Par Mustapha El Fan*

Quelles sont les chances du PJD aux prochaines élections de 2021?

Analyse. Il est difficile de donner une réponse exacte à cette question car le Parti justice et développement (PJD) de 2012 ou de 2016 n’est pas le même que celui de 2020 ou 2021.

Ce qui est certain aussi est que le PJD a laissé beaucoup de ses plumes, de sa popularité et de son poids électoral.

Cependant, la réalité du terrain montre que le parti islamiste occupe toujours une scène politique quasi vide.

On pourrait aussi dire que notre paysage politique est toujours occupé par des partis qui sont soit faibles, soit qu’ils ne disposent pas de leur propre pouvoir de décision et attendent une « révélation », ou des partis qui parient sur l’État pour vaincre le PJD au lieu d’entreprendre eux-mêmes cette tâche dans le cadre de la lutte politique.

Mais permettez-moi d’évoquer ce qui est encore plus important sous la forme d’une question et ce à la lumière des événements passés afin que nous puissions comprendre une partie de ce qui se passe actuellement:

Vous rappelez-vous l’atmosphère exceptionnelle dans laquelle se sont déroulées les élections aussi bien locales de 2015 que législatives de 2016?

Qui ne se souvient pas de ces périodes électorales « difficiles » où tout était devenu une question de vie ou de mort?

Pourquoi?

Parce que le défi à l’époque était surtout de « battre » le PJD dans sa variante Benkiranienne et ce quel qu’en soit le prix.

Le prix en était, en effet, élevé au regard de la réputation du pays, de sa crédibilité et de sa démocratie « émergente ».

Oui, l’affaire a pris cette tournure dangereuse parce que les partis qui se cachaient derrière l’État et parlaient peut-être en son nom ont voulu faire du Parti authenticité et modernité (PAM) ou du « Parti de l’État » à l’époque quelque chose de plus grand qu’un parti et peut-être même de plus grand que l’État lui-même.

Quant à la méthodologie démocratique et la relation entre la décision et les urnes, elles ne sont que des formalités passées au second plan tant que les résultats de l’opération électorale nous donnent souvent un acteur politique dont le sens démocratique est « douteux ».

Au contraire, certains étaient même prêts, lors de cette période électorale délicate, à tout faire pour fermer la parenthèse démocratique, même si cette option était inscrite dans la constitution et ne peut être sujette à révision dans notre pays.

On se rappelle aussi comment à « l’insu » de l’état une marche est sortie de sous-terre portant le nom de « Ould Zeroual », si bien que le ministre de l’Intérieur lui-même, Mohamed Hassad, a affirmé à l’époque: » Nous ne savons pas qui a organisé cette marche … « .

Quant à Ilyas El Omari, secrétaire général du PAM, qui se présentait comme un envoyé du palais, il avait coutume de dire à l’époque dans les salons fermés: « La marche d’Ould Zeroual est une conspiration ourdie par une partie du Makhzen contre la personne d’Ilyas, de peur que le PAM n’emporte les élections législatives… ».

Les choses ne se sont pas arrêtées à ce stade, on se rappelle encore comment la victoire du PJD aux législatives de 2016 s’est transformée en une crise politique qui a acculé le parti islamiste et conduit au renvoi de Benkirane.

Bien sûr, ce renvoi est intervenu après un « blocage » dans lequel le Rassemblement national des indépendants (RNI), dirigé par Aziz Akhannouch, a joué le rôle du tuteur politique, non seulement des partis administratifs, mais aussi des partis historiques du mouvement national dont l’histoire se confond avec celle du Maroc.

Parallèlement, nous avons également vu l’éclatement successif de dossiers éthiques et autres concernant la vie privée des dirigeants du Parti islamiste.

Le seul but, peut-être, en était de miner la route et d’affaiblir le PJD et de montrer ses militants aux Marocains et aux électeurs comme « des êtres humains » et « non pas des prophètes qui sont descendus du ciel comme ils le prétendent ».

Que signifie donc tout cela?

Cela signifie que de nombreuses parties, peut-être profondes, refusaient catégoriquement de permettre que le PJD dirige le gouvernement pour un second mandat.

Certaines de ces parties ont difficilement « accepté » et avec réticence même ce mandat gouvernemental actuel dirigé par Saad Eddine El Othmani.

Ce n’est un secret pour personne que nous étions sur le point d’attribuer le poste de Chef du gouvernement après les élections de 2016 au deuxième parti, sur la base d’un arrangement constitutionnel qui a suscité beaucoup de controverse.

Tout cela s’est produit uniquement parce qu’un acteur politique nommé le PJD a remporté deux élections législatives consécutives.

Que se passera-t-il alors si le PJD remporte pour la troisième fois les élections législatives prévues en 2021?

Je n’ai pas de réponse à une telle question, mais, comme nous sommes à la veille des échéances de 2021, les dirigeants du PJD ne doivent pas hésiter à se poser de telles questions.

De mon point de vue, poser ce genre de questions fait partie de la méthodologie et est cœur de l’approche du parti, qui appelle au « gradualisme, à la modération, et à ne pas entrer en conflit avec les hautes sphères… ».

De plus, c’est cette approche « exceptionnelle » du changement et de la réforme qui a aidé ou plutôt évité au parti d’entrer dans le labyrinthe de la collision avec l’État à plus d’une étape politique, et même qu’elle lui a épargné la possibilité d’une dissolution dans un certain un contexte.

Je dis cela sans oublier que c’est le caractère « exceptionnel » de l’institution monarchique au Maroc qui a été décisif dans l’intégration des islamistes dans la vie politique à une époque où les régimes dictatoriaux arabes ont choisi de les jeter dans les prisons et les exiles…

En d’autres termes, les dirigeants du PJD doivent tirer les leçons, capter les signaux et relire la littérature de leur parti qui a dicté « l’auto-réduction » (réduction du nombre de leurs candidats) et leur recul lors des élections précédentes.

Je ne dis pas ceci sans raison, mais parce qu’il y a des dirigeants du parti de poids qui ne cachent plus aujourd’hui qu’ils sont pour le retour du parti à la méthode de « l’auto-réduction » en se présentant aux prochaines élections.

Quant au pourquoi? « Parce que nous sommes un parti qui est venu pour aider l’Etat, non pas pour entrer en conflit avec lui, et pour faire partie de la solution et non pas du problème … », a déclaré un dirigeant du PJD au au site « adare.ma ».

Est-ce qu’El Othmani agira-t-il selon la logique du leader pour prendre la décision appropriée concernant cette question épineuse, car la bataille du PJD lors des prochaines élections ne se fera pas avec un parti politique en particulier, mais peut-être aussi avec le ministère de l’Intérieur et avec ses bras médiatiques…?

Mustapha El Fann, Directeur du site d’info en langue arabe Adare.ma

*Cette chronique a été publiée dans adare.ma et Article19 l’a traduite de l’arabe mais son contenu n’engage que son auteur.

Article19.ma

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