Par Samir aitohou*

Voici deux concepts que le langage courant a souvent tendance à mêler et à confondre. Pourtant, en philosophie, rappelons le, ces deux termes sont bien différents et appartiennent à des champs philosophiques bien distincts. Le bon, qui pourrait être aussi synonyme du bien, se définit en opposition au mal. Il se rattache théoriquement à une partie de la philosophie que l’on appelle l’axiologie. Celle-ci réfléchit en terme de valeurs et de principes, autrement dit, elle tente de définir et de distinguer les bons comportements des mauvais, ceux qu’il faut adopter pour embrasser la vertu ( le bien ou le bon), et ceux qu’il faut éviter pour fuir le vice (le mal).

Dixt Spinoza, le bien ou le bon  » est tout ce qui permet de persévérer dans l’être « . Autrement dit, est bien tout ce qui aide l’homme à garder sa survie, à vivre aussi longtemps possible. En revanche, le mal est tout ce qui menace et met en péril la vie des individus, par exemple, les guerres, la faim, les maladies…..

Cette définition dualiste et dialectique du bien et du mal traduit non seulement l’idée que le « bien et le mal  » n’est existent que d’un point de vue purement humain, mais aussi et surtout elle traduit la réalité de la vie humaine qui n’est rien d’autre qu’une tension permanente entre les forces magnifiques ( le bien) et les forces maléfiques ( le mal), l’Eros et le Thanatos…

Concernant la notion du beau, elle appartient , quant à elle, à un autre champ philosophique à part entier, en l’occurrence, l’esthétique. Cette dernière se définit comme une théorie du beau et une réflexion critique et philosophique sur la beauté. Le beau s’oppose généralement au laid. C’est un concept d’origine artistique. Ainsi parle-t-on du beau quand il s’agit d’une oeuvre d’art. Soit en littérature, en peinture , voire à propos de la musique aussi.

En effet, on est porté, dans notre quotidien, à qualifier du beau toute une infinité d’objets et de situations. On porte des jugements de valeur sur le monde extérieur en proportion des impressions et des sentiments qu’il nous inspire. Tout le monde est capable de juger beau ce qu’il trouve tel, cependant, c’est une entreprise parfois difficile de justifier et d’argumenter une telle affirmation. Il ne suffit pas de dire d’un tableau artistique, d’un poème… qu’il est beau, faut-il encore être apte à justifier ce qui fait cette beauté devant laquelle on s’émerveille !

Les individus ordinaires que l’on met souvent devant un tel énorme défi de justifier leurs goûts et leurs jugements se perdent généralement dans des explications vagues et confuses. Ils se contentent ainsi de juger les objets d’après la première impression qu’ils leur inspirent ,sans pour autant qu’ils soient capables d’approfondir leur analyse et leur réflexion sur les phénomènes qui les entourent.

Disons d’emblée que le beau est tout ce qui s’adresse et charme l’âme. La beauté est d’ordre spirituelle, elle est une élévation de l’âme du celui qui la regarde et la contemple. Mais encore une fois qu’est ce qui contribue et préside à cet enchantement de l’âme ? Qu’est ce qui fait d’un objet perçu une source d’émerveillement pour l’âme et le coeur ?

Le philosophe Kant s’est beaucoup intéressé à la question de l’esthétique, et à fortiori, à celle du beau. Selon lui, le beau est d’abord  » ce qui se suffit à lui-même « . Autrement dit , le beau est ce qui n’a pas de fin qu’en lui-même, il est, si j’ose dire, sa propre fin. Un objet est donc beau du moment qu’il n a aucune finalité en dehors de lui-même, le beau n’est pas à proprement parler instrumental, fonctionnel, il est plutôt, comme dirait Todorov,  » autotélique ».

Il est , ontologiquement parlant, à la fois sujet et objet de lui-même.

Eu égard à cette définition kantienne du beau, dieu serait donc le plus beau de tout. D’ailleurs, les religions nous enseignent aussi à leur façon que dieu est une entité enfermée sur lui-même. En d’autres termes, son existence n’est pas motivée par une certaine fin extérieure, c’est ce que affirme à ce propos les différents qualitatifs qu’on lui attribue souvent à savoir qu’il est  » sujet et objet  » de lui-même, il est « la cause causée  » et  » la cause causante….. »

Delà alors l’idée que tout ce qui est beau est essentiellement divin. Le beau et le divin sont indissociablement liés voire ils sont l’avers et revers de la même réalité. Dieu se manifesterait alors dans toutes les oeuvres d’art. Il est, dirions – nous, omniprésent dans les vers d’un poème, dans les couleurs d’une toile, et dans les notes d’un morceau du musique…ou disons mieux, dieu c’est l’art, et l’art c’est dieu…et chaque oeuvre d’art est une manifestation de dieu ,est une Épiphanie !

Tout bien considéré, on peut conclure cette réflexion en rappelant que la notion du bon et du beau traduisent deux réalités divergentes et appartiennent même à des univers philosophiques bien différents. Le premier est du ressort de l’axiologie ou de ce que l’on appelle aussi l’éthique. Il nomme tout action ou attitude conforme à la vertu. Mais qu’est ce que la vertu si ce n’est tout comportement qui vise et favorise non seulement le bien être de chacun ( Spinoza) , mais surtout du maximum d’individus ( la vision utilitariste et pragmatiste ).

Dès lors le bon, le bien, serait par définition, contrairement au beau, transcendant en ce qu’il n’existe que par et pour la finalité extérieure à laquelle il est destiné ( la conservation de la vie des individus). En revanche, le beau se situerait plutôt dans l’ordre de l’immanence, il n’existe que par et pour lui-même, il est, si l’on peut dire, désintéressement.

*Par Samir aitohou
Chercheur

Article19.ma

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