alibPar Ali Bouzerda

Une hirondelle ne fait pas le printemps, dit-on souvent, mais Benkirane, a bien fait « le printemps » de son parti et de ses sympathisants islamistes qui, depuis longtemps attendaient avec patience et discipline cette « Victoire » du 4 septembre 2015, sur al-Hadathiyine (les modernistes) et les autres…

Les modernistes qui sont allés aux élections en ordre dispersés, doivent en attendant la suite des événements, se rendre à l’évidence que leur « Printemps » est passé par là, et qu’il était éphémère comme le temps de l’éclosion des fleurs des amandiers. Et il serait temps se s’armer pour affronter « un hiver » rigoureux à l’horizon qui s’amène lentement avec « ses conditions » et « ses « couleurs ».

Les vents de ce « Winter is coming… » comme en parlent depuis quelque temps les internautes sur la Toile, ont déjà soufflé violemment sur d’autres contrées à l’Est de « notre beau pays ».

+Un tournant historique…+

Sans verser dans le pessimisme ambiant propre aux « Salons » des gens aisés qui font de l’esprit à longueur de journée, une chose est certaine: le Salafisme grignote chaque jour les petits espaces de modernité, de rationalité et de liberté d’esprit.

Et pour cause, l’image du Maroc moderne n’est-elle pas celle de ces grandes cités comme Casablanca et Fès? Eh bien, pas besoin de se voiler la face « en maudissant » cette vieille machine électorale du Makhzen, à savoir le Ministère de l’Intérieur. Cette fois-ci, « les vieux réflexes » ont été bien jugulés et les agents d’autorité ont observé « une neutralité positive, » comme l’affirment nombreux observateurs indépendants. Et ceux parmi ces agents qui ont failli à leur devoir, ils ont été vite rappelés à l’ordre.

Un fait incontestable, Benkirane a pris sa « revanche personnelle » sur Hamid Chabat et écrasé un de ses adversaires les plus virulents dans son propre fief, Fès, la capitale spirituelle du Maroc. Autrefois, Fès était « la chasse gardée » des nationalistes de l’Istiqlal et de l’USFP. Elle ne le sera plus malheureusement et pour longtemps, avec les temps qui courent.

Déjà les différentes mouvances islamistes, y compris les plus radicales d’entre elles ont pignon sur rue, et avec l’arrivée du PJD à la Mairie de la ville, il n’est pas exclu de « peindre en vert » les mûrs de cette cité millénaire pour lui donner « l’éclat » dont rêvait le Maire sortant Chabat. En fait, il voulait en faire une « ville sans alcool » à l’image, disait-il, des Lieux saints comme la Mecque. Le PJD, lui, doit avoir peut-être, d’autres projets dans la pipe, plus « médiatique » et « populiste » comme la mise « en quarantaine » des travestis et les filles de joie? Heureusement qu’il n’y pas de plage sinon « le burqini » serait de rigueur dans cette cité frondeuse et en même temps havre de la musique et du savoir.

Quand à Casablanca, c’est une autre histoire, car la ville qui jadis était le bastion de la classe ouvrière et des militants syndicalistes de gauche, elle s’est transformée depuis le déclenchement du libéralisme sauvage – de « l’ère des privatisations » des années 90- en mégapole où se côtoient d’ignares riches arrogants et sans scrupules et une main d’œuvre bon marché logeant dans des « cités-bidonvilles » qui poussent comme des champignons et ceinturent la capitale économique et financière du royaume.

Les prolétaires et les laissés-pour-compte de la société ont été le fer de lance de la surprenante percée, ou plutôt « le ras-de-marrée » du PJD à Dar El Beida. Cette masse électorale n’avait pas besoin de bakchich ni de langue de bois mais de « reconnaissance » et bien évidemment de « sérieuses promesses » même si Benkirane ne pourra pas les tenir toutes, un jour.

+Benkirane continue à avancer, pourquoi?+

ll l’a lui-même expliqué à l’annonce des résultats: « Nous (PJD) avançons et nous continuerons à avancer…pas de secret : le travail et le sérieux tout simplement… »

Les éléments fondamentaux qui ont été déterminants dans « la victoire » de Benkirane se résument comme suit:

– Si on met de côté son langage parfois « ordurier », le « Kommunicator » inné qu’est Benkirane et la machine de communication politique qu’il a mise en marche avant les autres, ont fait la différence avec ses adversaires.

– Un discours populiste teinté de référents religieux et moraux redondants et persuasifs. En d’autres termes: « Nos » militants du PJD, sont « des gens propres, droits et ont la foi… » Les autres, tous les autres: « Qu’Allah puisse les mettre sur le droit chemin… »

– Et à la guerre comme à la guerre, Benkirane tire sur tout ce qui bouge, « diabolise » sans pitié ses adversaires en les accusant de tous les maux de la terre y compris de « trafiquants de drogue ». Aucun respect du code moral électoral, rien… Un seul objectif: gagner coute que coute, et il gagnera…

– Au sein du PJD, il y a une discipline et un respect de la hiérarchie, avec un encadrement et un endoctrinement qui s’apparentent à l’organisation des milices des Frères musulmans. Le choix des candidats quant à lui, obéit à un travail de longue haleine et à des règles strictes à l’image de la machine électorale du PJD de Recep TayyipErdoğan. Ils ont d’ailleurs beaucoup « d’affinités » entre eux mais à une différence près, « le gentleman agreement » qu’Erdogan aura conclu avec ses frères-ennemis dans une Turquie aux portes de l’Europe, pourra-t-il porter un jour toute son « essence » et sa « quintessence » dans cette partie du Sud de la Méditerranée? J’en doute.

– Benkirane a bien joué sur « la provocation » et surtout sur « sa victimisation » lors des séances orales mensuelles au Parlement en 2014/15. Et à ne pas se tromper, il s’est bien attiré la sympathie du petit peuple, et ce, malgré les mesures anti-populaires prises par son Cabinet, avec l’augmentation du prix des carburants et la réduction des subventions de la Caisse de Compensation, etc…

– Le leader du PJD, parle et s’adresse aux gens en Darija, la langue simple du citoyen lambda, parfois avec des métaphores et des anecdotes, et non « la langue de bois » de ces « Premiers » qui se sont succédés à la Primature depuis l’Indépendance.

– En outre, Benkirane s’est adapté aux « exigences » et aux « contraintes » de sa fonction en coupant le chemin à ses adversaires qui l’accusaient de « double allégeance ». Il a affirmé à maintes reprises, haut et fort, qu’il n’est qu’un simple « serviteur loyal » du Makhzen, pour ne pas dire qu’il s’est « makhzanizé » avec le temps, et du coup, il a bien mis tout le monde en confiance ou presque…

 +Que faire…+

Que va-t-il se passer maintenant que le chemins est balisé et que le PJD et son leader « charismatique » ont une fois encore la confiance des électeurs?

Pour ça, pas besoin de boule de cristal pour voir ce que font les islamistes soutenus par une masse populaire sensible aux « chants des sirènes. » Benkirane et ses frères connaissent bien la musique, ils ont « un projet de société » qui n’a rien avoir avec la modernité et les bienfaits du siècle des Lumières. D’ailleurs, ils ne le cachent pas car ils n’y croient pas et ils n’y ont jamais cru.

Les pauvres électeurs mal informés qui ont voté « pour le changement » ne doivent pas se leurrer, car ils n’ont pas voté pour le « changement » escompté et qui vivra verra. En clair , c’est juste une question de temps et les barbus ont tout le temps qu’il faut devant eux pour atteindre l’objectif.

 In fine, n’oublions surtout pas que le PJD n’hésite à montrer ses muscles quand il est en position de force et faire le dos-rond quand les « circonstances » l’exigent comme après les attentats de Casablanca en 2003. Benkirane n’a pas, non-plus, fait « les erreurs fatales » des leaders du FIS en Algérie ni celles de Morsi en Égypte; par contre il en a tiré des leçons…et de ce côté là, ne faudrait-il pas lui tirer chapeau?

A bon entendeur salut!

Article19.ma

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