Il a l’énigme de ses œuvres d’art. Son regard perçant dégage une réflexion aussi philosophique qu’artistique. Grand peintre marocain, Hassan Souab se veut l’un des derniers postimpressionnistes du pays. Portait exclusif d’un homme qui retrace l’histoire du Maroc à travers ses toiles.

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Les débuts d’un combattant

Issu d’une famille oujdie très modeste, Souab a été très jeune initié à l’art plastique. « Comme ma sœur était une élève très brillante, l’école lui a offert un cahier de dessin. Ce dernier était mon premier pas vers la création. J’avais quatre ans à l’époque», nous confie-t-il.

Ce cahier, auquel on doit la découverte du talent de Hassan Souab, l’a accompagné pendant 14 ans. Source d’inspiration ou simple souvenir d’enfance ? Seul lui connaît la réponse.

Grand fan de la chanson arabe, Souab a inauguré, en 1972, sa carrière avec un portrait de la chanteuse syrienne-libanaise, Ismahan. 6 ans après, l’artiste intègre l’Ecole nationale des Beaux-arts de Tétouan. Ayant un talent confirmé, il réussit à rejoindre les bancs de l’Ecole Supérieure d’Arts de Brest en France, où il passe des années très dures.

En l’absence d’un soutien étatique, qui pourrait sauver la dignité d’un étudiant à l’étranger, Souab s’est vu sillonner la France afin d’assurer son gagne-pain. « J’ai vendu des portraits mais j’ai également volé du pain pour pouvoir survivre. Mon combat quotidien était contre la faim et le froid. Sous ces contraintes, j’ai abandonné mes études et je suis rentré au Maroc».

Ma volonté contre la marginalisation de l’Etat

Auteur d’un parcours aussi artistique qu’original, Souab a regagné le Maroc après 3 ans d’instabilité et  souffrance en France.

Toujours endolori par la perte de son compagnon de route, Mohamed Douah, Souab n’a pas pu refouler ses émotions. « Si j’ai pu surmonter les obstacles que j’ai trouvé sur mon chemin, c’est parce que j’avais une volonté de fer. Mais je pleure mes amis et collègues qui n’ont pas réussi à supporter la cruauté de cette vie, et je m’en prends à l’Etat qui n’a pas été à la hauteur de sa responsabilité vis-à-vis des artistes marocains», dit-il amèrement.

Souab ou le Van Gogh Marocain

Les œuvres raffinées de Souab, dont la majorité est influencée par le style de Vincent Van Gogh, font en sorte qu’une partie de l’histoire marocaine soit immortalisée en images. S’appuyant sur une technique purement écologique, ce grand peintre s’est, implicitement, engagé à défendre l’environnement.

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Après un petit tour dans l’appart Factory, où il expose actuellement ses œuvres sous le thème « Auto-exil et enracinement », nul ne peut ignorer le côté naturel dans les tableaux de Souab. De l’herbe, épices, bois ou encore du sol, l’ensemble des toiles du peintre sont perfectionnées par des matières 100% naturelles.

Plus que peintre, Souab est un poète et conteur

Figure artistique aussi innovatrice qu’originale, Souab l’est également dans le texte.

Ecrire du Zajal ou encore faire de la Halka, Souab les maîtrisent aussi bien que la peinture. Une panoplie de talents créant un langage propre à lui, avec lequel il peut s’étendre par-delà les frontières.

Les thèmes traités par Souab le peintre ont un point commun avec ceux abordés par le poète et le conteur. Le regard philosophique et futuriste que porte l’artiste sur la vie, d’où son prochain projet sur l’Afrique.

« Je suis en train de préparer un projet, qui aura comme seul thème : l’Afrique. A travers une technique qui s’appelle « l’installation », je compte mettre en lumière les moments les plus durs et humains que ce continent a vécu: les épidémies, les catastrophes naturelles, etc.» nous raconte-t-il, avec une grande ambition de changer le regard des gens sur les choses.

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Par Chaimae Oulhaj, © Jawad Elajnad

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