Insight. Le secrétaire à la Défense, Mark T. Esper, a achevé une tournée dans les pays du pourtour méditerranéen au cours du week-end, maintenant un profil bas en tentant de garder à l’écart le Pentagone des divisions politiques électorales et de faire progresser les priorités du ministère de la Défense malgré les désaccords avec le président Trump.

Esper, dont les différends avec le président ont alimenté les spéculations cet été selon lesquelles il pourrait devenir le dernier haut responsable à être renvoyé ou à présenter sa démission, a rencontré des dirigeants à Malte, en Tunisie, en Algérie et au Maroc, appelant à une réponse unifiée à l’expansion de la Russie et de la Chine à travers la Région.

Au cours de sa tournée de cinq jours, Esper a fait peu de déclarations publiques et n’a répondu à aucune question des journalistes. Les responsables ont demandé aux journalistes voyageant avec lui de s’abstenir de publier les informations de trois escales sur quatre jusqu’à ce que le chef du Pentagone ait entamé la destination suivante, une démarche inhabituelle lorsqu’un secrétaire à la Défense ne se rend pas dans une zone de guerre.

Cela contrastait énormément avec un voyage au même moment à travers la Méditerranée du secrétaire d’État Mike Pompeo, qui a donné plusieurs interviews télévisées lors de ses visites en Grèce, en Italie et en Croatie alors que ses collaborateurs tweetaient ses activités en temps quasi réel. Le haut diplomate a joué un rôle inhabituel en faisant campagne publiquement pour le président.

+ La Maison Blanche ne cache pas  le désenchantement de Trump envers Esper +

Dans une juxtaposition frappante, Pompeo, qui a parfois importuné le Pentagone en semblant s’intéresser aux questions militaires, a annoncé la nouvelle d’un navire de la marine qui était en chemin vers une base américaine qu’il a visitée dans la baie de Souda, en Grèce.

La faible visibilité d’Esper semble faire partie de sa tentative parfois infructueuse de protéger l’armée en période électorale hyper-partisane et d’empêcher de nuire davantage à ses propres liens avec le commandant en chef.

La tension entre les deux hommes a éclaté en juin, lorsque le chef de la défense a publiquement exprimé son opposition à Trump d’envoyer des troupes pour réprimer les manifestations à travers le pays contre le racisme et la brutalité policière.

Esper, tout en étant aligné sur Trump concernant la plupart des grandes questions politiques, a récemment pris plusieurs décisions défiant les préférences de la Maison Blanche, allant de l’interdiction effective des symboles des confédérés au soutien de la promotion d’un officier de l’armée favorable à la destitution de Trump.

La Maison Blanche ne cache pas  le désenchantement de Trump envers Esper, que le président a publiquement qualifié de « Yesper ». Le mois dernier, des responsables ont affirmé que le président avait envisagé de le renvoyer depuis juin, au moins, mais avait décidé de le laisser en place pour le moment.

Depuis le début de l’été, Esper n’a répondu aux questions des médias qu’à quelques occasions.

Au cours de l’une de ces occasions, un conseiller a tenté d’empêcher un journaliste de l’Associated Press de poser une question politiquement sensible, à laquelle Esper a ensuite refusé de répondre. Une autre fois c’était une interview avec la juge Jeanine de Fox News.

+ La stratégie du Pentagone conçue pour rendre l’armée américaine plus compétitive et plus efficace +

Le Pentagone a également réduit la fréquence de ses briefings. En juillet, Esper a publié une note pour empêcher les responsables de parler aux médias.

Au cours de sa tournée de la semaine dernière, les seules déclarations publiques d’Esper ont été un discours dans un cimetière de Carthage, en Tunisie, et des plaisanteries faites lors de réunions avec des responsables locaux. Après que Trump ait été testé positif au nouveau coronavirus, le staff d’Esper a publié un tweet souhaitant bonne chance au président, mais a refusé de faire davantage de commentaires aux journalistes voyageant avec lui.

Jonathan Hoffman, un porte-parole d’Esper, a déclaré que le chef du Pentagone se concentrait sur la mise en œuvre de la stratégie du Pentagone conçue pour rendre l’armée américaine plus compétitive et plus efficace.

« Quoi qu’il en soit, le secrétaire continue de prononcer des discours publics, de rencontrer des dirigeants étrangers, de diriger des assemblées publiques et des réunions avec des groupes de réflexion et de l’industrie, de dialoguer avec les membres du Congrès et est très actif sur les médias sociaux », a ajouté Hoffman.

James Carafano, spécialiste de la défense et de la politique étrangère à la Heritage Foundation, a indiqué que le rôle d’Esper, un ancien officier de l’armée, membre du Congrès et un lobbyiste de l’industrie de la défense, était forcément différent de celui de Pompeo, un ancien législateur républicain largement considéré comme pouvant être un futur candidat potentiel à des fonctions électives plus importantes.

Carafano a expliqué que le fait que les questions de défense n’aient pas fait l’objet de débats importants pendant la campagne offrait à Esper une opportunité. « C’est le moment idéal pour être ministre au milieu d’une élection houleuse lorsque vos problèmes ne sont pas au centre des préoccupations, car vous pouvez vraiment vous concentrer sur votre travail », a-t-il estimé.

+ Garder les militaires hors de la politique restait l’un de ses principaux objectifs +

Mais David Lapan, un retraité  de la marine, qui a servi comme porte-parole au ministère de la Sécurité intérieure et du Pentagone, a indiqué que, bien qu’Esper ne veuille peut-être pas être interrogé sur l’utilisation de l’armée contre des manifestants, ou sur d’autres problèmes susceptibles de le confronter à la Maison Blanche, il pourrait néanmoins trouver le moyen d’informer le public.

« Il est particulièrement important que les membres de l’armée, leurs familles, nos alliés et nos adversaires comprennent que le Secrétaire à la défense et le département de la défense se concentrent sur la mission et les défis et ne sont pas distraits par la désaffection politique », a-t-il affirmé. « C’est le moment de se rassurer et cela doit venir des plus hauts dirigeants, le secrétaire à la défense et le le président ».

Esper, qui est devenu chef de la défense l’été dernier après une période de bouleversement de la direction au Pentagone, a indiqué que garder les militaires hors de la politique restait l’un de ses principaux objectifs.

Cela s’est avéré difficile sous Trump, qui a défié à plusieurs reprises les normes régissant les relations civilo-militaires, intervenant dans des affaires de justice militaire, considérant les événements de troupes comme des rassemblements électoraux et impliquant l’armée dans des initiatives controversées, y compris son projet de mur frontalier et l’interdiction d’entrer aux Etats-Unis faite aux ressortissants de pays à majorité de musulmans. La semaine dernière, Trump a laissé entendre que l’armée ou la police avait peut-être transmis le coronavirus à un conseiller.

Esper lui-même a été critiqué pour être du mauvais côté des normes civilo-militaires, ayant été désapprouvé en juin pour avoir qualifié les villes américaines d’ « espace de combat », une remarque dont il s’est excusé plus tard.

Des responsables ont indiqué que la tournée d’Esper en Afrique du Nord visait à mettre en évidence le potentiel de ces pays à faire face aux défis sécuritaires dans des zones comme la Libye et le Sahel. Cela est particulièrement important alors que les dirigeants du Pentagone évaluent les propositions en vue de réduire l’empreinte américaine en Afrique afin de libérer des forces pour mieux concurrencer la Russie et la Chine.

Malgré les efforts d’Esper pour rester discret, même les brèves déclarations de courtoisie capturées par les médias la semaine dernière ont donné un aperçu sur les problèmes auxquels il est confronté.

Mercredi, Esper a remis au ministre tunisien de la Défense Ibrahim Bartagi une réplique d’un pistolet à silex utilisé par le général George Washington. « C’est le symbole d’un autre principe très important qui lui tenait à cœur », a dit Esper à Bartagi devant les journalistes. « L’importance des relations civilo-militaires, le contrôle civil de l’armée et l’importance d’une armée apolitique ».

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