Par Noury Adib

Un pauvre père de famille vient voir son rabbin et se lamenta : « Rabbi, il nous est impossible de vivre dans une seule pièce. Les enfants crient, ma femme pleure. C’est insupportable ! ». Le religieux lui répondit : « Mets une chèvre dans ton lit ».

Une semaine plus tard l’homme revient : « C’est encore pire, la chèvre chevrote jour et nuit et fait ses besoins partout ». « Et bien ! Retire la chèvre », lui ordonna le rabbin.

L’homme s’exécute, revient le lendemain et lui annonce avec soulagement : « Ah, rabbi ! Comme on est bien tous ensemble à la maison. »

Cette métaphore, empruntée à un collègue de Radio France Inter, résume parfaitement l’accord de « normalisation des rapports diplomatiques entre Israël et les Emirats », conclu récemment et annoncé en pompe par Donald Trump.

La chèvre dans le lit de cet accord n’est rien d’autre que la menace formulée par Netanyahu d’annexer une grande partie de la Cisjordanie, particulièrement la vallée du Jourdain, occupée de fait depuis l’invasion de l’armée israélienne des territoires palestiniens en 1967, c’est-à-dire plusieurs années avant la création d’une entité politique réunissant une expression géographique appelée : les Emirats Arabes Unis (EAU), nés en 1971…

Le parrain de cette transaction douteuse est le Président des USA Donald Trump qui s’est auto-disqualifié de jouer le moindre rôle dans les efforts de paix entre les Palestiniens et les Israéliens depuis sa décision, suivie d’effet, de transférer l’ambassade de son pays de Tel-Aviv à Jérusalem et son invention de « l’Accord du siècle » qui enterre à jamais la solution de deux Etats vivant en paix, à l’intérieur de frontières internationalement reconnues par les Nations-Unies.

Ce dernier a d’ailler qualifié, à partir de la Maison blanche, cet accord de « paix », alors que les deux pays ne sont jamais entrés en guerre pour la simple raison qu’ils ne partagent pas de frontières communes et sont séparés par 3000 kilomètres de distance dans le désert…

Pris de court par cette annonce surprise, les Palestiniens, qui ont été les grands absents d’un accord mineur, puisque il s’agit avant tout d’un « grand deal commercial » entre deux Etats marchands, ont crié à la trahison des « frères » Emiratis, à juste titre d’ailleurs.

Hanan Achraoui a fustigé dans un message adressé au prince héritier d’Abou Dhabi Mohammed Bin Zayed son désintérêt pour la Cause palestinienne : « Vous n’avez peut-être pas exprimé de gêne alors qu’on volait notre pays. Vous n’avez peut-être pas ressenti la douleur de vivre sous l’occupation et la captivité. Votre maison n’a pas été détruite, vos proches n’ont pas été tués, vous n’avez pas été vendu par vos amis. »

Parce qu’avant la parabole de la chèvre dans le lit, le statut quo perdure depuis un demi-siècle tout de même. Il consiste à humilier quotidiennement les Palestiniens, confisquer leurs terres et leur liberté et refuser le droit de retour légitime des millions d’exilés d’entre-eux, chassés de leurs foyers par les colons juifs.

Les Emirats Arabes Unis qualifient « d’historique » cet accord, car il annonce, selon eux, l’abandon par Israël de l’annexion de la Cisjordanie, alors que Netanyahu est clair à ce sujet : il s’agit d’un simple « report ».

Il l’a d’ailleurs martelé publiquement devant la presse : « Les plans d’annexion ont été suspendus temporairement à la demande de l’administration Trump afin de faire aboutir l’accord avec les EAU. J’ai apporté la paix, je réaliserai l’annexion », a-t-il affirmé.

A Abou Dhabi, on semble oublier que la Cisjordanie est déjà occupée par Israël et n’a pas besoin d’être annexée. Le droit international qui régit les conflits est clair à ce sujet et ne peux admettre que la loi de la jungle se substitue aux résolutions adoptées par la communauté internationale.

Le leurre de l’annexion n’est en fin de compte que la chèvre vendue par Donald Trump aux Emirats Arabes Unis qui seront certainement suivis par certaines monarchies du Golfe gouvernées par des « dirigeants d’une nouvelle ère ».

L’accord israélo-émirati qui, est une émanation de « l’accord du siècle » de Donald Trump, saborde le plan de paix du roi Abdallah de Jordanie qui appelle à la création d’un Etat palestinien sur l’ensemble des territoires occupés de 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, en accord avec les résolutions de l’ONU.

Tous ces éléments ont été absents du document dévoilé par la Maison Blanche, qui offre aux Palestiniens un pseudo-Etat, morcelé par les colonies, amputé de la vallée du Jourdain, avec, en guise de capitale, de simples faubourgs de la Ville sainte.

Cette stratégie « stupide », selon les termes des Affaires étrangères iranienne, ne change rien au fond du problème du Moyen-Orient.

Tous les facteurs laissent présager une recrudescence de la tension dans cette région avec une montée en puissance du rôle de leadership régional de l’Iran et de la Turquie, deux pays soutenus par Moscou et Pékin qui comptent engranger les fruits du désengagement progressif des USA d’une partie du monde qu’elle considérait comme hautement stratégique pour ses intérêts.

Article19.ma

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