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C’est avec un sourire chaleureux et une gentillesse remarquable que Samia Hathroubi a accueilli l’équipe d’Article19.ma, durant son passage à Rabat. Professeur d’histoire, journaliste et militante de droits humains, elle a un fort intérêt et une implication personnelle dans la lutte pour les droits des minorités. L’Islamophobie et l’antisémitisme font partie intégrante de ses combats.

Musulmane française, qui garde ses origines profondément enracinée en Tunisie, Samia est également membre de la “Foundation For Ethnic Understanding”, une ONG qui date de 25 ans et dont le but est d’encourager les dialogues inter-communautaires afin de contrer l’extrémisme montant au sein des communautés.

Dans un contexte politique et religieux agité, Samia Hathroubi fait le point sur l’actualité et s’exprime sur la question du dialogue inter-religieux face à la montée de de l’islamophobie.

-Après la campagne britannique “Not in my name” qui a connu la mobilisation des musulmans anglais contre Daech, vous avez signé une tribune, qui a beaucoup fait parlé d’elle, où vous avez dénoncé la barbarie de l’auto-nommé “État islamique”. Pourriez vous nous expliquez un peu plus votre position, ainsi que son contexte:

Dans cette tribune se reflète un paradoxe entre l’Angleterre ( où a été lancé la campagne “Not in my name”) et la France. Dans le premier pays, les gens n’ont aucun problème a se déclarer entant que musulmans, juifs, ou autre. Alors que la situation en France est tout a fait différente. En effet, il y a une double somation de la part des autorités publiques à s’adresser aux membres de la communauté musulmane en leur disant que  » vous devez vous exprimer sur Daech puisque vous appartenez à la même religion », et à la fois « vous n’avez pas le droit de vous exprimer entant que musulmans, car vous êtes français et nous sommes un pays laïque ». Dans l’opinion international, Daech utilise un langage issu de notre culture, identité et référents arabo-musulmans. Nous, les musulmans, ne pouvons pas faire comme ci ça ne nous concernait pas et que l’on refuse de nous exprimer sur le sujet. Mais dans un pays où nous résidons entant que minorité, s’adresser à la communauté nationale, qui n’est pas musulmane, peut être un pas délicat. 

-Selon vous, comment les crimes de Daech peuvent ils menacer l’intégrité des musulmans dans le monde?

En France par exemple, Daech ou le terrorisme qui prend le nom d' »Islamique », contribue a stigmatiser davantage les musulmans. Les sociétés européennes tendent à confondre les citoyens qui ont une appartenance musulmane, avec tout ce qui se passe dans le monde et qui touche, de prés ou de loin, l’islam . Pour eux, tout est monolithique. Si un « fou » dans l’autre coté du monde commet un crime au non de l’islam, cela devrait sans doute affecter la façon dont j’intéragit avec les concitoyens de mon pays.

-Daech a réduit à l’esclavage sexuel 700 femmes, une pratique qualifiée de crime contre l’humanité par les défenseurs des droits de l’homme. Entant que militante musulmane, pensez vous que cet acte va accentuer la polémique autour de la femme en Islam ainsi que de ses droits, sachant que la majorité adopte l’idée de ‘la femme musulmane réprimée’?

Effectivement! Mais les Islamophobes trouveront toujours des arguments « pseudo-savants » afin de nourrir leur haine qui n’est pas seulement d’idéologie, comme ils prétendent, mais de tout ce qui ressemble de prés ou de loin à un musulman, parce qu’il y a cette thèse de « l’islamisation de l’Europe », et les gens pensent que les musulmans vont coloniser, en quelque sorte, leur territoire.

En outre, dans une situation socio-économique qui est extrêmement précaire, il y a cette tendance à cristalliser les peurs de sois autour d’une personne. On l’a vu dans l’histoire, à chaque situation de crise on part à la recherche d’un bouc émissaire pour porter ce fardeau, et en l’occurrence, il est toujours musulman.

-Avec tout ces événements à travers le monde, qui affectent principalement les communautés religieuses, peut on dire que le dialogue inter-religieux se retrouve, une fois de plus, dans une impasse?

On est dans une impasse, en effet, mais il y a plein de potentialités de travail pour les communautés religieuses malgré les crises. Il est important de porter nos convictions, nos engagements, ainsi que nos valeurs et combats au plus prés des décideurs politiques, car ils ont un grand rôle à jouer. Il est important de faire entendre nos voix entant que religieux musulmans, chrétiens,juifs…etc.

-Comment la nouvelle génération pourrait lutter contre le fanatisme religieux et revivifier le dialogue entre les religions?

Tout d’abord il ne faut pas avoir peur, et il faut s’enraciner d’avantage dans sa propre culture et assumer sa responsabilité avant d’aller à la rencontre de l’autre. Il est important de se préparer afin de pouvoir vivifier le dialogue inter-religieux.

Entant que jeune génération, on nous dit toujours que nous somme le future, mais nous sommes également le présent, les acteurs d’aujourd’hui, et il faut assumer ce rôle pour permettre l’égalité entre les citoyens de différentes religions, que ce soit au Maroc, en Tunisie, ou en France. C’est autour d’actions de convergence des luttes, et en faisant de l’autre son partenaire, qu’on permettra de revivifier le dialogue inter-religieux.

Par Manal Selmani

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