La plus grande communauté juive dans le monde arabe vivait au Maroc. Dans les années 1940, ils étaient plus de 250.000 Juifs à y vivre. Une exposition de photographies, qui se tient actuellement au Musée d’art et d’histoire du judaïsme (mahJ) à Paris jusqu’en mai de l’année prochaine, offre un aperçu rare de leur vie dans le royaume.

Selon le site du quotidien saoudien « Arab News », l’exposition « Juifs du Maroc » présente une soixantaine de photographies et de dessins en noir et blanc du photographe et peintre français Jean Besancenot, qui a voyagé plusieurs fois au Maroc et était tombé amoureux de la culture marocaine.

Les photos exposées ont été prises entre 1934 et 1937. Elles sont à la fois un portrait intime et un documentaire sur la communauté juive du Maroc avec certains hommes, femmes et enfants posant dans des costumes typiques sur un fond neutre, d’autres de personnes pratiquant des activités quotidiennes. Dans l’ensemble, l’exposition préserve et présente « un fond documentaire inestimable sur les communautés juives rurales du Maroc d’antan ».

L’une des personnes dynamiques derrières l’exposition « Juifs du Maroc » est la co-commissaire Hannah Assouline, une photographe française avec plus de 30 ans d’expérience, née en Algérie et résidant à Paris. L’exposition est une entreprise particulièrement personnelle pour Assouline, car l’une des photographies exposées est celle de son père, alors adolescent, le rabbin Messaoud Assouline, issu d’une famille démunie. Une photo qu’elle avait découverte par pure hasard.

« J’ai rencontré Jean Besancenot en 1985, lorsque mon intérêt pour la photographie a commencé », a déclaré Assouline à Arab News. « Dès que Besancenot m’a vu, il a immédiatement su d’où je venais. Il m’a dit: « Vous venez de Tafilalet (une région du sud du Maroc) et vous êtes juive ».

« Je voulais lui acheter des photos, mais comme je n’avais pas assez d’argent, je ne pouvais pas en acheter beaucoup », a-t-elle poursuivi, ajoutant que Besancenot avait 2.800 photographies représentant le monde juif du Maroc. « Il m’a montré plus de 100 photos, toutes de Juifs, parmi lesquels se trouvaient de nombreuses filles et jeunes femmes ».

+ Il lui a fallu 50 ans pour la voir… +

Par hasard, Assouline tomba sur un cliché de 1935 d’un très jeune couple marié et remarqua que le garçon ressemblait à l’un de ses neveux. Intriguée, Assouline a acheté la photographie ainsi que six autres comme cadeaux pour ses frères et sœurs et était impatiente de la montrer à sa famille.

« Je suis allée chez mes parents pour leur montrer les photos un vendredi soir, qui est le Shabbat », a-t-elle déclaré. « Mon père était très religieux et ne voulait pas voir les photos le Chabbat. Quand il a finalement accepté de regarder les photos, il a dit en arabe: « C’est moi! » Il n’avait jamais vu cette photo auparavant, il lui a fallu 50 ans pour la voir. Il a traversé l’exil, la guerre, a déménagé dans un nouveau pays avec une nouvelle histoire, et enfin, il a trouvé sa photo.

Il s’est avéré que le père d’Assouline, alors âgé de 13 ans, timide et pieds nus, ne jouait que le rôle d’un marié et a été photographié à Erfoud, l’un des centres de la vie juive marocaine à une époque où le pays d’Afrique du Nord était un Protectorat français.

+ Parfois similaires à ceux des femmes musulmanes +

La raison pour laquelle Besancenot explorait et documentait ces régions fermées était qu’il avait été mandaté par le ministère des Affaires étrangères et le nouveau musée de l’Homme à Paris pour réaliser un travail ethnographique, à travers des notes détaillées, des films et des dessins colorés de vêtements traditionnels marocains.

Dans l’annonce de l’exposition, le musée note que les costumes et les ornements féminins sont « parfois similaires à ceux des femmes musulmanes ».

+ Toute sa vie, il a fait le tour de ce pays +

La présence de femmes juives domine l’œuvre de Besancenot. Leurs coiffes imposantes et leurs superpositions volumineuses de colliers, boucles d’oreilles et bracelets étaient au cœur de leur identité, de leur beauté et, dans certains cas, de leur statut social.

« Sur certaines photos, vous verrez des femmes portant de vieux vêtements déchirés, mais elles portent toujours tous leurs bijoux », a relevé Assouline.

« J’adore les photos, car Besancenot était bienveillant », a-t-elle souligné à propos des compositions du photographe. « Il a pris des photos sans jugement.

Les photos sont très sensées et il était très proche des modèles. Il venait souvent au Maroc pour voir les gens. Ce n’était pas des séances photos passagères, il venait jour après jour pour parler avec tout le monde, puis il prenait les photos.

L’exposition s’est déroulée entre 1934 et 1937, mais il est toujours revenu au Maroc. Toute sa vie, il a fait le tour de ce pays ».

Article19.ma

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