DIPLOMATE, MEZOUAR?

Par M.SEHIMI

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Fringant, polyglotte, tonique même, Salaheddine Mezouar est à la tête du département des Affaires étrangères et de la Coopération depuis le remaniement du gouvernement Benkirane, le 10 octobre 2013. Sa nomination n’était pas retenue au départ mais elle a été dictée par un second choix, par défaut donc: il devait prendre en charge le ministère de l’Économie et des Finances.
Comment s’en sort-il dans ce nouveau secteur? les grands axes en sont fixés par le Roi dans le cadre d’options fondamentales et de positionnements qui sont une véritable feuille de route. Reste la mise en œuvre qui, elle, est l’opérationnalisation de la politique étrangère et ce à travers la diplomatie, autrement dit l’action au quotidien. Ce qui frappe depuis un an, c’est une polyphonie qui pose problème et qui dans le même temps complique et brouille la voix diplomatique du Royaume. Sa sortie sur la position de la France, telle qu’elle a été publiée à l’issue de la réunion des chefs de la majorité, témoigne bien des particularités de son style et de sa communication. Incriminer les intérêts français menacés par la visite royale en mars dernier dans le continent africain n’est pas très diplomatique. Il a dit en substance, en faisant allusion à la France, qu’il y a  » des forces coloniales qui tentent encore d’imposer leur tutelle sur leurs anciennes colonies … Certains pensaient que l’Afrique leur appartenait et qu’ils sont dans une position confortable dans la mesure où le Maroc ne fait plus partie de l’Union africaine … le retour en force du Maroc en Afrique a créé une sorte de zizanie qui s’est traduite en pratique par plusieurs manœuvres de la part de ces forces  » . Chef d’un parti, le RNI, devait-il se « lâcher » jusque là ? On peut en douter, d’autant plus qu’une telle diatribe – à supposer qu’elle ait été validée … – aurait dû être lancée dans un cadre institutionnel approprié, celui de la commission des Affaires étrangères de l’une ou l’autre des deux Chambres du Parlement. C’est dire que Mezouar doit se pénétrer, me semble-t-il, de ce crédo: il est la voix du Maroc à l’international.

Dans ce même chapitre, à l’endroit de l’Algérie, la qualification de « minable » dont il a gratifié ce pays est inacceptable. Quelles que soient les lourdes hypothèques qui minent nos relations avec ce voisin, la diplomatie a ses usages, ses codes et ses éléments de langage.
C’est dire que de telles outrances verbales ne règlent rien, au contraire, et qu’elles ne font que le jeu de l’Algérie. Enfin, qu’il se soit laissé fouiller à l’aéroport de Roissy Charles de Gaulle -malgré son statut- a porté un coup à la dignité de ses fonctions et à celle de l’ensemble des Marocains.

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