Par Rachid Idrissi Kaitouni

L’histoire de s’interroger aujourd’hui sur le recours de Saad Dine El Otmani à la commission de l’intégrité et de la transparence de son parti pour connaître des griefs qui sont reprochés à Mustapha Ramid non en tant que responsable politique du PJD mais de part sa qualité de ministre d’Etat chargé des droits de l’homme, des relations avec le parlement et de la société civile, rajoute à l’expectative une bonne dose d’introspection.

En elle-même, cette affaire a fait couler beaucoup d’encre et provoquer l’irritabilité des réseaux sociaux. Elle a été amplifiée, de surcroît, par une affaire similaire dont l’auteur n’est autre chose que le ministre en charge, entre autre du secteur de la CNSS.

La convocation de Ramid devant la commission partisane dont il est le président statutaire est un coup d’épée dans l’eau. Les sanctions qu’elle peut prendre n’affecteront en rien ni sa position au sein du gouvernement ni celle, qui est la sienne dans son parti.

On invoquera, évidemment, que la procédure de révocation est du ressort de SM le Roi même si le chef du gouvernement en fait la demande. Ce n’est d’ailleurs pas le seul cas pratique de ministres du PJD affectés par des pratiques non orthodoxes dans l’exercice de leurs fonctions.

De plus, la loi organique régissant l’organisation et la conduite des travaux du gouvernement et au statut de ses membres, ne contient aucune disposition tendant à spécifier les sanctions dont serait passible un membre du gouvernement. Peut-être qu’au moment de son élaboration le gouvernement se considérait au dessus de tous soupçons et qu’il n’était pas de bonnes augures d’anticiper sur des manquements éventuels à la déontologie qu’exige la fonction ministérielle !

Le recours aux instances du parti reste le lieu de distinction entre ce que l’on veut épargner et dissimuler et ce qui devrait être évité, au sein du conseil du gouvernement si d’aventure ces questions devaient être invoquées sachant les difficultés à maintenir une coalition qui n’a de coalition que le nom.

Dans les pratiques totalitaires héritières du communisme, du nationalisme ou du dogmatisme religieux, la primauté du parti transcende toutes les institutions étatiques représentatives. C’est lui qui édicte de ce qui doit être et de ce qui ne le devrait pas, qui gratifie, qui sanctionne, qui condamne et blanchit à l’occasion et même à loisir…

Il est vrai, que dans cette perspective, l’Etat n’était qu’un instrument aux mains du parti qui, lui, poursuit des objectifs à rendements variables et circonstanciés, justifiant l’injustifiable et expédiant aux purges et aux goulags de pauvres innocentes personnes.

Comme au temps du stalinisme,le recours aux jugements des instances du parti, plutôt qu’au respect des règles et des pratiques de l’Etat entrave l’effectivité de tout projet sociétal qui se veut démocratique et de droit.

À la réflexion,la confusion du projet, non avoué, de l’Etat libertaire en devenir, favorisant l’accumulation mercantile par l’exploitation des petites gens tout en se barricadant derrière la religion ne favorise ni l’équité ni l’éthique. Le PJD nous revient donc de loin.

Il ne s’agit plus, en l’espèce,de justifications politico-juridiques pour le maintien des équilibres gouvernementaux et la bonne gouvernance mais de rajouter à la confusion des espèces et des genres favorisant, à l’évidence, l’inaptocratie
Ce n’est pas pour se fâcher avec tout le monde que l’on répétera paradoxalement avec le cardinal de Retz que: « On ne sort de l’ambiguïté qu’à son propre détriment ”.

Si l’ecclésiastique avait le don d’irriter ses contemporains, on ne peut ignorer, aujourd’hui, les dégâts que provoquent dans la société marocaine des agissements que rien ne justifient.
La citoyenneté c’est d’abord et avant tout le respect de la loi, le lieu ou la croyance politique fait foi…

On aura compris, qu’en l’espèce, ce n’est précisément pas la personne de Mustapha Ramid qui a retenu les éléments d’appréciations de cette analyse. Le PJD n’arrivera à l’âge adulte que le jour où il se frayera son propre chemin, sans vouloir le calquer, à tout prix, sur l’USFP d’antan . Ce dernier avait fait sa mue et clarifié sa ligne idéologique en 1975, lors d’un congrès extraordinaire. « L’option démocratique » dans le cadre des institutions l’avait emporté. Avec, presque dix ans d’expérience, à l’épreuve du pouvoir gouvernemental ; le PJD devrait retenir que le moment est arrivé pour avancer sans que la politique et la religion ne s’entremêlent.

Une vague à l’âme, d’un titre invoqué par un parti qui croit à son existence métaphysique, alors qu’en réalité il n’existe pas. Le champ religieux appartient à d’autres sphères qui le protège sans ne l’en imposer en tant que système totalitaire.

Rachid Idrissi Kaitouni

Article19.ma

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