Focus. L’agence de presse américaine Associated Press (AP) a consacré un article à la communauté juive du Maroc pendant la crise sanitaire due au nouveau coronavirus dont voici la traduction de l’anglais:

Lorsque le téléphone a sonné, le deuxième jour de Pâques, le rabbin Chabad-Loubavitch Levi Banon a pensé que c’était une urgence.

Les appareils électroniques étaient interdits pendant les fêtes religieuses. Tout appel ne pouvait donc être qu’une urgence. Et c’en était un.

Le rabbin Sholom Eidelman, son parrain et un dirigeant juif de longue date dans le pays musulman du Maroc, était décédé après avoir contracté le nouveau coronavirus. C’était le deuxième décès dû au virus en autant de jours, a indiqué Banon. Une fois de plus, il a quitté sa maison pour conduire les funérailles.

Il y a eu plusieurs funérailles depuis que le nouveau coronavirus a frappé, au début de l’épidémie au Maroc, une communauté juive qui n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était numériquement autrefois.

« Il y a beaucoup de personnes âgées dans la communauté. Ce qui est très alarmant », a expliqué Banon.

Certains jours ont enregistré plus d’un mort du coronavirus, a-t-il ajouté. Un enterrement effectué en vitesse comptait deux cercueils, de personnes sans lien de leur vivant, mais uni dans la mort, toutes les deux frappées par le virus.

À un moment, Banon a accueilli deux enfants parce que leurs parents étaient hospitalisés. Il a également dû réconforter un jeune homme après la mort de son père alors que sa mère était hospitalisée.

« Nous avons été très durement touchés parce que nous sommes une famille et maintenant nous travaillons tous très, très dur pour rester confinés et pour rester séparés », a affirmé Banon.

Serge Berdugo, président du Conseil des communautés juives du Maroc, a déclaré que 12 membres de la communauté sont morts dans le pays entre fin mars et fin avril après avoir contracté le virus. C’est près de 6% des 206 décès liés aux coronavirus annoncé le 2 juin par le Maroc, un pays d’environ 36 millions d’habitants.

Comme de nombreux pays arabes à majorité musulmane avec des communautés juives autrefois florissantes, le nombre de Juifs au Maroc a diminué. Roy Mittelman, directeur du programme d’études juives au City College de New York estime qu’elle est aujourd’hui d’environ 1.500 personnes, principalement dans la ville de Casablanca. Quant à Berdugo il estime le nombre de Juifs dans le Royame à environ 2 500.

La présence juive au Maroc remonte à au moins 2000 ans, avec une grande vague d’arrivées à la suite de l’Inquisition espagnole, selon Mittelman. La communauté comptait environ 270.000 personnes avant la création d’Israël en 1948 et des vagues de départs provoquées par des tensions géopolitiques, des guerres arabo-israéliennes et des périodes d’incertitude, a-t-il précisé.

À Casablanca, la communauté qui reste dynamique. La ville compte environ 15 synagogues fonctionnelles et 5 restaurants cashers, a déclaré Berdugo, ambassadeur iténérant du roi du Maroc.

Les responsables et les dirigeants de la communauté louent la vie des Juifs au Maroc comme un modèle de coexistence entre Juifs et musulmans et un témoignage d’un pays avec un riche héritage. Ils évoquent les rénovations qu’ont connues les sites juifs, qui attirent les touristes entre autres, et une reconnaissance constitutionnelle depuis 2011 de l’héritage « hébraïque ».

Alors que « les moments de tension » peuvent être déclenchés par des conflits au Moyen-Orient, ils ont tendance à exploser rapidement, a déclaré Vanessa Paloma Elbaz, associée de recherche à l’Université de Cambridge, qui a également recueilli les histoires orales de Juifs marocains.

À Rabat, David Toledano, président de la communauté juive de Rabat, d’une centaine de personnes, a affirmé avoir perdu un « ami proche » et un « pilier de la communauté » à Rabat à cause du virus.

L’homme décédé dirigeait le seul restaurant casher de Rabat, les rites funéraires juifs, aidait la synagogue et appelait souvent les autres à être présents aux services. « Il aimait chanter et diriger, sa perte est grande », a-t- il ajouté.

Quant à la raison pour laquelle le virus a frappé la communauté, elle a été dès le début sujette à controverse.

Berdugo estime que les infections avaient commencé lors d’un mariage juif dans le sud, avec des personnes venant de France. Quelques jours plus tard, un rassemblement de Pourim dans une synagogue de Casablanca, en présence de quelques invités du mariage, a probablement contribué à propager le virus, a-t-il explique.

Pourim, célébrée en mars dernier, célèbre le sauvetage des Juifs d’un massacre dans l’ancienne Perse.

Banon rejette les théories selon lesquelles n’importe quel événement pourrait avoir contribué à la propagation des infections.

Lors d’une célébration différente de Pourim organisée par la Jeunesse Chabad du Maroc dont Banon est le directeur, les présents parés de costumes pour l’occasion ont enfilé des gants pendant qu’ils dansaient, a-t-il déclaré. Des gels d’alcool ont été distribués et les gens sont restés « plus espacés que d’habitude » dans une tente « très spacieuse et très aérée », a-t-il dit.

Le rassemblement a eu lieu avant que le Maroc n’annonce plus tard en mars l’urgence sanitaire, restreignant les déplacements à travers le pays. Il a attiré environ 400 à 500 personnes, a déclaré Banon ajoutant: « Nous avons pris toutes les précautions.

Moroccan Jewish community members kiss Torah scrolls as they attend prayers at Casablanca’s Great Synagogue during ceremonies marking the end of the religious festivities, 05 October 2007. Moroccan Jews and Muslims respectively celebrate a month of religious festivities. AFP PHOTO / ABDELHAK SENNA (Photo credit should read ABDELHAK SENNA/AFP via Getty Images)

Le virus a terni les fêtes de Pâques

Normalement, Toledano accueille de jeunes Américains au Maroc pour apprendre l’Arabe pendant les vacances. Cette année, il les a passé seul avec sa femme. Comme beaucoup dans la communauté, ses enfants sont partis étudier à l’étranger et ont depuis commencé une nouvelle vie là-bas.

À Casablanca, le rabbin Jacquy Sebag a passé Pâques dans un hôtel après sa sortie d’un hôpital où il a été traité contre le Covid-19. Dans sa solitude, il réfléchit. L’essentiel, a-t-il dit, est de comprendre que « seul Dieu le tout-puissant conduit et dirige son monde » et de « faire de notre mieux pour les autres, Juif ou non Juif cela n’a pas d’importance ».

Pâques était dans l’esprit de Rabbi Eidelman. Il voulait s’assurer que l’aliment de base des fêtes connu sous le nom de « shmurah matzah » soit importé à temps de France, a souligné Banon.

Né en Russie soviétique, Eidelman vivait au Maroc depuis 1958 comme émissaire de Chabad-Loubavitch, un mouvement juif hassidique orthodoxe.

Pour son travail de mentorat et de formateur des rabbins, des juges rabbiniques et des abatteurs casher, Eidelman est devenu connu parmi les étudiants comme « le rabbin des rabbins », a indiqué Banon.

« Les grands rabbins de différents pays et les rabbins de nombreuses communautés différentes dans le monde sont ses élèves. Il a passé son temps à travailler et à accréditer les autres », a fait savoir Banon.

Au milieu de la perte, Banon tire son courage de la solidarité d’une communauté soudée.

« Nous pleurons en ce moment et nous espérons de meilleurs jours. »

Article19.ma

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