Par Ali Bouzerda

« Etre homme politique, c’est être capable de dire à l’avance ce qui va arriver demain, la semaine prochaine, le mois prochain et l’année prochaine. Et d’être capable, après, d’expliquer pourquoi rien de tout cela ne s’est produit », disait Winston Churchill.

En d’autres termes, un dirigeant politique doit maintenir une communication permanente avec les citoyens, les éclairer et tenter de prédire l’avenir au risque de se tromper et non de cultiver le flou artistique comme le font certains chez nous, à commencer par le chef de l’Executif.

D’ailleurs, je me suis rappelé de la sagesse de Churchill en relisant des tweets de M. Saad Eddine El Othmani. Dans l’une de ses petites « perles », M. El Othmani explique à ses followers l’effort consenti par l’Executif pour rapatrier 1.400 Marocains bloqués à l’étranger, sur un total de 32.000 éparpillés à travers le monde et qui poireautent sans nouvelles, depuis le mois de mars dernier.

« Le gouvernement a accordé une attention particulière au dossier des Marocains bloqués, et ce, selon un travail exemplaire, par le biais du ministère des Affaires étrangères ou des consulats et ambassades, et en une semaine, 1400 d’entre eux sont rentrés d’Algérie et d’Espagne et des villes de Ceuta et Melilla. À partir d’aujourd’hui (mardi 16 juin), le rapatriement de Turquie à débuté avec une moyenne de trois vols par jour », explique-t-il.

M. El Othmani veut imiter Donald Trump, qui lui, a quotidiennement pas moins de 80 millions de followers à travers la planète. Et c’est de bonne guerre, sauf que notre chef de l’Executif passe son temps à reproduire l’info déjà publiée par la MAP, notamment les bulletins quotidiens de la situation épidémiologique au Maroc, avec le nombre de cas confirmés de coronavirus (Covid-19), les décès etc…

Les messages sont souvent publiés tard dans la soirée et les lecteurs se demandent parfois où se situe la valeur ajoutée de l’auteur par rapport à ce qui est déjà diffusé sur les sites d’info en temps réel. Il faut dire qu’entre nombrilisme et communication politique, les followers se perdent en conjectures.

Revenant une autre fois à l’homme d’État britannique, Winston Churchill qui rappelait souvent à ses assistants cette maxime : « La critique peut être désagréable mais elle est nécessaire. Elle est comme la douleur pour le corps humain : elle attire l’attention sur ce qui ne va pas ».

Et ce qui ne va pas en fait, c’est que M. El Othmani ne répond jamais aux urgentes questions des citoyens ni de tenter de donner quelques indications ce qui va se passer sur le plan politique ou socio-économique dans les jours, les semaines et les mois à venir. Oualou!

Il a fallu trois mois, jour pour jour, avant qu’une partie des Marocains bloqués à l’étranger soit informée du début de l’opération de rapatriement. Lors de son speech devant les élus du peuple sur cette question, El Othmani est resté très vague, plutôt sans voix, mais une fois l’opération de rapatriement lancée, il surfa sur la vague et démarra sa flûte du fin fond du Souss pour nous dire « al-aam zinnn » (tout va bien).

Rappelons, qu’auparavant, il ne cessa de dire à qui veut l’entendre : soyez patients !

M. El Othmani, la patience, cette qualité précieuse dont vous parlez chaque fois pour tenter de susciter l’espoir, est devenue en fin de compte, rare, très rare même, par les temps qui courent.

Le citoyen marocain est par nature très patient mais avec la pandémie du coronavirus (Covid-19) et du confinement qui n’a que trop duré d’ailleurs, commence à perdre totalement confiance dans votre discours.

Les gens ont besoin d’une visibilité à court et moyen-terme sur les questions cruciales relatives entre autres à la santé, l’emploi, l’éducation et les perspectives de la croissance économique dans un monde en mutation permanente et au moment où les riches nations occidentales se replient sur elles-mêmes.

Il faut se rendre à l’évidence que l’ère du post-confinement est annonciatrice d’incertitudes, notamment sur le plan international. La coopération classique changera de fond en comble, on verra sans nul doute, si on est toujours en vie, une concurrence déloyale s’installer avec de nouvelle règles et de nouveaux protocoles.

Le bras-de-fer Trump – Xi Jinping n’est que la partie émergente de l’iceberg de ce que sera le monde de demain, plus agressif, plus violent et indifférent. Seule une vision claire, un discours rationnel et sans démagogie pourraient mobiliser les gens et les motiver dans véritable élan de solidarité afin de relever les défis en temps de crise, rien d’autre…

En parlant « d’être en vie », je faisais allusion à cette histoire insolite d’un chercheur américain, Paolo Tagaloguin, qui s’est basé sur un calendrier Maya pour prédire que « la fin du monde » serait pour le 21 juin 2020, autrement dit un dimanche (jour du soleil).

M. El Othmani, il serait intéressant de nous éclairer dans vos précieux tweets sur cette question par exemple, surtout qu’on raconte que vous êtes « le fqih sage et éclairé » au sein du parti de la Lampe.

Pour les autres questions relatives à quand la disparition du Covid-19 de notre quotidien, ou le retour à la normale avec l’apparition de millions des touristes étrangers sur les plages de notre beau pays ou la bousculade des investisseurs du Golfe aux portes du Royaume, il me semble que c’est trop vous demander?

Mais vous ne risquez rien de nous informer sur le fond de votre pensée, nous simples citoyens. D’ailleurs, qui ne risque, ne gagne rien, dit-on.

Article19.ma

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