Par Tahar Ben Jelloun

C’est normal que vous agissez de la sorte ; on vous a habitué dans Israël à occuper des territoires qui ne vous appartiennent pas, à occuper les maisons des autres, alors vous pensez que tout le monde doit être à votre service et qu’en plus on doit s’excuser de ne pas vous supporter.

Samedi dernier, j’étais au salon du livre de Bruxelles. Il pleuvait. La ville était comme d’habitude en travaux. Vers 22h, mon attaché de presse commanda un taxi pour rentrer à l’hôtel. Une fois dans le taxi sur la banquette arrière, arrive un homme, mince, pressé, décidé, ouvre la portière de devant et s’installe comme s’il était chez lui. Pas un mot. Ni bonsoir ni salut. Il s’adressa au chauffeur, un Marocain, et lui donna l’ordre de l’emmener à l’hôtel Plaza. Mon ami et moi étions sidérés, choqués. Tant de désinvolture et d’impolitesse ne pouvaient pas ne pas être relevées. Mon ami lui dit en français «vous auriez pu nous demander notre avis, ce taxi nous l’avons commandé et nous l’avons attendu un quart d’heure sous la pluie». Il répond en anglais «je ne comprends pas le français». Il lui explique dans la langue qu’il comprend notre étonnement. Il ne s’excuse pas et dit que de toute façon «le taxi va au même endroit, alors où est le problème ?».
Je lui pose la question de savoir d’où il vient. Il me dit «je suis d’Israël». Je ne dis rien.

Silence durant tout le trajet. Arrivé à l’hôtel, il nous dit ne pas comprendre pourquoi on n’a pas voulu de lui, sous entendu, «je suis juif, donc victime d’exclusion». Là, j’interviens et lui dis sur un ton calme mais ferme : «C’est normal que vous agissez de la sorte ; on vous a habitué dans votre pays à occuper des territoires qui ne vous appartiennent pas, à occuper les maisons des autres, alors vous pensez que tout le monde doit être à votre service et qu’en plus on doit s’excuser de ne pas vous supporter». Là, il baisse la tête et me dit en anglais «je ne comprends pas le français». Il s’en va comme il était arrivé. Le chauffeur me félicite pour ma réaction : «J’aurais dû lui demander de descendre de ma voiture, mais à partir du moment où j’ai appris qu’il était israélien, j’étais sûr qu’il me prendrait pour un antisémite».

Le lendemain j’ai repensé à cet incident et me suis rappelé l’arrogance d’Israël, son impunité, sa politique coloniale et agressive, l’apartheid qui est en train de s’installer dans les territoires occupés, le fait de mettre l’étiquette «Israël» sur des produits issus des territoires palestiniens et le refus catégorique d’entamer des négociations sérieuses en vue de la paix pour les deux peuples avec chacun son Etat et ses frontières. Me revint à l’esprit que ce manque d’éducation est en fait une «éducation». C’est ainsi que se conduit le colonisateur, l’occupant. Ensuite j’ai repensé à la thèse de plus en plus affirmée par des intellectuels et même des hommes politiques en France qui consiste à faire passer la critique de l’Etat d’Israël, la critique du sionisme pour de l’antisémitisme. Une façon assez efficace pour faire taire tout le monde. Le premier Manuel Valls l’a dit et répété plusieurs fois «être antisioniste, c’est être antisémite». Même sous la Coupole, le jour de la réception à l’Académie française d’Alain Finkielkraut, celui-ci rappela dans son discours cette thèse, laquelle fut reprise par Pierre Nora qui le recevait dans cette illustre institution.

Alors un Israélien qui s’impose dans un taxi un soir d’hiver à Bruxelles ce n’est pas grand chose, c’est juste du mépris mis en musique par un Etat qui se considère au-dessus des lois, au-dessus des résolutions des Nations Unies qu’il n’a jamais daigné respecter.

Source: Le360.ma

Article19.ma

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