-Par Ahmed Assid

De temps à autre, les autorités arrêtent un de ses opposants et montent de faux procès criminels à son encontre dans le but de le jeter en prison pendant de nombreuses années et de s’en débarrasser, sans lui accorder l’honneur du statut de prisonnier d’opinion, une méthode devenue courante dans de nombreux régimes en Afrique du Nord et au Moyen-Orient.

Bien que cet opposant soit essentiellement motivé par le désir de changement ou de réforme, ce qui le pousse à lever le voile sur la corruption au sein de l’État et au sein des centres de monopolisation du pouvoir, de l’influence et de la richesse – ce qui suppose l’existence de forces sociales qui le soutiennent dans son action et le protègent lorsque c’est nécessaire – sauf que ce qui se passe est exactement le contraire.

L’emprisonnement d’un opposant politique est devenu aux yeux des gens comme un problème « personnel » qui ne les concerne en rien. Le résultat en est que la série des atteintes ne s’arrête et qu’in fine la situation ne change pas.

Ce qui est étrange, c’est que bien qu’il y ait une majorité lésée par l’injustice, la pauvreté et l’exclusion sociale, elle ne mesure pas la valeur du sacrifice consenti par l’opposant politique.

Ceci est surtout dû à la politique de domestication qui a été menée depuis des décennies par le pouvoir pour dompter la société. Ce qui a conduit à l’intériorisation des mécanismes de la tyrannie par la société et les individus eux-mêmes. Elle est ainsi devenue un facteur de stagnation, de frustration générale et de désespoir quant au changement.

De même, la résistance aux valeurs démocratiques est aussi devenue le fait de la société plus que ne le montrent la classe politique et les responsables de l’État. Car il est bien connu que le despotisme et l’autoritarisme lorsqu’ils durent ils se transforment en une « culture » et en un courant général opposé à tout changement.

Sans oublier un autre facteur qui a contribué à cette situation, c’est la désunion des forces vives, leur éparpillement et leurs conflits marginaux, au lieu d’unir leurs efforts et d’élaborer des plans communs pour une action coordonnée vigoureuse.

Cette situation donne l’impression que les quelques opposants sont des personnes suicidaires, soutenues par une petite poignée de défenseurs des droits de l’homme, mais quand des peines sévères et revanchardes sont prononcées à leur encontre, tout le monde les abandonne et la vie reprend son cours normal. Tout ce qui en résulte c’est davantage de tyrannie du pouvoir, avec une aggravation de la situation de crise étouffante.

Il ressort clairement de ce qui précède que cette méthode suicidaire d’affronter le pouvoir individuellement est inutile, car elle conduit au sacrifice de nombreuses personnes parmi les journalistes, les défenseurs des droits de l’homme, les professeurs universitaires, les acteurs de la société civile, et parfois même de simples citoyens pour avoir exprimé leurs points de vue sur les réseaux sociaux, sans atteindre les objectifs escomptés. Les forces démocratiques doivent ainsi penser aux meilleurs moyens d’action pour renforcer leurs rangs et protéger leurs membres contre les excès autoritaires.

Le moyen le plus judicieux de faire face à une telle situation est peut-être la constitution d’un front démocratique avec un prolongement social auprès des groupes conscients et lésés, ainsi qu’auprès des élites porteuses du projet de changement en exprimant des positions contre les politiques menées, en présentant des alternatives et en protégeant ses membres contre l’injustice et les représailles.

Article19.ma

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.