Femme d’affaires charismatique, la nouvelle ministre de la mer et de la pèche est très populaire. Le plus grand quotidien du pays lui voue un culte sans limite.

Chaque fois que je lis quelque chose à propos de notre ministre Susi, je me rappelle aus­sitôt le poème Susi, rouge carmin, de l’écri­vain Gus Sakai: « Susi pleure, gémit, mais elle n’est pas triste. Susi hurle, se frappe la poitrine, mais elle rit. Comment dire cette joie teintée de malheur? Cette soif teintée de mélancolie ? …  »

Susi est exubérante. Elle est détachée, libre. Voilà pourquoi elle réussit haut la main là où le plus grand nombre échoue. Susi oh Su si. Ces derniers temps, il n’est ; pas de nom plus populaire que le tien.

Tes photos remplissent les pages des réseaux sociaux et des grands médias. Ton nom est crié par ceux qui te soutiennent et ceux qui te détestent, par ceux qui t’aiment.et ceux qui te jalousent.

En fait, depuis toujours, Susi est ainsi. Excentrique, ouverte, sans fard ni faux-semblant. Elle n’a pas peur de fumer en public. Selon Rustika Herlambang, une journaliste qui l’a inter- viewée en 2010 pour le magazine Dewi, non seulement Susi fume, mais elle boit du vin blanc et du gin tonie « sans jamais être ivre ».

+SUSI QUITTA L’ECOLE TROP TÔT…+

Susi oh Susi, aucun ministre n’a une biographie aussi flamboyante que la tienne. C’est pour cela qu’on ne cesse de parler de toi. Susi par-ci, Susi par-là, Susi a un tatouage sur sa jambe droite. Susi a choisi de quitter les bancs de l’école parce qu’elle était écœurée par les méthodes d’éducation.

Née le lsjanvier 1965 à Pangandaran, dans l’ouest de Java, elle se lance en 1983 dans les affaires en rachetant aux pêcheurs de la ville du poisson qu’elle revend ensuite. Ce com­merce prospère rapidement si bien qu’en 1996 elle ouvre une usine de conditionnement de poissons. Elle acquiert bientôt un premier avion qu’elle uti­lise pour exporter à l’étranger des homards frais. Sa vocation va subitement changer lorsque le tsu­nami frappe Aceh [province située sur la pointe nord de Sumatra], en 2004.

Son jet Cessna est le premier avion à se rendre sur les lieux de la catastrophe pour distribuer de l’aide aux victimes se trouvant dans les régions les plus inaccessibles. Mariée à l’ingénieur en aéronautique allemand Christian von Strombeek, elle se reconvertit en fondant une compagnie aérienne.

En 2013, 49 appareils de la compagnie Susi Air assuraient des centaines de liaisons entre les villes les plus isolées de l’archipel. Fin 2012, le chiffre d’af­faires de la compagnie s’élevait à 21 millions d’euros.

« Depuis toujours, on me considère comme l’outsider », a-t-elle déclaré à Rustika Herlambang. Petite, Susi aimait ramener chez elle des fous qu’elle rencontrait dans la rue, elle les lavait et leur donnait des vêtements. Elle partait souvent dans les villages de pêcheurs. Si l’un d’entre eux était blessé, elle n’hésitait pas à nettoyer sa blessure et à lui administrer des médicaments. « Alors qu’il ne voulait pas être soigné par sa propre femme … C’est pour ça qu’on m’a toujours prise pour une cinglée », raconte-t-elle en riant.

Selon Rustika, la décision la plus « dingue » que Susi ait jamais prise est d’avoir quitté le lycée en seconde. Tous ses proches étaient très en colère parce qu’elle était une élève brillante. Ses parents étaient riches: son père avait une entreprise de construction et sa mère possédait de vastes terres agricoles et des plan­tations de cocotiers. Ils l’avaient envoyée dans le meilleur lycée de Yogyakarta, au centre de Java.

+’SU SI’, EST SUR TOUTES LES LEVRES+

 

Elle avait alors tout juste 17 ans et elle est ren­trée chez elle, à Pandangaran. « Je n’étais pas heu­reuse. A quoi bon continuer? Je voulais décider moi-même de ma vie », explique-t-elle. Son père, qui l’avait jusque-là gâtée, ne lui a plus adressé la parole pendant presque deux ans. « Je me suis alors mise au travail pour ne pas me morfondre à la maison », poursuit-elle.

 

Aujourd’hui, Susi vient d’être nommée ministre de la Mer et de la Pêche, un des ministères les plus en vue puisque le président Jokowi [de son vrai nom Joko Widodo, investi le 20 octobre der­nier] veut transformer l’Indonésie en une grande puissance maritime.

 »Je démissionne de toutes mes fonctions », a-t-elle déclaré le 26 octobre, le jour de son investiture. Ce qui signifie qu’elle se retire de toutes les entreprises qu’elle a fondées et dont elle est propriétaire pour se consacrer à cette noble fonction de ministre au service du pays. Une fois de plus, Susi n’a pas eu peur de tout laisser der­rière elle, au moment même où beaucoup de gens mettaient en doute ses capacités d’aide de camp du président. Mais Susi a franchi ce pas, aussi décidée que lorsqu’elle a quitté le lycée. Aussi décidée que lorsqu’elle a fondé plusieurs entreprises prospères.

Susi oh Susi. Tu ne caches rien de ta vie privée. « Oui, je suis une célibataire, j’ai trois enfants et un petit-fils », précise-t-elle. Elle raconte même qu’elle a été mariée à deux reprises.

Susi oh Susi, il n’est pas un jour sans Susi. Dans les villages et dans les villes, dans les bistrots de quartier ou dans les cafés sélects, le nom de Su si est sur toutes les lèvres.

Susi oh Susi, tout ce que tu es est un don que Dieu offre à notre pays. Avec Susi, espérons que la mer et ses poissons fassent de nous une nation plus prospère. Oui, Susi est la réalité indonésienne d’aujourd’hui!

Courrier International/Article19.ma

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