Par : Abdellah Tourabi

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La scène est ahurissante et quasi sur­réaliste: des salariés et cadres de la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) applaudissent, pendant de longues minutes, leur patron Anas Alami, tout juste sorti d’une longue nuit d’interrogatoire par le Parquet de Fès. Celui qui est lourdement accusé, voué aux gémonies, et dont la vie ne serajamais la même depuis sa mise en examen, est ac­cueilli par les agents de son institution en « victime» d’une descente aux enfers qui leur semble incompréhensible et injustifiée.

Au-delà de la solidarité de corps et l’aspect émotionnel de l’accueil, ces salariés ont ex­primé ce qui a beaucoup manqué dans cette affaire et son traitement: le bon sens, et sur­tout le souci de sauvegarder la crédibilité et la dignité de l’institution où ils travaillent.

Car la CDG n’est pas un établissement public ordinaire. Il s’agit là d’un géant fi­nancier et économique qui gère l’épargne publique, et que financent les Marocains à travers leurs cotisations aux caisses de re­traite. Cette institution, de par sa puissance et sa mission d’intérêt général, peut aller là où d’autres groupes économiques et finan­ciers ne peuvent pas investir, soit par frilo­sité soit par absence d’intérêt à court terme. Il suffit juste de jeter un coup d’œil sur les pro­jets et secteurs où la CDG est partie prenante (infrastructures, banques, tourisme, assu­rances … ) pour comprendre son poids. Mais le vrai capital de la CDG réside dans sa crédi­bilité, sa position de « tiers de confiance» qui lui permet de mobiliser et rassurer les différents investisseurs privés pour s’enga­ger dans de grands projets, nécessaires pour le développement du pays. Or, en sortant la CDG de ce rôle et en la propulsant dans les rubriques « scandales» et« faits divers» de la presse, on lui ôte sa crédibilité et l’élément de confiance dont elle se prévalait.

Ainsi, les effets de cette affaire sont graves et sa gestion est calamiteuse. Tout d’abord, comment un géant de la taille de la CDG peut-il être encore piloté par un homme tétanisé par l’angoisse d’un procès dont les contours sont encore in­définis? Le bon sens aurait voulu que Anas Alami se retire de ses fonctions, le temps que lajustice se prononce sur son avenir.

La séparation entre « le corps symbolique» et « le corps physique» de l’établissement aurait été nécessaire pour préserver sa cré­dibilité et son prestige. Ensuite, tout le ‘processus qui a déclenché cette affaire est biaisé et va à l’encontre d’une gestion saine et rationnelle de la vie économique natio­nale. Car d’une colère royale contre des dysfonctionnements d’un projet immobi­lier au nord du Maroc, on se retrouve dans un psychodrame qui entache le bras finan­cier de l’Etat. On est alors passé d’un simple litige immobilier entre clients et fournisseurs, du genre de ceux que traitent les tribunaux tous les jours, à un séisme qui secoue le monde des affaires et la ges­tion des établissements publics. Le retrait de la CGI (filiale immobilier de la CDG) de la Bourse et les pertes financières qu’elle pourrait entraîner est une illustra­tion des effets chaotiques de cette affaire. On risque alors de se retrouver avec une administration et des en­treprises publiques complè­tement paralysées, où au­cun responsable ne peut s’aventurer à prendre une décision qui en­gage sa responsabilité et l’argent de l’Etat, pourtant nécessaire au fonctionnement de l’économie nationale. Quant patronat, qui brille par son absence de ré­action à ce sujet, il est plongé  dans la stupéfaction, l’incompréhension et l’angoisse. Des états d’âme qui cor­respondent à tout, sauf au sentiment de confiance, primordial et indispensable à l’investissement et à la bonne marche de l’économie.

Article19.ma

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