– Par Ahmed Assid

En 2008, j’avais signalé que les pays occidentaux pourraient être contraints de revoir leurs arsenaux juridiques en raison de l’extrémisme wahhabite et des Frères musulmans, qui renvoie à un concept de religiosité totalement différent de la religiosité telle que l’avaient connu ces pays démocratiques, et sur la base de laquelle ils avaient précédemment établi leurs lois.

La plupart des pays européens, qui ont été touchés par le terrorisme et qui en portent la responsabilité en raison de leurs politiques antérieures, cherchent clairement à ouvrir un débat afin de renouveler leurs lois relatives à la présence de musulmans sur leurs territoires après les récents événements terroristes. Car ils sont de plus en plus persuadés que leurs lois relatives aux libertés religieuses ne correspondent plus à la situation des musulmans, qui exploitent ces lois pour former des ghettos fermés contraires aux orientations, aux valeurs et aux références de ces pays.

Parmi les mesures prises figure l’abandon de certains articles de la Convention européenne de protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales, comme l’ont fait le Danemark, la Grande-Bretagne et l’Irlande.

En France, le débat sérieux entre les élites et la classe politique dans le but de réviser la constitution française et de revoir les lois relatives à la la gestion des affaires religieuses n’a commencé qu’après le récent meurtre du professeur Samuel Paty, sachant que les lois françaises à cet égard étaient fondées sur la neutralité de l’État laïc, qui a été soulignée dans le projet de loi sur les « tendances séparatistes » appelant à lutter contre ce que le président français a appelé « la tendance islamiste extrémiste ». Bien que le projet de loi ait été principalement élaboré en raison de l’islam radical, le ministre français de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a estimé qu’il était destiné aux adeptes de toutes les religions, et son nom a donc été changé en « Projet de loi renforçant la laïcité et les principes républicains ». Il devrait être présenté en Conseil des ministres au début du mois de décembre prochain, puis débattu au Parlement au début de l’année 2021.

Le ministre français de l’Intérieur a déclaré que « de sévères sanctions administratives et pénales » seront appliquées à quiconque ne respecterait pas le texte de la loi. Le nouveau projet de loi impose aux responsables d’associations et d’institutions culturelles en France d’avoir un casier judiciaire vierge de toute accusation d’ « extrémisme » ou de « complicité ou promotion du terrorisme ». Par ailleurs, la nouvelle loi oblige les associations, qui reçoivent un soutien ou bénéficient de prêts de l’Etat, à adhérer aux « valeurs de la république ».

En Autriche, le parlement a approuvé il y a quelque temps une nouvelle loi relative aux seuls musulmans appelée « loi sur l’islam ». En 2018, l’État a fermé sept mosquées et expulsé plus de soixante imams des Frères musulmans avec leurs familles, et le chancelier autrichien Sebastian Kurz a déclaré à l’époque qu’ « il n’y a pas de place pour les sociétés parallèles, l’islam politique et l’extrémisme en Autriche ». La loi susmentionnée oblige les musulmans à respecter des règles strictes pour rester présents en Autriche. Cette loi souligne dans son deuxième article que les musulmans en Autriche sont obligés de reconnaître la suprématie des lois de l’État autrichien sur leurs croyances, ce que ne mentionnent pas les lois sur les autres religions. Richard Potts, directeur de l’Institut de philosophie juridique, des lois des religions et de la culture à l’Université de Vienne, a indiqué au journal allemand « Deutsche Welle » que cette loi « a spécifié exclusivement aux musulmans que la loi de l’État prévaut sur les lois religieuses, en ce sens qu’elle oblige expressément les musulmans à reconnaître l’État et la loi ».

+ Discrimination négative contre les musulmans +

Il est clair que cette discrimination négative contre les musulmans a été adoptée par l’Autriche en raison de son sentiment que le modèle de religiosité islamique diffère de la religiosité des autres groupes chrétiens, juifs et autres, en ce sens que la principale différence est que les musulmans – en raison de la vague d’extrémisme islamiste – œuvrent à renforcer leur loi religieuse (Chariaa) au détriment des lois du pays dans lequel ils vivent alors que les autres groupes religieux tentent d’adapter leur foi aux lois de l’État autrichien en considérant ces dernières comme supérieures aux religions.

En réponse à la question de savoir si cette loi discriminatoire envers les musulmans n’est pas une offense pour eux, Richard Potts a répondu: « Il est naturel que la loi générale dans un pays laïc prenne le pas sur les lois religieuses. Cela va de soi ». Puis, il a ajouté que ce deuxième article de la loi qui s’adresse aux musulmans peut signifier « en fait, on ne vous fait pas confiance », expliquant qu’ « il y a une suspicion envers les musulmans de donner la priorité à la loi religieuse dans tous les cas, même lorsqu’il s’agit d’obligations envers l’Etat ».

En plus de cet article juridique, il y a un autre article qui interdit aux musulmans d’obtenir des fonds de l’étranger, ou de faire venir des imams de l’extérieur de l’Autriche. Et il semble clair que cette mesure est principalement dirigée contre la Turquie et les pays du Golfe, en particulier le Qatar, qui accueille les « Frères », et l’Arabie saoudite qui est le berceau du projet wahhabite avant de l’abandonner récemment.

Aux Pays-Bas, de nombreux partis ont proposé la possibilité de modifier certaines lois relatives à la liberté de religion. Et l’État a pris des mesures importantes pour limiter l’influence négative des prédicateurs extrémistes, au point de les empêcher de voyager vers certaines destinations, comme il l’a fait avec le cheikh Fawaz Junaid, connu pour ses tendances terroristes et sa violation des lois de l’État néerlandais en se consacrant à la diffusion des dispositions de la chariaa islamique contraire à ces lois, et en incitant les jeunes musulmans à se rendre dans les zones de conflits au Moyen-Orient pour le «djihad», ce qui a conduit à la mort de beaucoup d’entre eux.

Dans les pays scandinaves, qui sont classés parmi les meilleurs pays en termes de qualité de vie, d’éducation, d’intégrité et de gouvernance économique, la question de l’islam radical est présentée comme une menace pour leur stabilité et leur unité. Dans la mosquée d’Helsinki, en Finlande, un partisan de l’extrémisme prêche en affirmant que l’argent des « infidèles » est légitime (halal) pour les musulmans.

+ L’Europe veut restreindre les libertés religieuses à cause de l’islam politique +

La Norvège et le Danemark ont connu un débat tendu sur la « spécificité religieuse islamique » contre les principes démocratiques auxquels les musulmans devraient être soumis. La question du retrait de la nationalité danoise aux imams extrémistes a commencé à être soulevée au Danemark depuis 2016. Le porte-parole de l’immigration du Parti du Peuple danois, Martin Henriksen, a déclaré à la presse que « la constitution danoise impose en effet des restrictions à la liberté de pratiquer la religion », ajoutant que »tout le monde peut pratiquer sa religion pour autant qu’il n’entre pas en conflit avec la moralité publique ou ne porte pas atteinte à l’ordre public ». Et de poursuivre: »Lorsque les imams approuvent ou recommandent la lapidation, ou lorsque l’imam permet de frapper une femme par son mari, cela constitue un trouble à l’ordre public ».

L’Europe jouit de libertés religieuses très ouvertes depuis plus d’un siècle et demi, et aujourd’hui elle s’emploie à restreindre ces libertés à cause de l’islam politique, qui a poussé les musulmans à abuser de cette liberté, et aussi à cause de l’extrême droite qui a clairement exploité la peur des gens de l’islam radical pour emporter davantage de voix aux prochaines élections.

De nombreux experts ont relevé ces développements négatifs en reprochant à ces pays européens de ne pas avoir remédié plus tôt à la situation de la communauté musulmane et leur alliance avec certains pays du Golfe comme l’Arabie saoudite et le Qatar en raison de certains intérêts économiques et commerciaux.

D’autre part, nombre de ces experts estiment que les musulmans eux-mêmes sont responsables des nouvelles lois discriminatoires à leur encontre. Radouan Masmoudi du Centre des études de l’islam et de la démocratie de Washington a affirmé que les communautés musulmanes ont été très négligentes quant à véhiculer une autre image au sein des sociétés occidentales, ajoutant que « les efforts de cette communauté portent uniquement sur la construction de mosquées et des écoles et n’a aucun programme de communication avec les non-musulmans et de participation à la construction de ces sociétés ».

Le Docteur Mohammed Amin Al-Midani, professeur de droit et chercheur à l’Institut international des libertés et des droits de l’homme de Strasbourg, a souligné que les musulmans eux-mêmes « portent une partie de la responsabilité du recul de leurs libertés religieuses ».

Article19.ma

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