Par Lahcen Haddad*

L’éditorial d’El Pais du 12 décembre 2020, intitulé « Sahara l’oublié: l’ONU devrait réactiver son effort diplomatique sur le territoire africain », n’est pas seulement plein de bourdes mais d’omissions historiques majeures, ce qui le rapproche trop du discours « indépendantiste » malgré son ton forcé de neutralité.

El Pais prétend que la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental est contraire à la légalité internationale, oubliant que la base de la légalité quand il est question de souveraineté est généralement fondée sur la reconnaissance par les pays. Si les pays avaient validé les Accords de Madrid de 1975 et reconnu la souveraineté du Maroc sur le territoire, nous ne serions pas en train de discuter de ce problème 40 ans plus tard.

Le fait qu’aucun président américain n’ait jamais fait ce que Donald Trump a fait ne signifie pas que ce n’est pas juridiquement et politiquement faisable. En fait, George Bush et Barack Obama et des centaines de membres du Congrès américains ont considéré le plan d’autonomie proposé par le Maroc en 2007 comme « crédible et réaliste »; en outre, le Congrès a adopté un projet de loi en 2013, ratifié par le président Obama en 2014, qui permet pour la première fois de se servir de l’USAID pour les initiatives de développement au Sahara occidental, reconnaissant ainsi tacitement l’éventuelle souveraineté du Maroc sur le territoire. La décision de Donald Trump était le point culminant d’une démarche entamée par Bill Clinton il y a plus de vingt ans.

Ce qu’El Pais appelle la « monétisation » de la question du Sahara occidental par la Maison Blanche dans ses efforts visant la normalisation des relations entre les pays arabes et Israël est donc au mieux une erreur. Ce qu’EL Pais n’a pas compris, c’est que le Maroc pourrait jouer un rôle dans le conflit au Moyen-Orient, compte tenu de l’évolution récente et des bonnes relations qu’il entretient et entretiendra avec les Israéliens et les Palestiniens. Mais pour que le Maroc joue ce rôle, qui pourrait être positif comme on l’a vu en Libye, au Sahel et en Afrique de l’Ouest, il ne peut pas demeurer tenu à l’écart à cause d’un conflit artificiel qui n’est qu’un vestige de la guerre froide et des ambitions hégémoniques dépassées de l’Algérie.

Ce qu’El Pais oublie ou dont il ne se soucie pas, c’est que le Sahara occidental est considéré par tous les Marocains comme une question existentielle aux ramifications nationales et historiques. À un moment où le peuple espagnol est très préoccupé par son unité en tant que nation face aux nationalismes régionaux croissants, on peut s’attendre à ce que le premier journal espagnol soit sensible aux aspirations du peuple marocain à l’intégrité et à l’unité territoriales. Pourtant, le double standard de nos amis d’El Pais est évident pour quiconque se soucie de lire entre les lignes.
De plus, au lieu de saluer le Maroc pour son intervention militaire non violente pour rétablir la légalité internationale et dégager le passage de Guerguerat et assurer la libre circulation des marchandises et des personnes entre l’Europe et l’Afrique, et ainsi assurer la libre livraison de la nourriture à l’Afrique de l’Ouest, il la décrit comme « la pire crise en trois décennies ».

Aveuglé par le discours du Polisario, il semble ne lire que les informations mensongères en provenance de Tindouf et d’Alger sur les batailles imaginaires et les échanges de tirs.
Aucun mot sur le fait que le Maroc dépense des milliards pour développer la région, ou qu’il a fait passer le territoire de l’un des plus pauvres à l’une des régions les plus développées du Maroc; pas une phrase sur le fait que le Maroc dépense dix fois plus qu’il n’en gagne sur les phosphates et la pêche; pas même une ligne sur le sort des milliers de Sahraouis séquestrés dans les camps de Tindouf sans droits, sans voix et sans liberté de mouvement comme stipulé dans la Convention de Genève.

Et bien sûr, rien sur le fait que le Maroc ait libéré le Sahara du colonialisme espagnol en vertu d’un arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ) en 1975 qui a déclaré qu’il y avait des liens d’allégeance entre les rois marocains et les tribus sahraouies pendant des siècles.
Rien sur le fait que la Jemaa sahraouie (l’entité même constituée par l’Espagne avant de quitter le territoire) ait été consultée, comme le prévoyait l’arrêt de la CIJ. C’est là l’autre légalité internationale qu’EL Pais ne veut pas regarder. Pourquoi? J’imagine parce qu’il se délecte depuis si longtemps du récit fantasmagorique de l’Algérie et du Polisario.

Et pour El Pais, le fait que dix-sept pays aient ouvert des consulats au Sahara Occidental, signe de reconnaissance de la souveraineté marocaine, n’a rien à voir avec le droit international. El Pais semble réécrire les règles de ce que signifie la légalité internationale.
Étonnant pour un journal respecté que je suis fier de lire tous les jours.

* Lahcen Haddad est un chercheur universitaire et expert en études stratégiques.

N/B: Cet article qui a été publié par le site « Morocco World News » et reproduit ici avec le consentement de l’auteur, après sa traduction par notre rédaction.

Article19.ma

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