Par Mustapha Sehimi

Assurément, la diplomatie de crise que pratique désormais le Maroc depuis, quelque trois ans porte ses fruits. L’illustration en a été les contentieux créés par Christopher Ross puis Ban Ki-moon en 2012-2013 puis Paris et aujourd’hui encore le même secrétaire général de l’ONU. Comment se traduit cette nouvelle approche de Rabat dans la présente conjoncture à l’ordre du jour du Conseil de sécurité à propos de la question nationale? Par plusieurs traits significatifs et opératoires.

Le premier d’entre eux a trait à la position du Royaume pour ce qui est des positions de ce haut responsable onusien à l’occasion de sa dernière visite en Algérie et dans les camps de Tindouf, les 5 et 6 mars 2016. Des actes et des déclarations jugés, à bon droit, inacceptables et intolérables pour le Maroc. Ils sont la marque d’une partialité évidente.

Nouvelle méthodologie

Sur cette base-là, Rabat a décidé de réagir avec fermeté et vigueur. Facilitateur, mandaté à cet effet par les résolutions du Conseil de sécurité, Ban Ki-moon s’est ainsi départi de ses missions. Alors?

A quoi sert-il de le recevoir? Et pour parler de quoi? Retour donc à la case départ, celle d’une reprise en charge du dossier national par le Conseil de sécurité qui, en l’espèce, a un pouvoir décisionnaire exclusif.

Dans cette même ligne, le Maroc a saisi opportunément cette occurrence pour reposer la question nationale dans des termes différents. Lesquels? La mission de Christopher Ross est pratiquement en panne. Initiée en 2009, déclinant une nouvelle méthodologie -celle des « navettes » et des contacts informels entre les parties après les entretiens plus formels de Manhasset et d’autres rendez-vous- elle n’a enregistré à ce jour aucune avancée.

Il faut dire qu’elle a été plombée par des faits cumulatifs: la rigidité des séparatistes, s’en tenant à des slogans alors que sur la table il y avait, depuis avril 2007, un projet marocain d’autonomie interne qualifié par le Conseil de sécurité de « réaliste, sérieux et crédible »; les velléités et les tentatives de M. Ross et de Ban Ki-moon à élargir le mandat de la Minurso au suivi et au contrôle des droits de l’Homme dans les provinces régionales du Royaume.

Solution négociée

Malgré l’énergique mise au point qui lui a été faite, lors de l’entretien téléphonique du 22 janvier 2015 par S.M. le Roi et ses engagements à faire respecter les paramètres de la négociation arrêtés en 2009 par le Conseil de sécurité, le secrétaire général de l’ONU a failli à sa mission.

Preuve en a été, de manière éclatante d’ailleurs, lors de sa dernière visite à Alger et Tindouf.

Fallait-il laisser les choses en l’état? Pas le moins du monde tant il est vrai qu’il a porté atteinte à cette occasion au respect dû au Roi ainsi qu’à la dignité du peuple marocain. C’est que l’analyse faite alors était que le paradigme en vigueur depuis des années était un échec. Si le Maroc continue à privilégier la recherche d’une solution politique négociée, sur la base d’un compromis réaliste, il ne juge pas pour autant pertinent de continuer dans la voie jusqu’alors empruntée. D’où la remise à plat du rôle de la Minurso, créée par la résolution 690 du Conseil de sécurité en date du 29 avril 1991.

A quoi bon continuer à imposer à la communauté internationale une charge annuelle de près de 60 millions de dollars? Elle avait été alors chargée de plusieurs missions.

La première était de surveiller le cessez-le-feu -il est pratiquement respecté depuis un quart de siècle. La supervision de l’échange de prisonniers de guerre sous l’égide du Comité international de la Croix Rouge (CICR) est, elle, achevée. Il en est de même de son soutien des mesures de confiance avec l’échange de visites des familles.

Le référendum irréalisable

Quant à sa mission d’organisation d’un référendum, cette question n’est plus à l’ordre du jour depuis 2004 puisqu’à cette date le prédécesseur de Ben Ki-moon, Kofi Annan, ainsi que le Conseil de sécurité avaient tous deux convenu que cette opération était irréalisable et ce faute d’arriver à l’identification d’un corps électoral.

Si le maintien de la composante militaire de la Minurso, forte de 240 membres, peut encore se poser du fait des réalités actuelles, il reste que son format et son déploiement restent posés. D’où, dans cette optique, la décision de Rabat de ne plus autoriser le poste militaire de la Minurso à Dakhla.

Quant au segment politique de cette même Minurso, son rôle est devenu pratiquement caduc. Il n’y a plus de référendum en perspective. Pas davantage, il n’y a lieu de pointer la situation des droits de l’Homme dans les provinces méridionales récupérées, le Maroc pratiquant à cet égard une politique « portes ouvertes », dans la transparence et en se fondant sur les avancées et le cadre offert par la nouvelle Constitution de juillet 2011. Enfin, comment ignorer que cette composante civile et politique de la Minurso ne se distinguait guère par sa neutralité ni par son impartialité, son rôle s’apparentant à celui d’une officine servant de réceptacle aux séparatistes et de boîte aux lettres à leur propagande!

Voies de règlement

Après les dernières réunions informelles du Conseil de sécurité, les 17 puis le 21 mars 2016, les positions marocaines ont été confortées. Telles qu’elles sont aujourd’hui, elles sont prises en considération et elles sont l’un des éléments du dossier. En creux, Ban Ki-moon n’a pas été soutenu par les quinze membres de cette haute instance onusienne -d’où son dépit, sa frustration et l’amer constat de sa fragilité.

Autant d’éléments qui ne peuvent qu’être appréhendés pour élaborer ­alors que le « Plan A » est à la ramasse depuis 2009- un « Plan B » de nature à permettre de finaliser et d’acter d’autres voies de règlement négocié impliquant le Maroc et la seule autre partie réellement prenante, à savoir l’Algérie.

Source : Maroc Hebdo

Article19.ma

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