Un certain nombre de jeunes Marocains ont choisi d’aller à contre-courant et de devenir athées, et ce, pour différentes raisons. Si certains le vivent encore clandestinement ou l’expriment sur les réseaux sociaux tout en gardant leur anonymat, d’autres assument leur choix et décident de briser le silence. 

« Je suis né musulman, car mes parents et toute ma famille sont musulmans. Mais à l’âge de 16 ans, j’ai commencé à douter de l’existence de Dieu et la vérité de l’Islam. Quand je posais des questions sur ce sujet, les gens n’avaient pas de réponses convaincantes et parfois ils n’arrivent même pas à y répondre. Donc, c’est par mon cheminement personnel et ma réflexion sur l’islam et les autres religions que j’ai décidé de devenir athée », affirme Bassam, étudiant en 3ème année à l’Université Hassan II de Casablanca.

Si pour Bassam l’idée de l’athéisme a commencé par le doute, d’autres jeunes ne veulent pas suivre « l’effet mouton » comme le dit Youssef, étudiant âgé de 20 ans, qui pense que l’islam est un bagage religieux et culturel que la plupart des gens ont hérité de leurs parents et ancêtres. Il poursuit avec toute confiance en soi : « A mon avis, croire en Dieu sans conviction est une croyance gratuite ».

Certaines filles ont décidé à leur tour de rejeter la religion à l’instar d’Inass, une jeune étudiante de 21 ans, qui critique vivement la place « inférieure » que l’islam accorde à la femme par rapport à l’homme. Selon elle, l’islam et y compris le judaïsme et le christianisme font de la femme un objet : Elle est sédentaire. Son rôle principal se limite à rassasier les besoins sexuels du mari, enfanter et s’occuper de son domicile.

D’autres jeunes filles partagent aussi l’avis d’Inass. Samia, une étudiante en sociologie à la faculté de Rabat, qui dénonce l’inégalité entre l’homme et la femme instaurée dans les pays musulmans. « Je n’ai jamais apprécié la façon dont l’islam traite la femme. L’islam fait le maximum pour enfermer la femme, cacher son corps soit disant pour ne pas attirer les hommes, elle n’hérite que la moitié de la part de l’homme, ‘les femmes sont déficientes dans leur raison et leurs religions’ etc… J’ai beau essayé de me convaincre que j’ai tort, mais à chaque fois que je cherche, je me rends compte que c’est la faute de la religion».

Les raisons sont différentes, mais le résultat est le même. Ces jeunes représentent plusieurs filles et garçons Marocains qui ont rompu avec la religion. Puisqu’ ils trouvent que le discours religieux est plein de mythes que ni la science ni la raison ne peuvent accepter. En effet, ils concluent que les religions proviennent de l’Homme et non pas d’un Dieu inexistant.

Une communauté d’athées +

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Se déclarer athée ouvertement ne se fait pas sans heurt au sein des communautés religieuses et dans certains pays comme le Maroc. « C’est très dur d’être athée et vivre dans une société marocaine… Et il y a encore une chose qui est vue au Maroc comme pire qu’être athée c’est l’assumer et le revendiquer. Donc tu peux faire ce que tu veux comme « pêchés » devant tout le monde tant que tu déclares que tu es un croyant égaré et que tu espères qu’un jour Allah te guidera. C’est comme ça et pas autrement…  », affirme Safwane, 23ans. Plusieurs sont les jeunes athées qui sont incapables de manifester leur athéisme au Maroc de peur qu’ils soient rejetés par leurs proches, par la société et même de se voir jeter en prison pour blasphème.

Souvent, ces jeunes vivent leur athéisme discrètement, notamment à l’abri de leurs familles pour éviter d’éventuels problèmes, comme le dit Nabil, un étudiant en science politique qui préfère ne pas avouer son athéisme en public:« J’ai peur d’afficher mon athéisme,  je préfère  garder ma conviction dans l’anonymat pour ne pas tomber dans les problèmes ni avec la police ni avec mon entourage »

Pour Safwane, Nabil et d’autres jeunes, il est encore difficile d’affirmer qu’ils peuvent vivre sans religion au Maroc. Mais pour Taha, un jeune étudiant de 18ans, cette épreuve fait partie du passé depuis qu’il a déménagé en Ukraine pour poursuivre ses études universitaires, déclare-t-il : « Bah maintenant je vis en Ukraine, mais avant  c’était trop nul, je me sens seul dans une troupe de gens que si tu leur dis que je ne réfléchis pas comme vous, ils vont se précipiter pour t’arracher la tête. Mais ici j’ai trouvé des amis qui sont athées. Alors quand tu trouves une personne qui réfléchit comme toi ça y est tu dis f… you world ».

+ Pseudonymes pour partager… +

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Conçus comme une minorité, les athées au Maroc ont encore du mal à s’afficher publiquement, d’où la création d’une communauté d’athées dans le monde virtuel de la toile. Ces jeunes ont décidé de sortir de l’ombre en profitant du développement des réseaux sociaux, notamment Facebook afin de faire connaissance et partager leurs idées. Ils rejoignent des groupes Facebook tels que : « Athées marocains », « Les athées de Maroc », ou des groupes régionaux comme « Les athées de Casablanca ». Certains créent même de faux profils avec des pseudonymes pour partager leurs pensées et vivre leur athéisme loin des contraintes de la société. C’est le cas de Rachid qui a créé un deuxième compte avec le pseudonyme de Richard Marokko où il s’exprime librement. « J’ai un compte avec mon vrai nom et ma photo de profil, mais je reviens sur mon deuxième compte pour exprimer mon point de vue sur l’athéisme et la religion », déclare-t-il.

A suivre …

Par Imane Lachhab & Jihane El Amile

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