ce jeune Amazigh est très critique envers l’Islam, et comme tous les jeunes athées il exprime son opinion sur son compte Facebook et son blog personnel : « La culture islamique au Maroc ne fait aucune place à la non-croyance. Devenir athée, c’est un acte de trahison. On est automatiquement perçu comme un étranger à sa propre société. Cette culture n’accepte pas la liberté de ne pas croire, elle n’autorise pas l’individu à faire ses propres choix, à penser par lui-même ».

   +Le blog de Khalid Naciri ‘Lucas’+

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Il voit que l’islam est incompatible avec les droits de l’Homme, la paix et l’égalité entre l’homme et la femme.

« L’Islam est une religion qui n’est pas du tout juste…le fait que je crois à l’égalité homme-femme dans tout… j’étais le premier à manifester et dénoncer les agressions sexuelles des jeunes filles…je critique l’Islam et les religions Brahmiques… »  

Lucas habitait à Rabat avec sa famille. Après l’obtention de son bac, il a étudié l’informatique. Au tout début de sa conversion, il n’affichait son athéisme à personne, il le vivait à la dérobée mais à un certain moment il a fallu s’y faire. « Quand on arrive à un certain âge, tu ne peux plus le vivre en cachette, » dit-il.

Contrairement aux autres qui se présentent sous un faux nom sous prétexte qu’ils reçoivent des menaces, Lucas a changé son prénom religieux car il fait référence à Khalid Ibn Al Walid qui est, selon Lucas, « un grand tueur » dans l’histoire de l’Islam.

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 + Torturé, agressé…+

Une fois son athéisme affiché, Lucas a été rejeté par sa famille et ses amis. Ils l’ont insulté et dénoncé à la police, allant même jusqu’á le renverser par une voiture.        «Maintenant, je ne parle pas de mon athéisme à un musulman. J’ai des amis athées avec qui je m’entends  bien. C’est le plus important. »

Lucas est fière, il est militant et actif dans de nombreux mouvements comme le mouvement Mali et le Conseil des ex-musulmans en France…

« L’athéisme, » du point de vue musulman, il reste un tabou complet. Les musulmans sont « moins tolérants »  envers l’apostasie. « Si j’avais un fils athée, je vais lui couper les oreilles, bien sûr, je vais essayer de le remettre sur le droit chemin, mais s’ils refuse,  il doit assumer… », dit une maman.

Par contre, certains — pas nombreux — sont tolérants.  « Franchement ceci est du ressort de la conviction personnelle. Chacun fait des choix et doit par conséquent les assumer entièrement. Chacun est libre de ses croyances et pour soutenir un choix, il est impératif d’en être convaincu. Être athée doit être avant tout une conviction à partir d’un fondement logique, » explique une jeune.   

 Par contre, des jeunes considèrent « l’athéisme » comme une doctrine qui va en pair avec l’évolution de la société moderne, alors que la religion pousse certains vers « l’extrémisme. » selon eux, l’athéisme prône les valeurs de la laïcité, la liberté de conscience et d’expression ainsi que le respect des droits de l’Homme.

Par Imane LACHHAB et Jihane El Amile

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