Pénurie d’eau au Maroc

Par Dr Mohamed Chtatou


Historiquement, toutes les anciennes civilisations du monde ont commencé dans des régions disposant de ressources en eau telles que les rivières ou les côtes. Par exemple, la civilisation de la Mésopotamie a débuté à l’Euphrate et au Tigre, celle de la Chine au Huang He et celle de l’Inde à l’Indus. Ce fait montre qu’ils dépendent réellement de l’eau dans leur vie quotidienne. L’eau du fleuve est utilisée pour irriguer les zones agricoles, cuisiner, se laver et autres. 

D’après le livre d’Al-Mu’jam Al-Mufahras, l’eau ou « al-ma’ » en arabe a été mentionnée 63 fois dans le Coran. L’eau est très importante dans l’Islam. C’est une bénédiction d’Allah qui donne et soutient la vie, et purifie l’humanité et la terre. Elle est basée sur les mots d’Allah dans le verset 65 de la sourate al-Nahl :

“Allah a fait descendre du ciel une eau avec laquelle Il revivifie la terre après sa mort. Il y a vraiment là une preuve pour des gens qui entendent. “ (Saint Coran, 16 :65).

وَاللّهُ أَنزَلَ مِنَ الْسَّمَاء مَاء فَأَحْيَا بِهِ الأَرْضَ بَعْدَ مَوْتِهَا إِنَّ فِي ذَلِكَ لآيَةً لِّقَوْمٍ يَسْمَعُونَ

En outre, Allah a dit que tous les êtres sont faits d’eau. Selon les recherches, la terre est recouverte de 3/4 d’eau et le corps humain contient 3/4 d’eau. Dans le verset 30 de la sourate al-Anbiyâ’ :

  » Ceux qui ont mécru, n’ont-ils pas vu que les cieux et la terre formaient une masse compacte ? Ensuite Nous les avons séparés et fait de l’eau toute chose vivante. Ne croiront-ils donc pas ?   » (Saint Coran, 21 :30).

أَوَلَمْ يَرَ الَّذِينَ كَفَرُوا أَنَّ السَّمَاوَاتِ وَالْأَرْضَ كَانَتَا رَتْقًا فَفَتَقْنَاهُمَا وَجَعَلْنَا مِنَ الْمَاءِ كُلَّ شَيْءٍ حَيٍّ أَفَلَا يُؤْمِنُون

Un autre verset décrit comment

 » Et Allah a créé d’eau tout animal. Il y en a qui marche sur le ventre, d’autres marchent sur deux pattes, et d’autres encore marchent sur quatre. Allah crée ce qu’Il veut et Allah est Omnipotent. » (Saint Coran, 24 :45).

وَاللَّهُ خَلَقَ كُلَّ دَابَّةٍ مِّن مَّاءٍ فَمِنْهُم مَّن يَمْشِي عَلَى بَطْنِهِ وَمِنْهُم مَّن يَمْشِي عَلَى رِجْلَيْنِ وَمِنْهُم مَّن يَمْشِي عَلَى أَرْبَعٍ يَخْلُقُ اللَّهُ مَا يَشَاءُ إِنَّ اللَّهَ عَلَى كُلِّ شَيْءٍ قَدِيرٌ

Ces versets soutiennent la théorie scientifique selon laquelle la vie a commencé dans les océans de la terre.

Pénurie d’eau dans la région MENA

L’eau a toujours été une source de risques et d’opportunités au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Pourtant, l’évolution rapide des conditions socio-économiques, politiques et environnementales fait de la sécurité de l’eau un défi différent et plus urgent que jamais. La sécurité de l’eau signifie bien plus que de faire face à la rareté de l’eau. Cela signifie qu’il faut gérer les ressources en eau de manière durable, efficace et équitable. Cela implique également de fournir des services d’eau de manière fiable et abordable, de renforcer les relations entre les fournisseurs de services et les utilisateurs d’eau et de contribuer à un contrat social renouvelé.

La région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord a une longue histoire de lutte contre la pénurie d’eau, mais l’impact du changement climatique a rendu le problème encore plus aigu. La gestion des ressources en eau est devenue une priorité absolue, car il faut trouver un équilibre entre la demande croissante, due au rythme rapide de l’urbanisation de la région, et la diminution des réserves d’eau naturelles.

La sécurité de l’eau implique également d’atténuer les risques liés à l’eau, tels que les inondations et les sécheresses. La sécurité de l’eau est un objectif urgent, mais c’est aussi un objectif à portée de main. Il existe toute une série de solutions possibles aux problèmes de gestion de l’eau dans la région. Pour que ces solutions fonctionnent, des incitations claires sont nécessaires pour changer la manière dont l’eau est gérée, conservée et allouée. Pour que ces solutions fonctionnent, les pays de la région devront également mieux faire participer les utilisateurs de l’eau, la société civile et les jeunes.

L’échec des politiques visant à relever les défis liés à l’eau peut avoir de graves répercussions sur le bien-être des populations et la stabilité politique. La question stratégique pour la région est de savoir si les pays agiront avec prévoyance et détermination pour renforcer la sécurité de l’eau, ou s’ils attendront pour réagir aux inévitables perturbations des crises de l’eau.

Le Maghreb manque d’eau

Le changement climatique est devenu l’un des défis les plus importants et les plus complexes auxquels l’humanité est confrontée au XXIème siècle, et l’eau est au cœur de ses impacts. Cette situation est particulièrement grave dans les régions arides comme l’Afrique du Nord, où les ressources en eau sont déjà affectées par la variabilité du climat.

En ce qui concerne le stress hydrique au Maghreb, Ali Chibani écrit dans Orient XXI :

“Les disponibilités en eau courante ont diminué de 60 % depuis quarante ans en Afrique du Nord. La modification de la pluviométrie liée au réchauffement climatique, le mauvais entretien du réseau et l’insuffisance d’infrastructures d’épuration sont en cause dans cette impasse inquiétante, qualifiée par les experts de stress hydrique. Dont les premières victimes sont les petits paysans de la région. “

Le Maghreb est une région en grand stress hydrique, ce qui signifie que la demande en eau dépasse la quantité d’eau de qualité disponible. La Tunisie, l’Algérie, et le Maroc figurent tous sur la liste du World Resource Institute des 33 pays les plus stressés par l’eau dans le monde. Un récent rapport de la Banque mondiale a révélé que près de 40 % de la population algérienne est considérée comme stressée par l’eau, un chiffre qui s’élève à 66 % en Libye, 70 % au Maroc et 80 % en Tunisie. Les causes du stress hydrique sont à la fois naturelles et humaines.

Le changement climatique fait partie de l’équation. Les températures augmentent à mesure que les précipitations diminuent, ce qui menace l’accès à l’eau et nécessite une irrigation accrue. Les sécheresses touchent particulièrement tous les pays du Maghreb en 2016. Les conséquences sont évidentes. Moins de précipitations signifie une baisse de la production économique, une perte de revenus pour les agriculteurs, des pertes d’emplois et une accélération de l’urbanisation.

Risque de désertification au Maghreb

L’expansion de l’industrie, le vieillissement des infrastructures et une mauvaise gestion ont aggravé la pénurie croissante. Les aquifères souterrains s’assèchent, en partie à cause de l’extraction intensive par les industries à forte consommation d’eau. L’aquifère primaire de l’Algérie – l’aquifère du nord-ouest du Sahara – s’épuise à un rythme deux fois plus rapide que celui de la reconstitution des ressources. Souvent, les industries non seulement épuisent les ressources en eau mais polluent également les sources qui subsistent. La qualité de l’eau a diminué en même temps que l’approvisionnement, ce qui réduit encore l’accès des citoyens à une eau saine.

Afin de diversifier les sources d’eau, les pays du Maghreb ont augmenté leurs capacités de dessalement ces dernières années. Mais si le dessalement peut atténuer certains problèmes de pénurie d’eau à court terme, notamment pour l’eau potable, il est coûteux, gourmand en énergie et nécessite de transporter l’eau jusqu’aux points de consommation. En outre, les gouvernements devront gérer les impacts négatifs potentiels à long terme du dessalement sur les environnements marins.

Alors que l’approvisionnement en eau a diminué au Maghreb, la demande en eau augmente. La quantité d’eau disponible par habitant a diminué dans tous les pays du Maghreb depuis l’indépendance. En partie, l’augmentation de la demande est simplement une question de mathématiques : La population des états du Maghreb a plus que doublé depuis 1975. Mais elle est également due à la structure des économies des états du Maghreb. L’agriculture consomme la grande majorité de l’eau dans la région et reste un moteur important de la production économique.

Au Maroc, par exemple, l’agriculture emploie plus d’un tiers de la main-d’œuvre et constitue plus de 13 % du produit intérieur brut (PIB). Dans les zones rurales, la dépendance de la production économique vis-à-vis de l’agriculture est encore plus forte. Même si l’Algérie produit principalement des hydrocarbures, elle dépend encore de l’agriculture pour environ 13 % du PIB, qui emploie près de 13 % de la main-d’œuvre. En Tunisie, l’agriculture est également importante, puisqu’elle absorbe plus de 13 % de la main-d’œuvre et représente 10 % du PIB.

Maroc

Le Maroc est un pays qui manque d’eau et qui est confronté à la diminution des réserves d’eau souterraine et à une forte dépendance à l’égard de l’agriculture pluviale.  Seulement 15 % des terres agricoles totales sont irriguées, ce qui entraîne une utilisation et une gestion inefficaces de l’eau. De nombreuses communautés rurales dépendent d’une seule source d’eau pour subvenir aux besoins de leurs familles et à leurs moyens de subsistance.

Au Maroc, les ressources en eau sont soumises à une pression accrue en raison de la combinaison de la croissance démographique, du développement économique et d’une forte diminution des précipitations. La disponibilité de l’eau au Maroc est passée de 3 500 m3 par personne et par an en 1960 à 1 000 m3 en 2000, et les prévisions indiquent qu’elle continuera à baisser pour atteindre 490 m3 en 2020, en dessous du niveau de « pénurie absolue d’eau » des Nations Unies.

Dans ce contexte de rareté, l’écart entre l’offre et la demande va s’accroître dans les prochaines années. Actuellement, la demande en eau au Maroc, estimée à 13,7 M (milliard de) m3, est satisfaite par la mobilisation des eaux de surface (11,7 Mm3) et une surexploitation des eaux souterraines (2 Mm3). En 2030, la demande en eau devrait augmenter pour atteindre 16,2 Mm3, et donc, si aucune mesure n’est prise, l’écart serait de 4,5 Mm3.

Conscient de cette question urgente, le Maroc a mis en place une stratégie nationale basée sur le développement du secteur de l’eau autour de six composantes principales. L’un d’elles est la gestion et le développement de l’offre d’eau, qui consiste précisément à augmenter l’offre d’eau et à combler le déficit.

Quels sont les projets mis en œuvre ? 

Les projets d’approvisionnement en eau prévus au Maroc sont des infrastructures de grande envergure, d’un coût de plusieurs millions de dollars, et devraient non seulement assurer une disponibilité durable de l’eau à l’avenir, mais aussi développer les activités industrielles, agricoles et touristiques des régions. Ces infrastructures sont principalement des barrages, des usines de dessalement et des usines de réutilisation des eaux usées.

  • Barrages :

Le Maroc maintient sa « politique des barrages », une politique de développement des ressources en eau axée sur la construction de barrages. Cette politique a permis de faire passer le nombre de grands barrages de 16 en 1960 à 128 en 2009, pour atteindre une capacité totale de réservoir de 11,7 Mm3.

Aujourd’hui, le Maroc prévoit de construire trois nouveaux grands barrages par an d’ici 2030, afin de mobiliser 1 700 millions de m3 d’eau de surface supplémentaires par an. 15 barrages sont actuellement en construction, dont le barrage de l’Oued Martil (capacité de 120 Mm3).

Barrages marocains : déficit chronique de l’eau
  • Les usines de dessalement :

Comme la stratégie de construction de barrages ne peut à elle seule répondre à la demande future, le Maroc se tourne vers la mer pour trouver des alternatives. Le dessalement est une technologie bien établie, mais coûteuse et gourmande en énergie, c’est pourquoi il était considéré comme un dernier recours pour le Maroc, une option pour les endroits éloignés. Ce n’est qu’en 1995 que le Maroc a commencé à construire des usines de dessalement à grande échelle et en a fait passer le nombre de zéro à 13 d’ici 2015, pour atteindre une capacité de production totale de 100 000 m3 par jour.

Aujourd’hui, au milieu d’un vaste programme de dessalement, le Maroc prévoit de construire d’autres usines de dessalement, visant à porter la capacité de production à 400 Mm3 par an. Plus de 10 usines de dessalement sont actuellement en construction, dont l’usine de dessalement d’Agadir (capacité de production de 100 000 m3 par jour).

  • Installations de réutilisation des eaux usées :

En outre, le Maroc opte pour des eaux usées traitées comme source d’approvisionnement en eau. En raison du manque de stations d’épuration et de leur inefficacité, le Maroc avait l’habitude de rejeter la plupart de ses eaux usées produites dans la mer ou de les réutiliser pour l’irrigation sous forme brute ou insuffisamment traitée, ce qui entraînait des effets néfastes sur la santé. En 2005, le Programme National d’Assainissement Liquide et d’Epuration des Eaux Usées (PNA) a été lancé, avec pour objectif d’augmenter le nombre d’eaux usées collectées et traitées.

Le Maroc prévoit maintenant de construire d’autres stations d’épuration des eaux usées, dans le but de porter la capacité de réutilisation à 300 Mm3 par an. Actuellement, cinq grandes stations d’épuration sont en cours d’amélioration afin de réutiliser les eaux usées pour l’irrigation des golfs et l’aménagement paysager, dont la station d’épuration de la Station Nord de Marrakech.

Il faut dire qu’il a certainement des leçons à prendre des systèmes traditionnels de l’adduction et la sauvegarde de l’eau, surtout des dangers de l’évaporation, mauvaise utilisation et pollution, comme les khettaras dans la région de Marrakech. En effet, la Khettara d’Akrich est l’un des rares encore en activité dans Al Haouz, une région qui compte 620 Khettaras, et un total de plus de 700 km de galeries, c’est pourquoi Marrakech a reçu son nom, la ville des eaux cachées. La série de puits de ventilation de la Khettara, distants de 50 à 100 m et d’une dizaine de mètres de profondeur, mène à la sortie d’où l’eau s’écoule en surface. Une seguia canalise l’eau vers un premier réservoir d’accumulation, avant d’arriver dans le douar Akrich où elle alimente les maisons et les troupeaux en eau potable. De là, une autre seguia continue à descendre pour alimenter un deuxième réservoir d’accumulation. L’Association Douar Akrich pour le développement est responsable de la supervision et de l’entretien de la Khettara. Elle lutte au quotidien pour protéger la Khettara, notamment contre la prolifération des puits équipés de pompes à moteur, qui menacent de faire baisser la nappe phréatique.

Algérie

L’Algérie est le plus grand pays d’Afrique et le dixième au monde. Il est composé à 95 % de terres arides et à 80 % de désert. L’eau y est naturellement rare car les précipitations sont saisonnières et même alors, elles sont minimes. Les villes algériennes s’approvisionnent généralement en eau potable dans les quelques réservoirs de la région et par des transferts d’eau sur de longues distances.

Les pénuries d’eau auxquelles l’Algérie est confrontée sont uniques par rapport à d’autres régions du monde où l’eau est rare. La majeure partie des problèmes d’eau de l’Algérie ne sont pas le résultat d’une sécheresse sans précédent. Au contraire, les problèmes d’eau du pays découlent de la migration massive des Algériens ruraux vers les villes au cours de la dernière décennie. Aujourd’hui, 60 % de la population algérienne vit dans les zones urbaines. Par conséquent, les villes algériennes, comme Oran et sa capitale, Alger, connaissent d’énormes pénuries d’eau structurelles. Par exemple, les résidents de la capitale Alger n’ont généralement accès à l’eau que 30 % du temps.

Heureusement, la combinaison de la technologie de l’osmose inverse et de l’amélioration des infrastructures hydrauliques s’est avérée être une solution efficace pour les villes algériennes. L’usine de dessalement de Magtaa était la plus grande de ce type au monde lorsqu’elle a été construite en 2011 dans la deuxième ville d’Algérie, Oran. Si d’autres ont depuis dépassé sa taille, elle reste la plus grande usine d’Afrique, fournissant quotidiennement de l’eau potable à 5 millions de personnes. L’Algérie et son pays voisin, la Libye, utilisent ensemble 6 % de la capacité de dessalement installée dans le monde.

L’Algérie, le plus grand pays d’Afrique, n’est pas doté de nombreuses sources d’eau utilisables. Par conséquent, près de 40 % de la population algérienne est en situation de stress hydrique. Le pays est à 95 % aride et à 80 % désertique, et les précipitations minimales qu’il reçoit sont saisonnières. Une grande partie de son eau provient de quelques réservoirs, de transferts à longue distance et, de plus en plus, du dessalement. La surexploitation des ressources en eau constitue également un risque important, en particulier dans les régions du sud et du centre du pays, où les eaux souterraines constituent la source d’eau la plus fiable. Les prélèvements d’eaux souterraines algériennes sont environ le double du taux de recharge, avec 3 milliards de m³ prélevés chaque année et 1,5 milliard de m³ renouvelés. En conséquence, les aquifères algériens sont de plus en plus contaminés et salins.

Les problèmes de rareté de l’eau en Algérie ne se limitent pas aux régions peu peuplées du sud et du centre du pays. Les trois quarts des Algériens vivent dans les villes, ce qui est principalement dû au grand nombre de personnes qui quittent les zones rurales pour les zones urbaines. Cette situation a entraîné une forte pression sur l’approvisionnement en eau des municipalités et les pénuries d’eau dans les villes sont courantes depuis les années 1990.

Bien que le gouvernement algérien ait pris certaines mesures pour atténuer ce problème, les initiatives qu’il a prises seront compromises par le taux de croissance de la population dans les villes : d’ici 2025, la population d’Alger devrait dépasser les quatre millions d’habitants. Outre la forte demande en eau, les infrastructures hydrauliques des villes algériennes ont contribué à une gestion inefficace de l’eau : jusqu’à 30 % de l’eau est perdue en transit, en raison de fuites, de ruptures et de vols, tandis que le gouvernement n’a guère d’incitations à investir dans des équipements permettant d’économiser l’eau.

L’Algérie a un climat aride et semi-aride avec moins de 300 mètres cubes d’eau disponibles par habitant chaque année. Cette quantité est bien inférieure au seuil de pauvreté en eau fixé par les Nations unies, ce qui fait de l’Algérie un pays où l’eau est très rare. Les réserves d’eau sont rares et la surexploitation continue de l’eau aggrave la situation du pays – les ressources en eau naturellement disponibles se dégradent rapidement et de manière drastique.

Un système de contrôle de la qualité de l’eau a déjà été mis en place en Algérie pour surveiller ses eaux de surface. Le système comprend 100 stations qui couvrent les principaux cours d’eau et barrages. Les eaux souterraines du pays sont également analysées tous les trois mois.

Malgré cela, la plupart des ressources en eau de l’Algérie restent polluées en raison du manque de stations d’épuration en état de marche, ainsi que des déchets industriels non traités qui sont illégalement déversés dans les masses d’eau naturelles. Cette mauvaise utilisation de l’eau et de son traitement crée encore plus de problèmes d’assainissement et de santé pour le peuple algérien.

Les changements climatiques prévus, avec la hausse des températures et la diminution des pluies, auront également un impact sur la pénurie d’eau en Algérie. Ces facteurs, associés à une population croissante qui utilise plus d’eau que jamais, ont mis à rude épreuve les ressources en eau du pays.

Alger, la capitale de l’Algérie, a développé une stratégie de gestion de l’eau qui vise à maximiser les réserves limitées du pays par la redistribution, l’augmentation de la capacité de stockage de l’eau et l’amélioration de la capacité de dessalement.

Ce plan nécessitera la mobilisation de ressources, la restauration des infrastructures existantes, des réformes institutionnelles et un financement important. Des investissements de la part du gouvernement et des institutions privées, ainsi qu’une planification supplémentaire, seront nécessaires pour empêcher que les réserves d’eau déjà limitées de l’Algérie ne diminuent encore plus.

Pénurie d’eau potable en Algérie

S’il est clair que l’Algérie doit investir dans de meilleures infrastructures hydrauliques et dans des initiatives d’économie d’eau, on ne sait pas comment elle pourra y parvenir. Le choc pétrolier de 2014 a causé des difficultés importantes pour l’économie algérienne basée sur le pétrole et les dépenses élevées de la décennie précédente sont devenues de plus en plus insoutenables. En conséquence, bien qu’il ait prévu 25,5 milliards de dollars pour des projets d’eau dans son plan d’investissement 2015-19, le gouvernement algérien a préféré imposer des mesures d’austérité, réduisant les dépenses de l’état de 9 %. Entre-temps, le pays a exploré de nouveaux moyens d’augmenter sa production de pétrole, notamment par la pratique controversée de la fracturation hydraulique. Cela indique non seulement que l’Algérie n’a aucun plan pour réformer l’économie pétrolière, mais la fracturation est aussi incroyablement gourmande en eau et risque de mettre davantage de pression sur des réserves d’eau déjà fragiles.

La demande en eau nécessaire à la promotion de l’industrie et à l’utilisation par la population ne cesse d’augmenter. Cette situation, due à l’absence de stratégie de gestion des ressources en eau, a donc entraîné la perte et le gaspillage des ressources en eau. Cette situation est devenue critique car elle entrave et bloque le développement de l’économie du pays.

Dans la ville d’Oran, la gestion de l’eau pose un problème difficile pour les autorités. Les ressources disponibles sont inférieures à celles qui sont nécessaires. La vétusté du mode d’acheminement de l’eau et l’insuffisance des capacités de stockage empêchent une distribution correcte de l’eau aux consommateurs. Le quota quotidien par habitant reste faible par rapport aux normes internationales. La gestion de l’eau n’est pas efficace

Oran a connu ces trois dernières décennies une explosion démographique inquiétante, car non préparée à faire face à cet afflux de population. Cette situation résulte de deux raisons principales : le dépeuplement rural et l’exode économique rurale.

Tunisie

La Tunisie est l’un des pays les plus secs d’Afrique et se caractérise par des ressources en eau limitées. Les précipitations annuelles moyennes varient de moins de 100 millimètres par an (mm/an) dans le sud à 1 500 mm/an dans le nord-ouest. Les ressources en eau de surface s’élèvent à 2 700 millions de mètres cubes et sont réparties comme suit entre les principaux bassins versants du pays :

  • Le nord couvre environ 26% de la superficie totale du pays, fournit des eaux de surface régulières et importantes évaluées à 2 190 Mm3 provenant des principaux bassins de la Medjerda (1 000 Mm3/an), de l’extrême nord (585 Mm3/an), de l’Ichkeul et de Bizerte (375 Mm3/an) et du Cap Bon et Meliane (230 Mm3/an). Ces bassins contribuent à 81% du potentiel total des eaux de surface du pays.
  • Le centre couvre la même zone que le nord et fournit des ressources en eau de surface irrégulières de 320 Mm3/an provenant des rivières du bassin de Nebhana, Marguellil, Zeroud ainsi que du Sahel de Sousse et Sfax. Ces ressources représentent 12 % du potentiel total des eaux de surface du pays.
  • Le sud, qui couvre environ 62% de la superficie totale du pays, est la région la plus pauvre en termes d’eau de surface et ne dispose que de ressources très irrégulières. Il fournit 190 Mm3/an ou 7% du potentiel total en eau de surface du pays à partir des chotts et du bassin de la Djeffara.

Les ressources en eau de surface sont également limitées par l’irrégularité des précipitations entre les mois et les années. De plus, les ressources en eau de surface présentent une très forte variabilité interannuelle, avec un minimum de 780 Mm3/an, comme observé en 1993-1994, et un maximum de 11 000 Mm3/an, comme observé en 1969-1997.

Une mauvaise planification, la rareté des ressources en eau et l’aggravation des effets du changement climatique se sont combinées pour créer une crise de l’eau paralysante en Tunisie, selon des groupes de la société civile.

Les données du ministère de l’agriculture montrent que la quantité totale d’eau disponible dans le pays peut fournir 420 mètres cubes par personne et par an, ce qui en fait un « pays très rare en eau », selon les normes des Nations Unies sur l’eau.

Les précipitations irrégulières du pays sont accentuées par le changement climatique, avec des périodes de sécheresse et des températures record oscillant entre pluies torrentielles et inondations, selon le ministère de l’agriculture.

Les derniers chiffres du gouvernement révèlent également que les mauvaises infrastructures signifient que dans certaines régions, environ la moitié de l’eau est perdue avant même d’arriver au robinet.

Au cours de la dernière décennie, la Tunisie a obtenu des succès considérables en élargissant l’accès aux services d’eau et d’assainissement, mais des défis demeurent. Selon l’Office National de l’Assainissement (ONAS), la croissance de la population urbaine a exercé une pression immense sur les réserves d’eau. Au cours de l’été 2013, la région du Grand Tunis, qui compte 2,5 millions d’habitants, a connu les premières coupures des services d’eau en raison de pénuries. Entre 2012 et 2013, l’utilisation de l’eau a augmenté de 12 %, principalement en raison de l’augmentation de la population urbaine de Tunis.

Parallèlement à l’urbanisation, la demande en eau de l’industrie et de l’agriculture augmente. L’augmentation de la demande cumulée de ces trois secteurs est un défi qui ne peut être relevé que par une gestion efficace de l’approvisionnement en eau du pays.

Tout ce qui n’est pas un approvisionnement continu n’est pas une option, car l’eau est un moteur de développement. L’industrie et l’agriculture en ont besoin pour se développer, et il est vital de répondre à leurs besoins dès maintenant pour créer des emplois. Un approvisionnement en eau régulier et durable est un ingrédient essentiel pour une croissance durable.

  • Eaux souterraines :

Les ressources en eau souterraine de la Tunisie sont associées à des aquifères peu profonds et profonds, comprenant à la fois des réserves renouvelables et faiblement renouvelables ou fossiles. Les réserves totales exploitables sont estimées à près de 2 100 Mm3, réparties de manière éparse sur l’ensemble du pays. Elles se composent de 1 486 Mm3 de ressources renouvelables, représentant environ 69,6 % du potentiel total des eaux souterraines, et de 650 Mm3 de ressources faiblement renouvelables, situées principalement dans le sud et représentant 30,4 % du potentiel total des eaux souterraines.

Les ressources renouvelables en eaux souterraines sont disponibles à 55 % dans le nord du pays, 30 % dans le centre et 15 % dans le sud du potentiel total de ressources renouvelables en eaux souterraines. Cependant, les aquifères profonds sont plus disponibles dans le sud, avec un potentiel de 58%, et dans une certaine mesure dans le centre et le nord, avec respectivement 24% et 18%.

  • Dessalement :

Avec ses ressources limitées en énergie et en eau, la Tunisie considère le dessalement comme un moyen de combler le fossé entre l’offre et la demande d’eau dans un cadre de gestion intégrée des ressources en eau, plutôt que comme une solution pour résoudre la pénurie d’eau. Quelque 110 usines de dessalement ont été construites, principalement pour l’approvisionnement en eau domestique, et ont une capacité d’environ 200 000 mètres cubes par jour (m3/jour). Le dessalement a été introduit progressivement, même si c’est la seule alternative possible pour la production d’eau douce à usage domestique. Son coût est encore élevé, principalement en raison de l’investissement initial nécessaire et des coûts d’exploitation et de maintenance ultérieurs.

Stress hydrique en Tunisie
  • Réutilisation de l’eau :

La réutilisation de l’eau récupérée fait partie intégrante de la stratégie nationale des ressources en eau depuis les années 1990. Au début des années 2000, le ministère de l’agriculture, des ressources en eau et de la pêche a élaboré une stratégie nationale de réutilisation des eaux usées afin de promouvoir la réutilisation pour l’irrigation agricole et à d’autres fins. Environ 260 Mm3 d’eau ont été traités en 2017, ce qui représente 7 % du volume total alloué à l’irrigation et 5 % des ressources en eau disponibles. Les principales stations d’épuration des eaux usées sont situées le long de la côte afin de protéger les stations balnéaires et de prévenir la pollution marine. Environ 50 % des eaux usées traitées sont produites dans la capitale Tunis et sa banlieue. Actuellement, 119 stations d’épuration sont en service : 110 pour le traitement des eaux usées urbaines, neuf pour les eaux usées industrielles et huit pour les eaux usées rurales. Elles fonctionnent par voie biologique jusqu’à un stade de traitement secondaire, consommant une grande quantité d’énergie. Actuellement, aucun autre traitement n’est effectué en raison de contraintes économiques. Le traitement tertiaire est entrepris à l’échelle pilote.

Plus de 75 % des eaux usées traitées ne sont pas encore réutilisées et sont rejetées dans l’environnement pour faire partie du cycle hydrologique, ainsi que les eaux usées des communautés non raccordées au réseau d’égouts. Le volume des eaux usées traitées devrait continuer à augmenter avec l’urbanisation et les efforts de préservation de l’environnement. Ce volume constitue environ 10 % des ressources en eau souterraine disponibles et pourrait être utilisé pour recharger certains aquifères dans les zones d’irrigation où le découvert des eaux souterraines provoque l’intrusion d’eau salée dans les aquifères côtiers.

La Tunisie a relevé le défi en adoptant un ensemble de politiques visant à rationaliser l’utilisation de l’eau et à moderniser son réseau de distribution. Le gouvernement et la compagnie nationale des eaux, connue sous l’acronyme SONEDE (La Société nationale d’exploitation et de distribution des eaux), ont lancé le Programme national d’investissement pour la sécurité de l’eau afin de garantir des services d’eau ininterrompus au cours de la prochaine décennie, malgré la croissance rapide de la demande et l’impact négatif du changement climatique. En mettant l’accent sur l’amélioration des infrastructures et des politiques de gestion saine, la Tunisie a non seulement atteint l’un des taux d’accès aux services d’eau et d’assainissement les plus élevés parmi les pays à revenu intermédiaire de la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, mais elle continue à investir et à s’adapter pour répondre à la demande croissante.

La Banque mondiale est depuis longtemps partenaire de la Tunisie pour soutenir ses efforts visant à préserver et à mieux gérer ses ressources en eau. La Banque a fourni à la fois une assistance technique et un soutien financier pour toute une série de projets liés à l’eau

Conclusion

Alors que les communautés mondiales s’efforcent de répondre à la combinaison de la croissance démographique, de la sécheresse et des pénuries d’eau, le dessalement s’avère être la meilleure solution au problème. Jusqu’à récemment, le dessalement était utilisé presque exclusivement par les pays désertiques riches, comme l’Arabie saoudite, Israël, les Émirats arabes unis, Oman, Qatar, etc. Aujourd’hui, le besoin d’un approvisionnement supplémentaire en eau devient critique dans de nombreuses autres régions du monde, comme l’Australie et le Brésil, dans toutes les régions du monde. Il existe actuellement plus de 17 000 usines de dessalement actives dans 150 pays, et cette capacité mondiale devrait doubler au cours de la prochaine décennie. Le monde ne peut que bénéficier de la poursuite du dessalement pour lutter contre la pénurie d’eau dans le monde.

Les pays de la région du Maghreb : Le Maroc, l’Algérie et la Tunisie ont des situations différentes en ce qui concerne l’eau. Chaque pays a des caractéristiques propres en matière de ressources en eau et un historique de la gestion de l’eau. Ils partagent un certain nombre de similitudes qui constituent une bonne base de généralisation. En effet, la rareté de l’eau devient un sérieux problème qui affecte le développement de ces pays. La croissance démographique et l’urbanisation, l’industrialisation et le tourisme, la diminution des précipitations et la fréquence accrue des sécheresses augmentent la pression sur les ressources. Les modes d’utilisation et les prélèvements d’eau actuels ne sont pas durables. Les trois pays n’ont donc pas le choix. Ils doivent faire une rupture décisive avec les politiques et les pratiques de gestion du passé pour adopter une approche globale du secteur de l’eau qui soit économiquement, socialement et écologiquement durable.

La situation de vulnérabilité aux fluctuations des précipitations devrait s’aggraver d’ici 2030 et 2050 en raison du changement climatique prévu, qui entraînera une augmentation des conditions d’aridité et de stress hydrique.

 Les premières études disponibles au Maroc, en Algérie et en Tunisie indiquent que sans méthodes d’adaptation, le changement climatique aura des impacts négatifs sur le développement de l’agriculture : baisse de la productivité, baisse des revenus, mais aussi augmentation du risque agricole ou modification des équilibres territoriaux.

Dans les années à venir, la manière dont les états du Maghreb réagiront au stress hydrique et dont ils combleront le fossé entre les citoyens ayant accès à l’eau potable et ceux qui en sont privés, aura une incidence sur la légitimité des gouvernements et la stabilité sociale. Il sera essentiel de s’adapter aux réalités du changement climatique, de mobiliser des acteurs extérieurs pour financer ces projets et de renforcer l’expertise locale.

Vous pouvez suivre le Professeur Mohamed Chtatou sur Twitter : @Ayurinu

Pénurie d’eau au Maghreb

Article19.ma

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