Fatima-Zahra Mansouri, présidente du Conseil national du Parti Authenticité et Modernité (PAM), dans une interview au mensuel du parti « Le Tracteur »:

Q: En lien avec la préparation des prochaines élections, nous avons lu dans certains médias l’existence d’un conflit entre vous et le Secrétaire général du parti sur la candidature de certains noms, dans quelle mesure ceci est-il vrai?

R: Ce sujet a pris une dimension plus grande qu’il ne l’est en réalité. Je serais honnête avec vous en vous disant que malgré les différends et non pas les conflits qui peuvent survenir de temps en temps dans l’appréciation et les points de vue concernant un certain nombre de questions organisationnelles et politiques entre moi et le Secrétaire général et les membres du Bureau politique, nous parvenons, quel que soit le temps passé dans la discussion sur un sujet donné, à un consensus dans la plus grande cohésion et unité. Car les mobiles de chacune des parties est de défendre ses convictions dans l’intérêt du pays et du parti avant tout, et non pour des considérations subjectives ou personnelles comme certains pourraient le faire propager.

Je vais vous confier quelque chose importante: lorsque le Secrétaire général est convaincu de la justesse d’une proposition, vous serez en toute honnêteté devant une personne têtue et « obstiné », mais ce qui est beau c’est quand une décision du parti est adoptée par consensus, même contraire à son voeu et différente de sa position, il est le premier à la respecter. Quel que soit le degré de l’intensité du débat et des divergences, il est le plus soucieux du respect de la décision finale prise par le parti, et d’agir avec tous les pouvoirs que lui confèrent les statuts et le règlement interne pour superviser et suivre l’application de toutes les décisions et dispositions. Aussi, la divergence existe, mais elle ne gâche ni l’estime, ni le respect et la considération réciproques.

Q: Comment allez-vous gérer la colère des personnes qui n’ont pas obtenu d’accréditation pour les élections?

R: Tout d’abord, convenons que nous représentons les institutions du parti, que ce soit en tant que secrétariat général, bureau politique ou conseil national, et c’est sur cette base que nous traitons diverses questions organisationnelles, politiques et électorales. Il n’est pas possible de faire du favoritisme envers les personnes ce qui est contraire aux lois et aux valeurs du parti, tout comme il n’est pas possible de faire prévaloir les intérêts personnels sur les intérêts du parti et de la patrie. Il est donc naturel que la colère se manifeste à de telles occasions. Puis n’oubliez pas que nous sommes un grand parti politique et que de ce fait tout le monde aspire à se porter candidat sous sa couleur, il est ainsi normal de nous coller diverses accusations de la part des adversaires, en ce sens que « seuls les arbres fruitiers subissent les jets de pierres ».

En ce qui concerne ce qui peut survenir comme colère ou non acceptation de certaines décisions liées aux accréditations, les dispositions et les critères qui interviennent dans le processus de sélection sont clairs. Bien sûr, après l’attachement aux valeurs et principes du parti, la priorité est donnée aux militantes et aux militants du parti, à ses élus, à ses compétences, à ses jeunes élites, des conditions sur lesquelles nous insistons beaucoup et auxquelles nous sommes attachés. Là, je voudrais souligner que le temps du favoritisme pour des considérations quelles qu’elles soient, et celui de l’utilisation du parti à des fins et des intérêts personnels est révolu. Notre obsession concernant les accréditations est de donner la priorité aux intérêts de la patrie et du parti et aux intérêts des citoyennes, des citoyens.

Quant à la nature des différends qui existent au sein du parti, y compris ceux qui ne sont pas liés aux élections, avec tous les mécontents, assurez-vous que nous avons tourné la page des désaccords et des courants. Personnellement, je suis ouverte à tous, et je suis toujours prête à bien les écouter et à ouvrir une discussion sérieuse et sereine avec tous les militants, et je tiens à gérer ce différend avec beaucoup de flexibilité, de compréhension et d’acceptation de l’argument de l’autre quel qu’il soit, dans le but de servir les intérêts de notre parti et de notre patrie, à condition de respecter un niveau minimum de l’éthique du dialogue sans recourir à l’insulte et à la diffamation des institutions du parti et des personnes.

Je dis à tous les PAMistes, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, avec toute la sincérité, l’estime et la franchise que vous me connaissez, (Notre parti a entrepris une autocritique sévère, et vit maintenant une profonde réconciliation avec lui-même, le reste des partis, et la société. Il est aujourd’hui devant une occasion historique. Nous avons beaucoup grandi aux yeux des Marocains, et ils parient beaucoup sur nous, donc il ne faut pas les décevoir. Le temps est venu pour travailler dur et de manière responsable, c’est le temps de l’abnégation, du sacrifice et de rendre la pareille aux Marocains).

Q: Bon, passons à un autre sujet, quelle est votre position sur les projets des lois électorales dont le Parlement a entamé l’examen?

R: Tout d’abord, je voudrais souligner un point important concernant le timing de l’adoption des projets de loi relatifs aux élections par le Conseil des ministres, et qui – le timing – reflète la volonté de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, que Dieu l’assiste, à envoyer des messages constitutionnels et politiques profonds en ce sens qu’ils soulignent le respect du choix démocratique à travers le respect du calendrier électoral malgré les circonstances exceptionnelles imposées par la pandémie et le lourd fardeau financier qu’elle a fait peser sur les ressources de l’État. Le deuxième message est d’accorder aux représentants de la nation suffisamment de temps pour délibérer et améliorer le contenu de ces lois.

En ce qui concerne le contenu, nous enregistrons au PAM avec une grande satisfaction les points positifs apportés par les projets de loi et qui ont été inclus dans le mémorandum conjoint présenté par le PAM avec les partis de l’opposition (le Parti de l’Istiqlal et le Parti du progrès et du socialisme), notamment l’augmentation de la représentation des femmes par le biais des listes régionales et locales avec pas moins du tiers, ce qui constitue un acquis démocratique important en renforçant la discrimination positive à laquelle nous appelons, et à nos appels à la nécessité de donner une opportunité à la jeunesse du pays dans les différentes régions et provinces du Royaume de participer au processus électoral, non seulement en tant qu’électeurs, mais en tant que candidats afin de leur permettre d’être fortement présents au sein des institutions élues et de contribuer à la gestion des affaires publiques, particulièrement au niveau local qui est considéré comme une école de gestion des affaires de proximité. Nous sommes favorable à donner une réelle opportunité aux jeunes aux niveaux local et régional pour qu’ils puissent acquérir des expériences qui les préparent à de plus grandes missions et responsabilités.

Pour être honnête, contrairement à ce que certains essaient de propager, nous ne nous opposons pas à la jeunesse en demandant la suppression de la liste nationale des jeunes dont tout le monde s’est rendu compte qu’il était un mécanisme limité pour renforcer la présence de la jeunesse dans la vie politique en général, mais au contraire, notre objectif est de donner plus d’espace aux jeunes des petites villes marginalisées. Par exemple, lors des prochaines élections, et je ne veux pas anticiper les choses mais je tiens à préciser que nous allons présenter de jeunes candidats en tête de la liste parlementaire locale, l’opinion publique en sera surprise par leurs niveaux de formation académique et politique. Nous avons accordé aux jeunes une responsabilité électorale au niveau des circonscriptions locales, et ils entreprendront les prochaines élections en tant que représentants des listes ce qui reflète notre engagement et notre grand intérêt envers la jeunesse.

En lien avec la question du quotient électoral qui a suscité beaucoup de controverses, nous attendons au PAM à ce que les autres partis politiques aient à l’esprit l’intérêt général, à valoriser le processus démocratique dans lequel notre pays a traversé plusieurs étapes et à oeuvrer pour l’élargissement du cercle de la présence des élites des différents partis au Parlement. A cet égard, nous sommes ouverts et favorables à toute approche dans ce sens. Pour nous, le quotient électoral n’est pas la pierre angulaire de l’opération électorale comme certains ont essayé de le décrire. Les élections pour nous ne peuvent pas être réduites au quotient électoral. Les élections pour nous sont une constitution et un système de lois et décrets complexes, de comportements de partis responsables, de valeurs d’une société, et la mentalité d’une administration, et l’étendue de l’implication d’une nation tous les cinq ans dans ce chantier décisif.

Q: Certains vous reprochent d’avoir retardé la tenue de la session du Conseil national, qu’en pensez-vous?

R: Je vous remercie pour cette question importante, d’autant plus que la discussion sur la tenue de la session du Conseil national connaît parfois des dérapages que je rejette totalement et en bloc. A cette occasion je réaffirme que je tiens, plus que toute autre militante ou tout autre militant, à accélérer la tenue de la session du Conseil national du parti. Toutefois, j’ai plusieurs fois essayé de la préparer mais la situation exceptionnelle que traverse notre pays du fait de l’épidémie du Coronavirus et la décision des pouvoirs publics d’interdire les rassemblements nous en a empêché. Ce qui me fait beaucoup fait mal et que je suis certaine que les membres du Conseil national sont impatients de retrouver le débat que connaissent ces sessions. Je n’hésiterai pas un instant à profiter des premiers indices de l’amélioration de la situation épidémiologique dans notre pays pour appeler à la tenue de la session du Conseil national tout en garantissant toutes les conditions et circonstances nécessaires à sa réussite et à la réalisation de ses objectifs.

Quant à appeler à une session « formelle » du Conseil national par visioconférence, ce que je considère personnellement comme une mesure formelle destinée à l’ovation et à l’adoption de décisions préparées à l’avance, nous ne croyons pas au sein de la direction et parmi les bases du PAM en cette forme de militantisme, parce que nous sommes avides de débats sérieux et responsables. Nos militantes et nos militants défendent férocement leurs idées et leurs positions tout comme ils défendent avec férocité leur parti, ce dont nous sommes fiers et que nous apprécions et veillons à valoriser et préserver. Par conséquent, il serait injuste à leur égard et à l’égard du parti auquel ils croient de réduire toute cette dynamique et le débat sérieux et houleux à des interventions techniques imputées et limitées à un laps de temps très court et à distance.

De plus, certaines dispositions relatives aux élections concernant le Bureau politique contenu dans le règlement intérieur m’interdisent de tenir une session via Internet, car comment pourrions-nous gérer à distance la question de la candidature au Bureau politique? Et de quel droit exclurais-je ceux qui n’ont pas accès à Internet ou qui n’ont pas pu participer à distance à la session du Conseil national du droit de se porter candidats? Il y a des contraintes juridiques et des obstacles logistiques logiques qui empêchent la tenue du Conseil national via Internet et qui risquent de le transformer en une simple manifestation « folklorique ». C’est ce que nous rejetons au sein du PAM, car nous croyons en le débat véritable, transparent et clair, quelle que soit l’intensité du désaccord et la sévérité des critiques, nous avons suffisamment de patience pour les accepter parce que nous en ressortons à chaque fois plus unis et c’est l’une des qualités et des spécificités du PAM.

Q: Loin des questions électorales et organisationnelles du parti, certains vous ont accusé de normalisation avec Israël, et ce dans le contexte de votre décision de désigner M. Simon Sakira président de la communauté juive marocaine en France, comme candidat aux prochaines élections législatives. Quelle est votre réponse à cette accusation?

R: Ceux qui propagent de telles absurdités ne connaissent certainement pas le PAM, nous leur disons que nous sommes le premier parti politique à avoir exprimé, clairement et immédiatement, dans le communiqué de son bureau politique l’importance du rétablissement des relations de notre pays avec Israël eu égard aux avantages qu’il présente au bénéfice des citoyens juifs marocains, et nous avons dit que ces relations ne seront jamais au détriment de la cause palestinienne, qui est chère au cœur de tous les Marocains, et pour rafraîchir votre mémoire il suffit de jeter un coup d’œil sur les documents du parti afin de s’assurer, pour que ceux qui en doutent, que nous nous sommes engagés, depuis la création du parti, et sommes encore engagés, à servir la cause palestinienne et à défendre les droits justes et légitimes du peuple palestinien. Le PAM a été à l’avant-garde des partis politiques nationaux œuvrant à rapprocher les points de vue entre nos frères palestiniens des différentes factions. Nous le faisons par devoir envers nos frères dont nous portons la cause dans le cœur, la considérons comme la question de notre intégrité territoriale, et comme l’une des nobles causes que nous défendons sans bruit et avec beaucoup d’abnégation.

Concernant la décision de la candidature de Simon Skira au niveau de Casablanca, je vous fait savoir que l’intéressé s’est présenté au parti et a exprimé lors d’une rencontre avec le secrétaire général son désir de se porter candidat au nom du parti. Le Secrétaire général a soumis son dossier à la commission nationale des élections selon la démarche en vigueur pour les autres militantes et militants qui ont exprimé leur volonté de se présenter au nom du parti.

En effet, la commission électorale nationale a délibéré sur son dossier et a émis des réserves après avoir conclu que l’intéressé est membre d’un autre parti, ne résidait pas au Maroc, et ne remplissait pas d’autres conditions dont sont tenus toutes les militantes et tous les militants. Elle a ainsi formulé des observations à son sujet de manière impartiale et loin de toute logique d’exclusion pour quelque raison que ce soit, y compris religieuse.

Q: En anticipant sur l’avenir proche, quelle lecture fait Mme Fatima Zahra Mansouri des alliances à venir?

R: La vision du parti pour ses futures alliances est claire et la boussole est devenue plus précise que jamais. Comme le Secrétaire général l’a souligné à maintes reprises lors de précédentes conférences de presse et de rencontres de communication, le PAM n’a pas de lignes rouges pour ses alliances politiques avec aucun parti politique, et il n’y a pas dans le lexique du PAM de l’après 4ème Congrès national un adversaire idéologique. Nous sommes ouverts à tous les partis politiques nationaux qui agissent dans le cadre des lois et dans le respect des constantes de la nation marocaine et croient en l’action politique au sein des institutions, et nous n’avons aucun complexe envers quiconque.

Oui, nous avons nos calculs politiques, notre spécificité et notre programme électoral sur la base duquel nous passerons des contrats avec les citoyennes et les citoyens, et lorsque les résultats définitifs des prochaines électorales seront annoncés, nous présenterons, à partir de notre position et selon les résultats que nous aurons obtenus, notre offre qui peut, dans des limites raisonnables, faire l’objet d’un consensus politique.

Telles sont nos positions et convictions que ne cesse d’exprimer le Secrétaire général, mais au niveau organisationnel, la première et la dernière décision revient aux institutions du parti et à son instance décisionnelle. Il existe différents niveaux d’alliances allant des collectivités territoriales, rurales et urbaines, au gouvernement, en passant par les conseils préfectoraux, provinciaux et régionaux, et pour chacun des cas il y a à dire.

En ce qui concerne les alliances locales (au niveau des collectivités territoriales), il appartient aux militantes, militants, et aux élus locaux de décider des alliances en fonction de la particularité de chaque collectivité, en ce sens qu’il nous est possible de nous allier dans une commune à ce parti et nous y opposer dans une autre commune.

En ce qui concerne les régions et le gouvernement, il est important que la direction du parti et le bureau politique aient un rôle important dans la question des alliances, et la détermination de certaines orientations générales pour assurer leur succès et réaliser leurs objectifs en lien avec les questions de développement et des besoins des diverses couches des citoyens.

Q: Certains vous décrivent comme la femme de fer au sein du « PAM » et d’autres comme la conscience du parti. Où Fatima-Zahra Mansouri se retrouve-t-elle parmi ces qualificatifs?

R: (Rires) Je ne suis ni une femme de fer, ni d’acier, ni de bronze. Je suis une militante PAMiste libre, qui veille au respect des statuts du parti, à la liberté d’expression et à la coexistence des PAMistes dans le respect de la différence des points de vues et de son expression, mais dans le respect absolu des lois, des valeurs et des principes du parti, ainsi que des bonnes manières du dialogue entre tous.

Oui, je peux parfois être intransigeante, irritable et dure lorsque je ressens des tentatives de violer les valeurs et les principes du parti ou « des manœuvres » et des tentatives de nous ridiculiser, à ce moment je suis plus que de fer à cause de ces provocations, parce que mon seul souci en fin de compte n’est rien d’autre que de faire en sorte que la démocratie et la transparence prévalent au sein du parti, et qu’il y ait un respect des institutions, et c’est ce que je défends et la cause pour laquelle je me bats.

Q: Que diriez-vous si je vous demande une brève comparaison entre l’actuel secrétaire général et les anciens secrétaires généraux, MM. Hakim Benchamach et Ilyas El Omari?

R: Nous ne comparons pas les personnes, Ilyas El Omari a été secrétaire général du parti et a mené une une expérience avec ses aspects positifs et négatifs et a présenté sa démission, de même pour Hakim Benchamach, il a dirigé le parti pendant une étape qui a pris fin. Aujourd’hui, nous vivons une nouvelle expérience dirigée par Abdellatif Ouahbi, qui est, elle est vraie, complètement différente. Mais ce que je veux souligner c’est que chaque personne a sa propre approche, expérience et point de vue dans la gestion des affaires du parti, et c’est aux militantes, aux militants et à l’histoire d’en juger.

* Interview réalisée par Abdelilah Souayeh.

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