Par Ali Bouzerda

« Qui sème le vent récolte la tempête », disait Nezami Gandjavi, poète perse du XIIe siècle. L’explosion de la colère des afro-américains à Minneapolis et dans les grandes villes américaines y compris Washington était prévisible depuis l’élection controversée en 2016 d’un milliardaire de droite, arrogant, sexiste et imbu de sa personne.

Avant même de débarquer à Washington, Donald Trump ne cachait pas ses accointances avec les suprémacistes blancs, son mépris pour les gens de couleur et ceux qui dérangent à commencer par les journalistes.

Lors de ses points de presse à la Maison Blanche, en pleine crise sanitaire de Covid-19, ses « kick boxing » oraux et polémiques notamment avec les reporters des chaînes TV, pour imposer son point de vue coûte que coûte, est devenu un show médiatique qui n’amuse plus personne. Du jamais vu dans l’histoire des États-Unis d’Amérique.

Cette Amérique, où le 1er Amendement de sa Constitution qui remonte à 1789 garantissant sans ambiguïté « la liberté de la parole ou de la presse, ou le droit qu’a le peuple de s’assembler paisiblement et d’adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts » est devenue, sous le mandat de Trump pendant ces quatre dernières années une image caricaturale de la démocratie où ces droits sont bafoués sans scrupules.

Une séquence surréaliste. Ce vendredi 29 mai, Omar Jimenez, un journaliste noir et latino, de la prestigieuse chaîne CNN, a été arrêté avec son équipe pendant qu’ils couvraient les manifestations à Minneapolis, en réaction à la mort de l’afro-américain Georges Floyd lors de son arrestation par trois policiers blancs. Son décès est survenu après avoir été asphyxié sous le genou de l’un policiers et qui par hasard la scène a été filmée par une passante.

Poliment le reporter de CNN, qui était toujours en live, demanda au policier qui était en train de le menotter sans raison apparente : « Pourriez-vous me dire pourquoi je suis arrêté, monsieur ?”

Face au silence du policier blanc, une journaliste de la chaîne d’Atlanta commenta alors les images en direct : « Vous regardez notre correspondant en train d’être arrêté par la police, dans le Minnesota, nous ne sommes pas sûrs pourquoi il est arrêté ».

La police procéda immédiatement à l’arrestation du cameraman et du producteur de CNN qui accompagnaient Omar Jimenez pour la simple raison : ils faisaient leur travail de journalistes.

Cette scène kafkaïenne n’a pas eu lieu en Birmanie sous junte militaire mais bel et bien en Amérique et suivie par des millions de téléspectateurs à travers la planète.

Kafka s’est retourné dans sa tombe, dit-on.

In fine, n’est-ce pas le résultat d’une gestion chaotique d’un pays par un mégalomane, qui autrefois était le porte-flambeau de la démocratie et de la liberté? L’Amérique osait donner des « leçons de morale » aux autres pays, notamment ceux de l’Est et du Sud où cette « liberté » était un luxe qu’ils estiment pouvoir s’en passer.

Le « Hirak » que connaît l’Amérique depuis la mort Georges Floyd va-t-il enfin rétablir l’ordre naturel des choses et mettre fin au simulacre de démocratie, à la dictature de l’argent et des argentiers qui étouffent ce monde; et que « par accident » la pandémie de coronavirus (Covid-19) n’a fait que dévoiler au grand jour?

Soyons optimiste et souhaitons que l’Amérique de la statue de la liberté ne doit plus rimer avec « Amerika » de la chanson du groupe allemand Rammstein.

Amen!

Article19.ma

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