Le journaliste Abdallah Bensmaïn vient de publier son livre « Alors l’information ? Les journalistes parlent du journalisme… et d’eux-mêmes » (Ed. Afrique Orient). Un constat objectif de la pratique quotidienne d’une profession qui suscite régulièrement de « méchantes » critiques mais souvent le respect pour ceux qui osent aller à la cherche de la vérité, au delà « des lignes rouges. »

Ce vétéran journaliste, correspondant de presse, chef de rubrique et rédacteur en chef, est également l’auteur de plusieurs ouvrages dont «Symbole et Idéologie», «Crise du sujet, crise de l’identité» et, en collaboration, «Journalisme et Politique» et « Enfances maghrébines ».

Dans son dernier ouvrage de 416 pages, Bensmaïn parle de la presse, mais surtout des journalises. En fait, il s’agit des révélations sur la presse mondiale et surtout marocaine, en s’appuyant essentiellement sur des témoignages et écrits de journalistes.

+L’école des médias remplace celle de journalisme+

La majorité des journalistes exerçant dans les pays développés ne sont pas issus d’écoles spécialisées, cela est du à l’inadéquation des programmes enseignés par les écoles de journalisme avec la profession proprement dite, ces programmes produisent des profils peu adaptés à la profession d’où la nécessité  d’une refonte totale des établissements de presse.

Loin d’être une formation, le journalisme est une vocation, c’est pourquoi toutes les formations y mènent et seulement 8% des journalistes exerçant aux Etats-Unis et 25% en France ont été formés dans des écoles.

Au Maroc par exemple, beaucoup de journalistes exerçant doivent bénéficier de formations professionnelles et juridiques pour remédier aux nombre élevé d’affaires en justice ayant pour cause la diffamation ou le non-respect de la réglementation qui peut être le code de la presse ou la loi en général.

Le parcours de plusieurs journalistes ayant témoigné dans le premier chapitre du livre affirme que les circuits d’embauche dans la presse échappent souvent aux écoles de journalisme, et qu’il y’a une grande part du hasard dans l’éclosion de ces talents. En effet, rien ne prédestinait des ingénieurs, médecins et économistes  à une carrière dans la presse. Finalement, ils attrapent le virus de l’écriture et prennent goût au métier.

Même si la voie royale pour devenir journaliste est de passer par une école de journalisme, étudier le journalisme reste insuffisant, car les savoirs nécessaires se transmettent plus dans la pratique et le débat sur la nécessité de justifier d’un diplôme pour exercer le métier est d’actualité, si les organisations professionnelles défendent la nécessité d’avoir un diplôme reconnu par l’Etat, Reporters sans frontières (RSF) estime que « celui qui traite et produit de l’information peut se prévaloir de la qualité de journaliste, sans avoir à justifier de la possession d’un diplôme » et les codes de la presse n’exigent que rarement l’obligation d’un diplôme en journalisme pour exercer.

Le métier de journaliste, dans sa pratique quotidienne, fait partie de ces savoirs qui se transmettent plus sur le terrain et par l’expérience et les titres de postes occupés par les journalistes sont une reconnaissance professionnelle acquise au fil  d’un processus de « responsabilité croissante » s’inscrivant dans la durée.

L’avenir appartient-il aux journalistes ? S’achemine-t-on vers le zéro journaliste avec les inventions de robots écrivains, logiciels et drones ? Comment pouvons-nous intégrer les valeurs classiques du journalisme dans ces nouveaux outils ? Ce qui est certain, c’est que les journalistes qui produisent des contenus originaux n’ont pas lieu de s’inquiéter face à cette révolution scientifique mais doivent surement développer leur capacité à trier, authentifier et mettre rapidement en perspective l’information.

Etant donné qu’à partir de 2015, 75% des l’audience des médias seront de l’image, le drone a toute sa place, d’ailleurs, le drone journalisme s’enseigne déjà aux Etats-Unis et suscite l’intérêt de plusieurs écoles de journalisme dans le monde. La force du journalisme volant réside dans sa capacité à offrir aux spectateurs des informations spectacles et sa capacité à  atteindre des zones interdites à la presse, mais l’utilisation de ces plates-formes volantes soulève des questions  technique, politique, journalistique et éthique.

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+De l’information au gazouillis…+

Depuis les années 80, la communication a envahi les médias et les agences de com prennent les places des agences de pub. Ce glissement a affecté le journalisme économique et les annonceurs ne voient plus les médias comme des supports d’information, mais comme des consumer  magazines.

 Le journalisme d’entreprise, qui édite des magazines dédiées vulgarisant les produits et les services, connaît lui aussi un développement certain et les publications d’entreprise se distinguent comme une véritable « presse » empiétant largement sur le territoire des médias devenus traditionnels, c’est le temps des médias de marques qui veulent produire leur propre contenu.

Depuis longtemps, la presse est instrumentalisée à la fois, par les entreprises qui la considèrent crédible et efficace pour passer leurs messages, et par les politiques qui y voient un  moyen de propagande. Dans le premier cas, elle prend des positions de consommateurs, et dans le deuxième, elle assure la promotion sous prétexte de couverture d’activité ou d’entretien sur des sujets d’actualités. En général, l’alignement sur un produit ou sur un individu est souvent indirect et non assumé.

La concurrence des titres offrant leurs services sur le marché de l’information politique et de la publicité contribue à gommer la démarcation entre l’information, la propagande et la publicité. Et pour rester dans les bonnes grâces des annonceurs, la presse favorise la tendance de la publicité clandestine en créant des rubriques appelées « Produits » ou « Entreprises ».

L’expression de la presse américaine : « il y’a un mur entre l’Eglise et l’Etat » signifie la séparation entre rédaction et équipe commerciale, mais on peut citer plusieurs exemples témoignant que ce mur n’est pas infranchissable. Le schéma de publicité  déguisée contre annonces et frappant dans la presse spécialisée et surtout la presse médicale asservie à l’industrie pharmaceutique. Ce qui pose des problèmes de déontologie très graves au niveau des relations entre les médias et les annonceurs.

La baisse des ventes de la presse écrite contemporaine n’a épargné aucun pays. Cette déchéance a poussé les journaux au Maroc, généralement subventionnés par l’Etat,  à augmenter le prix de vente. Dans cette situation où, obtenir plus d’aides est devenu un mode de fonctionnement, il faut rectifier les flux d’argent actuels au profit des rédactions. Ainsi, la presse écrite a trouvé   de nouvelles voies de financement à part la publicité, les grands groupes financiers et les ventes proprement dites. L’exemple des lecteurs associés qui ont sauvé Libération du dépôt de bilan en 2006 mérite d’être cité.

En somme, la crise des médias écrits est due au coût élevé de l’information qui ne rapporte pas assez face à l’érosion de la publicité et du lectorat. En effet, les habitudes actuelles  de consommation des médias montrent bien que l’avenir est à internet qui offre un pouvoir éditorial aux audiences.

Article19.ma (Lecture de Salim Banadi)

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