La nostalgie de l’ancienne ère remet en question les acquis démocratiques de la Tunisie.

La Tunisie commémore ce jeudi le 10e anniversaire de la fuite vers l’exil du président à la main de fer Zine El Abidine Ben Ali, chassé du pouvoir par une révolte populaire qui avait annoncé des troubles et une guerre civile dans la région, appelées Printemps arabe.

Mais il n’y aura pas de célébrations festives marquant la révolution dans ce pays nord-africain, qui a été condamné au confinement pour endiguer le coronavirus, rapporte l’agence de presse américaine AP.

L’avenue Bourguiba, la principale artère de la capitale Tunis, qui était devenue le centre du soulèvement, pourrait bien être déserte si les citoyens respectent l’ordre de rester chez eux. Les manifestations et rassemblements sont interdits pendant quatre jours à compter de jeudi, bien que rien ne garantisse le respect des consignes.

« Après le verrouillage politique, c’est au tour du verrouillage sanitaire », a affirmé à l’Associated Presse un commerçant, Ahmed Hassen, qui a ajouté en souriant que la situation ressemble à « la vengeance de Ben Ali ».

Ben Ali a régné pendant 23 ans sur un système qui a semé la peur chez de nombreux Tunisiens, privés de presse libre, de liberté d’expression et d’autres libertés. Il s’est enfui en Arabie saoudite le 14 janvier 2011, au milieu d’une rébellion marquée par la violence, des pillages et des appels incessants à « dégager ».

Ben Ali est décédé en 2019 en exil

La révolution a été involontairement déclenchée par un acte désespéré d’un vendeur de fruits de 26 ans, Mohammed Bouazizi, qui s’est immolé le 17 décembre 2010 pour protester contre l’humiliation policière dans une ville de l’intérieur négligé, Sidi Bouzid. Sa mort a déclenché un mécontentement débordant et des manifestations de masse contre la pauvreté, le chômage et la répression. Ce mouvement a eu un impact au-delà de la Tunisie, déclenchant ce que l’on appelle les soulèvements du printemps arabe avec des répressions et des guerres civiles dans la région.

En Tunisie, la joie et la vengeance ont marqué le début de l’ère post-Ben Ali, avec des manifestants détruisant les posters omniprésents de Ben Ali et envahissant la luxueuse demeure du beau-frère du président, Belhassen Trabelsi. La gare de Tunis a été incendiée, des gaz lacrymogènes ont inondé l’avenue Bourguiba et d’autres quartiers de la capitale et des hélicoptères de combat ont survolé la ville. Plus de 300 personnes ont été tuées. Néanmoins, le chaos était contenu.

Une démocratie naissante a vu le jour au lendemain de l’ère Ben Ali, mais un voile de désenchantement plane sur le pays, marqué par des attaques extrémistes, des luttes politiques, une économie en difficulté et des promesses non tenues, y compris le développement de l’intérieur.

+ La Tunisie est assise sur un volcan et risque de dérailler +

Malgré des droits garantis et de nombreuses élections démocratiques, les manifestations se multiplient, en particulier dans les régions du centre et du sud où le taux de chômage des jeunes atteint les 30% et le niveau de pauvreté est supérieur à 20%. Selon le Forum tunisien des droits économiques et sociaux, plus de 1.000 manifestations ont été dénombrées rien qu’en novembre.

Des mois de sit-in ont paralysé la production de pétrole et de phosphate, une ressource clé, pendant des mois, faisant des trous de milliards de dollars dans le budget.

Les Tunisiens ont organisé de nombreuses élections démocratiques, locales, législatives et présidentielle, et élit en 2019 un professeur de droit constitutionnel, Kais Saied, à la présidence.

La Tunisie d’aujourd’hui « rejoint les pays avancés » en matière de démocratie, a souligné Najib Chebbi, fondateur du Parti démocratique progressiste, principale opposition politique sous Ben Ali.

« Le peuple tunisien a des droits politiques, mais attend toujours que ses revendications de dignité et de travail soient remplies », a-t-il déclaré à AP, faisant allusion au slogan révolutionnaire des manifestants criant « liberté, travail et dignité ».

L’analyste Slaheddine Jourchi a déclaré que ce qui a été accompli au cours des décennies qui ont suivi la révolution « est loin de répondre aux demandes de la population, en particulier aux attentes des jeunes – l’épine dorsale de la révolution ».

« La révolution a besoin d’une évaluation approfondie », a-t-il estimé.

Pour Chebbi, chef de l’ancienne opposition, « la Tunisie est assise sur un volcan et risque de dérailler ».

(Source: Associated Press)

Article19.ma

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