Par Dr Mohamed Chtatou

Bien qu’il s’agisse d’un concept relativement nouveau, le développement équitable de l’arrière-pays est très prometteur en tant que forme de planification et de développement communautaire qui peut faire des communautés de personnes à revenus faibles et modérés et des minorités des lieux offrant des opportunités économiques, une vie abordable et une expression culturelle à tous les résidents.

Toutefois, la mise en place d’un développement équitable est une entreprise complexe. Les efforts de développement équitable ont absorbé les techniques de plusieurs importants mouvements passés d’amélioration sociale, notamment la planification de l’équité, le développement communautaire global et fondé sur le lieu, le renforcement des actifs basés sur les personnes, la croissance intelligente et les écoles durables de planification régionale, et le modèle de collaboration d’action sociale à impact collectif.

Maroc, réussite dans le monde arabe 

Le Maroc a jusqu’à présent été une réussite dans le monde arabe. Il a suivi une approche progressive des réformes politiques et de la démocratisation, qui a conduit à l’adoption d’une nouvelle constitution et à la tenue d’élections législatives libres en 2011. Dans le même temps, la croissance économique s’est élevée en moyenne à 4,5 % entre 2000 et 2010, pour atteindre 5 % en 2011, 2,7 % en 2012 et 4,4 % en 2013. En d’autres termes, le Maroc a évité les bouleversements politiques et les effondrements économiques qui ont frappé d’autres Pays arabes en transition (PAT). Le maintien de ces succès nécessitera la poursuite des réformes politiques et économiques.

Toutefois, sur le plan économique, l’accent doit être mis sur le renforcement de l’intégration et la garantie que les bénéfices de la croissance sont largement partagés. Plus de 40 % des Marocains vivent dans des zones rurales et dépendent, directement ou indirectement, de l’agriculture pour leur subsistance. Il se trouve également qu’ils sont beaucoup plus pauvres que ceux qui vivent dans les zones urbaines. De plus, la pauvreté rurale est trois fois plus élevée que la pauvreté urbaine. L’expérience du monde entier montre qu’à mesure que le Maroc continue de se développer, de plus en plus de personnes vont migrer de la campagne vers les villes. Par conséquent, une stratégie de croissance inclusive doit inclure des investissements dans les infrastructures ainsi que des programmes visant à accroître l’emploi en milieu urbain.

Dans le même temps, il faut faire davantage pour améliorer le niveau de vie des populations rurales, réduire les écarts de revenus entre les régions et diminuer le taux de migration des campagnes vers les villes, tout en augmentant la production agricole et en renforçant la sécurité alimentaire et nutritionnelle du Maroc. Le gouvernement marocain met en œuvre une stratégie de développement rural reposant sur deux piliers : le premier pilier est axé sur les grandes exploitations modernes, et le second sur les petites exploitations et l’agriculture familiale.

Le double objectif de croissance inclusive et de sécurité alimentaire serait mieux atteint en soulignant l’importance du second pilier et en adoptant une approche qui inclut : 

  1. Accroître les réserves alimentaires et utiliser les marchés financiers pour réduire les risques, 
  2. Améliorer les liens des petits exploitants et des agriculteurs familiaux avec les marchés et les aider à accroître la production alimentaire nationale tout en augmentant leurs revenus ; et 
  3. Soutenir le développement d’organisations de producteurs indépendantes qui permettent aux petits exploitants de se faire entendre et les aident également à obtenir un meilleur accès aux marchés des intrants et des extrants.

Développement rural durable

La réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) est au centre du développement durable. Le développement rural durable est vital pour la viabilité économique, sociale et environnementale des nations. Il est essentiel pour l’éradication de la pauvreté, car la pauvreté mondiale est essentiellement rurale. La manifestation de la pauvreté va au-delà du clivage urbain-rural, elle a des contextes sous régionaux et régionaux. Il est donc essentiel, et il y a beaucoup à gagner, à coordonner les initiatives de développement rural qui contribuent à des moyens de subsistance durables grâce à des efforts aux niveaux mondial, régional, national et local, selon le cas. Les stratégies de développement rural doivent tenir compte de l’éloignement et des potentialités des zones rurales et prévoir des approches ciblées et différenciées.

Un secteur agricole sain et dynamique est un fondement important du développement rural, générant des liens solides avec d’autres secteurs économiques. Les moyens de subsistance des populations rurales sont améliorés grâce à la participation effective des populations et des communautés rurales à la gestion de leurs propres objectifs sociaux, économiques et environnementaux, en renforçant l’autonomie des habitants des zones rurales, en particulier des femmes et des jeunes, notamment par le biais d’organisations telles que les coopératives locales et en appliquant l’approche ascendante. 

Une intégration économique étroite des zones rurales avec les zones urbaines voisines et la création d’emplois ruraux non agricoles peuvent réduire les disparités entre les zones rurales et urbaines, élargir les possibilités et encourager le maintien de personnes qualifiées, y compris les jeunes, dans les zones rurales. Il existe un potentiel considérable de création d’emplois ruraux, non seulement dans l’agriculture, l’agro-transformation et l’industrie rurale, mais aussi dans la construction d’infrastructures rurales, dans la gestion durable des ressources naturelles, des déchets et des résidus. Les communautés rurales des pays en développement sont toujours confrontées à des défis liés à l’accès aux services de base, aux opportunités économiques et à un certain degré d’incohérence en matière de planification liée à la fracture entre les zones rurales et urbaines. 

Les investissements dans la protection de l’environnement, les infrastructures rurales et dans la santé et l’éducation en milieu rural sont essentiels au développement rural durable et peuvent améliorer le bien-être national. Au-delà de la satisfaction des besoins fondamentaux, les investissements doivent être liés à la possibilité d’accroître la productivité et les revenus. Il convient de s’attaquer aux vulnérabilités des populations rurales pauvres face à la crise économique et financière, au changement climatique et à la pénurie d’eau. 

Accroître la productivité et les revenus

Mise en œuvre de stratégies globales

Le succès du développement rural durable dépend, entre autres, de l’élaboration et de la mise en œuvre de stratégies globales pour faire face au changement climatique, à la sécheresse, à la désertification et aux catastrophes naturelles. 

Parmi les actions connexes, on peut citer :

  1. a) Promouvoir l’éradication de la pauvreté dans les zones rurales ;
  2. b) Promouvoir la planification et la budgétisation en faveur des pauvres aux niveaux national, régional et local ;
  3. c) Répondre aux besoins fondamentaux et améliorer la fourniture de services et l’accès à ceux-ci, en tant que précurseur de l’amélioration des moyens de subsistance et facteur d’engagement des populations dans des activités productives ;
  4. d) mettre en place des programmes de protection sociale au profit, entre autres, des ménages vulnérables, en particulier les personnes âgées, les personnes handicapées et les chômeurs, dont beaucoup se trouvent dans les zones rurales. 

Des actions sont nécessaires pour :

(a) Renforcer le capital social et la résilience des communautés rurales. 

Dans ce contexte :

(i) renforcer l’autonomie des femmes et des petits exploitants agricoles, ainsi que des populations autochtones, notamment en garantissant un régime foncier équitable soutenu par des cadres juridiques appropriés

(ii) promouvoir un accès équitable aux terres, à l’eau, aux ressources financières et aux technologies pour les femmes, les populations autochtones et les autres groupes vulnérables ;

(iii) soutenir et promouvoir les efforts visant à harmoniser les technologies modernes avec les connaissances traditionnelles et autochtones en vue d’un développement rural durable ;

(iv) Assurer l’accès au crédit et à d’autres mécanismes ainsi qu’aux ressources pour les activités agricoles, en particulier pour les petits exploitants, notamment les femmes afin de mieux gérer les divers risques auxquels ils sont confrontés, notamment les prix, les conditions météorologiques, le climat, les pénuries d’eau, la dégradation des terres et les catastrophes naturelles, y compris en fournissant une aide et en favorisant le développement des marchés d’assurance agricole ;

(v) Protéger et assurer l’utilisation durable des connaissances traditionnelles, y compris les connaissances autochtones conformément à l’article 8, point j, de la Convention sur la diversité biologique ((CDB) est un traité international adopté lors du sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1992), pour la gestion des ressources naturelles afin de relever les défis du développement durable ;

(vi) Faciliter la participation active des groupes vulnérables, notamment les femmes, les jeunes, les populations autochtones et les communautés rurales, à l’élaboration de la planification locale et nationale du développement rural, en tenant compte de la législation nationale ;

(vii) renforcer la capacité des communautés rurales à faire face aux catastrophes naturelles et à s’en relever ;

(viii) promouvoir et intensifier les activités de relèvement à forte intensité de main-d’œuvre en plus des programmes à forte intensité de capital ;

(ix) soutenir la formation et le renforcement des capacités des communautés rurales afin de mettre en œuvre efficacement les programmes d’adaptation au changement climatique au niveau local ;

(x) investir des ressources pour renforcer la recherche visant à s’adapter aux défis du changement climatique ; et

(xi) encourager et renforcer les capacités des communautés rurales à s’organiser elles-mêmes pour constituer un capital social, en tenant compte de la législation nationale.

(b) Renforcer les capacités humaines des populations rurales. 

Dans ce contexte :

(i) Renforcer les installations et les capacités de soins de santé en milieu rural, former et accroître le nombre de professionnels de la santé et de la nutrition et maintenir et élargir l’accès aux systèmes de soins de santé primaires, notamment en favorisant un accès équitable et amélioré à des services de soins de santé abordables et efficaces, y compris la fourniture de services de soins de santé de base aux pauvres des zones rurales pour une prévention et un traitement efficaces des maladies ;

(ii) Créer et développer des programmes éducatifs pour les communautés rurales visant à prévenir les maladies ;

(iii) Éliminer les formes anciennes et nouvelles d’analphabétisme dans les communautés rurales et assurer l’enseignement primaire et l’accès à l’enseignement secondaire et supérieur ainsi qu’à la formation professionnelle et à la création d’entreprises, y compris des éléments proactifs et liés au marché pour renforcer les capacités des communautés rurales, en particulier celles des jeunes, des jeunes filles, des femmes et des populations autochtones ;

(iv) Encourager la participation des communautés rurales à la prise de décision, promouvoir l’autonomisation et le leadership des communautés rurales ; et

(v) Améliorer l’accès des populations et des communautés rurales à l’information, à l’éducation, aux services de vulgarisation et aux ressources d’apprentissage, aux connaissances et à la formation pour soutenir la planification et la prise de décision en matière de développement durable.

(c) Investir dans les infrastructures et les services essentiels pour les communautés rurales. 

Dans ce contexte :

(i) Accroître les investissements publics et privés dans les infrastructures des zones rurales, notamment les routes, les systèmes de transport, les installations de stockage et les marchés, les installations d’élevage, les systèmes d’irrigation, les logements abordables, les services d’approvisionnement en eau et d’assainissement, les installations d’électrification et les réseaux d’information et de communication ;

(ii) améliorer l’accès à des services énergétiques fiables et abordables, y compris les sources d’énergie renouvelables et alternatives pour un développement rural durable ;

(iii) améliorer l’accès des populations rurales à l’eau potable et à des services d’assainissement adéquats ;

(iv) développer et améliorer l’accès des populations rurales aux technologies de l’information et des communications, notamment pour favoriser l’accès à l’Internet et renforcer les capacités en vue d’une utilisation efficace de ces technologies ;

(v) développer les services ruraux publics et privés qui réalisent le potentiel de ces technologies, y compris les services bancaires cellulaires et les services de vulgarisation électronique ;

(vi) Promouvoir le développement d’organisations rurales telles que les coopératives communautaires afin d’accroître les investissements dans les infrastructures et les services essentiels, et reconnaître le rôle des zones urbaines dans la promotion du développement rural ; et

(vii) soutenir l’amélioration de l’accès de tous à des services et des installations de soins de santé renforcés en milieu rural.

Autonomisation de la femme rurale, une priorité absolue

(d) Stimuler la création de nouveaux emplois et de nouvelles possibilités de revenus dans les zones rurales. 

Dans ce contexte :

(i) soutenir la diversification rurale, y compris la diversification des exploitations agricoles vers des activités de production non agricoles et autres activités de production non primaires

(ii) fournir des cadres appropriés d’utilisation des terres afin de soutenir la mise en place d’activités agricoles et de services agricoles et non agricoles liés au développement rural durable, tout en respectant les droits des communautés rurales et des populations autochtones

(iii) fournir une formation à l’entrepreneuriat, des crédits et d’autres formes d’aide aux activités de production non agricoles et non primaires ;

(iv) renforcer les liens entre l’agriculture et les autres secteurs de l’économie rurale ;

(v) développer des moyens durables d’ajouter de la valeur aux produits agricoles aux niveaux local, sous régional et régional afin de générer des revenus supplémentaires ;

(vi) soutenir la mise au point, le transfert et l’utilisation de technologies et de pratiques de construction sûres et respectueuses de l’environnement, en particulier pour le logement, afin d’améliorer le niveau de vie et de créer des emplois dans les zones rurales ;

(vii) soutenir, le cas échéant, le tourisme durable en tant que source précieuse d’emplois et de revenus complémentaires à l’agriculture et aux autres activités de production primaire, ainsi que la gestion durable des ressources naturelles ;

(viii) promouvoir activement la gestion durable des forêts ;

(ix) Améliorer l’accès des populations rurales, en particulier des femmes, des jeunes, des populations autochtones et d’autres groupes vulnérables, notamment dans les zones défavorisées, aux marchés ainsi qu’à des services financiers et de conseil aux entreprises abordables, tels que l’information sur les marchés, le microcrédit, les garanties de prêts et le capital-risque ;

(x) Élargir l’accès aux marchés en aidant les producteurs, les associations et les entreprises rurales, en particulier celles des pays en développement, à répondre à la demande du marché ;

(xi) accroître les possibilités d’emploi par des approches à forte intensité de main-d’œuvre, notamment des emplois verts et le développement des infrastructures rurales, en tenant compte du programme de l’Organisation internationale du travail (OIT) en matière de travail décent, qui constitue un instrument important pour atteindre l’objectif de plein emploi productif et de travail décent pour tous ;

xii) Développer l’infrastructure nécessaire et encourager la collecte de données, y compris des données démographiques ventilées, la synthèse et l’analyse, afin de mieux comprendre la contribution des activités non agricoles à la réduction de la pauvreté et à la création de revenus dans les zones rurales ; 

(xiii) soutenir le développement de l’intégration au marché des petites exploitations agricoles familiales et le partage des expériences et des meilleures pratiques ; et

(xiv) Promouvoir les industries non agricoles telles que l’exploitation minière, les services, la construction et le commerce, de manière durable, en tant que source d’emplois et de revenus pour les populations rurales.

(e) Assurer la durabilité environnementale dans les zones rurales. 

Dans ce contexte :

(i) encourager l’utilisation des ressources foncières de manière durable afin de prévenir la dégradation des terres causée par une exploitation non durable des ressources foncières

(ii) Encourager l’utilisation de pratiques respectueuses de l’environnement ;

(iii) Promouvoir l’utilisation et la gestion durables des ressources naturelles, y compris la conservation des écosystèmes par le biais de programmes communautaires ; et

(iv) Promouvoir des pratiques de gestion des déchets sûres et respectueuses de l’environnement.

(f) Promouvoir l’autonomisation des femmes et l’égalité des sexes. 

Dans ce contexte :

(i) Faire participer les femmes à la prise de décision dans toutes les activités liées au développement rural ;

(ii) Prendre des mesures qui favorisent l’accès des femmes aux moyens de production, y compris la terre, le capital et l’esprit d’entreprise, et leur en permettent la propriété ;

(iii) Promouvoir l’égalité des sexes et prendre des mesures pour réaliser l’égalité des chances entre les femmes et les hommes dans tous les aspects du développement rural ; et

(iv) mener des actions d’éducation et de sensibilisation approfondies sur les droits des femmes et le concept d’autonomisation et d’égalité des sexes dans les zones rurales.

Favoriser l’accès des femmes aux moyens de production

Principales conclusions

Le Maroc a réalisé des progrès économiques considérables au cours des dernières décennies. La croissance économique soutenue entre 2001 et 2011 a entraîné une augmentation significative du revenu moyen par habitant et a permis de réduire l’incidence de la pauvreté de 15 % à 6 %. Toutefois, les bénéfices de la croissance économique n’ont pas été répartis de manière égale et les disparités régionales se sont accrues. Entre 1985 et 2011, par exemple, la pauvreté relative a diminué de 90 % dans les régions du sud, mais seulement de 50 % à Doukkala-Abda et Gharb-Chrarda-Béni Hssen. De même, 67 % des pauvres et 59 % des populations vulnérables du pays vivent dans des zones rurales et isolées.

En mai 2005, le roi du Maroc a appelé à des efforts accrus pour réduire la marginalisation et sortir les personnes et les régions vulnérables de la pauvreté et a annoncé la création de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH). En 2014, le roi a reconnu les progrès considérables accomplis dans la réalisation de ces objectifs, mais a noté que la pauvreté, la vulnérabilité et les inégalités sociales aiguës restaient répandues.

Reconnaissant la nécessité de nouveaux progrès, le roi a chargé le Conseil économique, social et environnemental, la Banque centrale marocaine et les institutions nationales et internationales concernées de mener une étude sur la richesse totale du Maroc entre 1999 et 2013. Le ministère de l’Intérieur a également été chargé de mener une évaluation des besoins en infrastructures et services locaux dans les zones rurales du Maroc. Cette évaluation a révélé que 29 000 douars répartis dans 272 municipalités souffraient de graves insuffisances en matière d’infrastructures et de services sociaux de base. En juillet 2015, le roi a lancé une initiative visant à promouvoir le développement de 2 500 villages ruraux (abritant 12 millions de personnes) par la modernisation des infrastructures et une meilleure fourniture de services de base (routes, écoles, centres de soins, eau potable, etc.).

En 2008, le gouvernement marocain a lancé le Plan Maroc Vert (PMV), dont l’objectif est de mobiliser les divers potentiels de développement des régions du Maroc. Il comporte une double stratégie visant à : 

1) promouvoir l’expansion des grandes exploitations agricoles et commerciales ; et 

2) soutenir les petites exploitations familiales et encourager la transformation des exploitations familiales en entreprises familiales. 

Le Plan Maroc Vert est sans aucun doute axé sur l’expansion agricole. Cela dit, la stratégie comprend également des mesures visant à promouvoir le développement local par la mobilisation des atouts et des opportunités locales.

La stratégie de nutrition 2011-2019 contribue à la réalisation des objectifs de l’initiative nationale de développement humain et à la sécurité alimentaire en général. Le deuxième pilier stratégique de la stratégie est axé sur l’augmentation de l’approvisionnement du pays en denrées alimentaires sûres en renforçant la capacité agricole des petits exploitants. En 2014, 56 % des projets générateurs de revenus décrits dans l’Initiative nationale pour le développement humain avaient été mis en œuvre dans les zones rurales.

Le Plan Halieutis, dont l’objectif principal est la compétitivité et la conservation des écosystèmes marins, aborde également les questions de Sécurité alimentaire et de nutrition (Food Security and Nutrition (FSN)) via la promotion de la diversification du régime alimentaire national, et comprend un objectif accru de consommation de poisson de 16 kilogrammes par habitant à l’orée de 2020.

Toutes ces stratégies comportent une forte dimension territoriale. L’initiative nationale pour le développement humain, par exemple, souligne l’importance d’adopter une approche territoriale qui utilise des processus de planification stratégique pour assurer la cohérence et la cohésion entre les programmes sectoriels et les actions des autorités locales. De même, la stratégie verte

Le Plan Maroc est basé sur une analyse approfondie et une cartographie des atouts territoriaux du pays. De même, la stratégie pour la montagne est basée sur le principe de la « discrimination positive« . Les zones en retard du pays sont également prioritaires depuis les efforts de développement des infrastructures rurales mis en œuvre dans les années 1990. La nouvelle Constitution de 2011 reflète également une orientation territoriale. Elle stipule explicitement que :

« l’organisation territoriale du Royaume est décentralisée, fondée sur une régionalisation avancée » (article 1), 

et consacre le principe de la libre administration des autorités locales et de la subsidiarité de l’autorité centrale.

Divers instruments ont été utilisés pour promouvoir le développement des zones en retard de développement, notamment les agences de développement régional, les plans agricoles régionaux, les fonds régionaux, les fonds de développement rural, les plans communaux, les contrats de plan et les filets de sécurité ciblés et non ciblés. Un exercice détaillé de cartographie de la pauvreté et de la vulnérabilité mené au niveau régional, provincial et communal a été achevé en 2007 (Haut-Commissariat au Plan, 2009).

Ces stratégies et la Constitution de 2011 reflètent un engagement en faveur de l’emploi d’approches territoriales pour l’éradication de la pauvreté et de l’insécurité alimentaire. Les autorités ont été confrontées à des défis dans la mise en œuvre des approches territoriales. Parmi ces défis, on peut citer : 

  • La faiblesse de la coordination horizontale et les effets régressifs des systèmes de ciblage géographique et de financement en raison, par exemple, de la faiblesse et de la fragmentation des systèmes d’information territoriaux ; 
  • Les contraintes de capacité au niveau décentralisé ; et 
  • Le processus d’innovation qui prévaut de haut en bas.

En résumé, le principal défi auquel sont confrontées les autorités marocaines est de mettre en pratique leur engagement ferme en faveur des approches territoriales pour lutter contre la pauvreté et l’insécurité alimentaire. L’inclusion des institutions et des acteurs locaux dans le processus d’élaboration des politiques, l’introduction de mécanismes de gouvernance horizontale efficaces et le développement d’approches multisectorielles et multi-acteurs qui reflètent la nature multidimensionnelle de la FSN et de la pauvreté sont les clés pour surmonter ces défis. Deux lois organiques récemment approuvées, portant sur la mise en œuvre d’un processus de décentralisation plus fort au niveau de la préfecture, de la province et de la municipalité (n° 112.14 et n° 113.14), sont des pas dans la bonne direction.

Conclusion : efforts et défis

Le Maroc fait un effort concerté pour réduire ses inégalités régionales internes, et a fait un certain chemin vers la « territorialisation » tant des politiques sectorielles que des processus de décision démocratiques. Les interventions visant à améliorer la Sécurité alimentaire et la nutrition (Food Security and Nutrition (FSN)) dans les zones marginalisées vont du développement humain à la mise en place d’infrastructures rurales et à la promotion du potentiel de développement endogène dans les zones locales. Le programme de décentralisation politique du pays a contribué à rapprocher la prise de décision de la population et a facilité la formulation de politiques adaptées aux besoins et aux possibilités propres à chaque contexte. 

Néanmoins, des défis demeurent, notamment :

  • La faiblesse des mécanismes de coordination horizontale entre les secteurs, qui risque d’entraîner une duplication des efforts et un manque d’interventions à grande échelle ; et 
  • La fragmentation des systèmes d’information territoriale complique encore la mise en œuvre de l’engagement continu du gouvernement à adopter des approches territoriales. 

Pour aller de l’avant, il sera essentiel de renforcer les capacités au niveau local et d’associer les autorités infranationales aux processus d’élaboration des politiques à tous les niveaux.

Renforcer les capacités au niveau local

Vous pouvez suivre le Professeur Mohamed Chtatou sur Twitter : @Ayurinu

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