En janvier 2012, il venait de prendre ses fonctions ministérielles après des années passées dans des capitales étrangères en qualité d’ambassadeur, lorsqu’en cette matinée il entendit des cris venant de l’extérieur. Il a demandé à ses collaborateurs de faire entrer les personnes en colère afin de connaître les raisons de leur protestation devant le Ministère de l’Éducation nationale. Il leur a ouvert grand la porte de son bureau et les a écouté pendant des heures avant qu’ils ne retournent à Taounate avec le sentiment d’avoir remporté une bataille, rappelle le site Hespress.com dans un billet.

Le ministre Mohamed El Ouafa, décédé dimanche des suites de complications liées à son infection par la « Covid-19 », n’a pas renvoyé les protestataires même si leurs doléances avaient un caractère local relatif à la gestion du secteur de l’éducation au niveau de Taounate. C’est ce qui lui a été de nombreuses fois reproché, notamment de la part de ceux pour qui le poste de ministre est une haute fonction qui doit rester emprunte de certaines traditions et routines.

« Le bon homme »

« La politique n’est pas un domaine pour un homme bon », ce dicton est applicable au ministre « Marrakchi », qui, depuis son entrée dans le premier gouvernement de Benkirane, a tenté de se faire un véritable sauveur du Parti de l’Istiqlal après avoir été dominé par le courant de Chabat. Alors que les Fassis eux-mêmes avaient reculé en brandissant les drapeaux « blancs », Mohamed El Ouafa s’est battu sur tous les fronts, tantôt en refusant les directives de son secrétaire général, et tantôt en se rebellant contre les décisions centrales du parti.

El Ouafa a puisé cette audace politique dans sa longue histoire de militantisme. Il était « audacieux dès son plus jeune âge. Audacieux au lycée Mohammed V de Bab Aghmat, et audacieux au club des jeunes istiqlalien, qui avait une scène où se sont produites la plupart des troupes de théâtre de Marrakech. Là, notre ami Mohamed El Ouafa discutait politique avec les amis et les adversaires », explique l’anthropologue Abdessamad Mouhieddine.

L’ami d’enfance du défunt revient sur l’année 1984, lorsqu’il est entré dans son bureau au conseil municipal, dont il a assumé la présidence. « J’étais accompagné du comédien marrakchi, feu Abdelhafid El Yatim, qui traversait une épreuve difficile. Mohamed El Ouafa a promis à ce dernier un gagne-pain dans la municipalité. Mais Abdelhafid, qui était timide et humble, n’est jamais revenu rendre visite au président avant sa mort. Quant à moi, j’étais parti à Paris pendant quelques mois ou quelques semaines après cette rencontre ».

« Par la suite, nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises à Paris, Marrakech, Rabat, et même au Caire et à New York. L’humour et les anecdotes étaient son arme puissante, il n’a jamais cessé de raconter des anecdotes même en présence de feu le roi Hassan II, qui a béni son mariage avec la fille du défunt dirigeant Allal Al-Fassi ».

Qui est Chabat?

Dans sa lutte acharnée contre Chabat, qui a atteint son paroxysme en 2013 lorsque le Parti de l’Istiqlal a décidé de quitter le gouvernement Abdelilah Benkirane, El Ouafa s’est interrogé: qui peut être Chabat pour me demander de présenter ma démission à Sa Majesté le roi et quitter le gouvernement? C’est la fameuse question, qu’il a adressée à ce dernier dans une interview avec Hespress.

El Ouafa n’a pas hésité à exprimer son soutien au mouvement « sans répit » de défense des principes du Parti de l’Istiqlal opposé à Chabat

À cet égard, Mohamed Nabil Benabdallah, secrétaire général du Parti du progrès et du socialisme (PPS), a décrit le défunt comme « le militant fort et patriotique. Nous avons tissé de bonnes relations pleines de respect basées sur des décennies de luttes et de convictions communes ».

Politiquement, El Ouafa avait officiellement suspendu ses activités partisanes depuis son désaccord avec Hamid Chabat, l’ancien secrétaire général du Parti de l’Istiqlal.

El Ouafa avait adhéré tôt au parti d’Allal El Fassi. Il était membre du comité exécutif du parti de 1982 jusqu’à son expulsion en 2013 par Chabat. Il a également occupé le poste de secrétaire général de la jeunesse istiqlalienne entre 1976 et 1984, et a dirigé l’Union générale des étudiants marocains, l’aile étudiante du parti.

De 2000 à 2004, El Ouafa a occupé le poste d’ambassadeur du Maroc en Inde, avant que le roi Mohammed VI ne le nomme ambassadeur en Iran en 2006, puis ambassadeur du royaume au Brésil.

Article19.ma

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