Par Nabyl Lahlou

Lorsqu’il m’arrivait de sortir de chez moi pour aller faire ma petite marche quotidienne, je tombais très souvent sur Danielle Essakali, inséparable de sa toute petite chienne Foly à qui elle offrait une balade entre la Place du Chili et le parvis de la Cathédrale en passant par la rue Henri Dunant.

La rue Henri Dunant a été débaptisée, il y a une quinzaine d’années, pour être rebaptisée du nom de Benchekroun. Mais à l’occasion de la visite du pape dans notre pays, le 30 mars 2019, la rue Benchekroun, qui longe la façade arrière de la Cathédrale, a été très vite rebaptisée du nom de son premier locataire Henri Dunant.

Les choses reviennent comme au temps du protectorat.

C’est dans la rue Henri Dunant rue où j’habite que je rencontrais Danielle Essakalli, toujours accompagnée de Foly.

Nous échangions rapidement des propos qui n’étaient jamais gratuits car nous avions toujours été, et ce depuis plus depuis 1972, des personnes à l’esprit critique. Parfois, nous nous trouvions sous le balcon du premier étage de l’immeuble où j’habite avec mon épouse la comédienne Sophia Hadi. Alors, je l’invitais à monter prendre un thé et à continuer notre discussion.

Nous parlions avec la même passion et rage qui nous animaient dans les années 70, moi en tant qu’homme de théâtre et cinéaste, elle, comme journaliste et personne impliquée dans les actions sociales. Nous parlions denotre pays et prenions son pouls pour mesurer le niveau de la liberté et du respect de la liberté d’expression.

Parfois, le souvenir de Larbi Essakalli planait au dessus de nos têtes. Alors, avec la dose nécessaire d’une douce et belle nostalgie, ainsi que celle du respect de la mémoire, je lui parlais de Larbi que j’avais connu à Paris quand j’avais une vingtaine d’années. Il a été un grand journaliste en avance par rapport à son temps. Sa droiture et son sens de l’honnêteté journalistique ne pouvaient lui permettre de cohabiter avec les médiocres. Danielle en sait plus que moi à ce sujet, elle qui a été aussi journaliste.

En 1973, quand je fus méchamment saboté par monpropre collaborateur et des bureaucrates français,relevant du Service Culturel de l’ambassade de France à Rabat, Danielle Essakalli m’ouvrit les colonnes de Maroc Soir et j’ai pu m’exprimer librement dans une très longue interview qui prenait plus de la moitié d’une page. J’ai pu parler de la vision que j’avais du spectacle Que Molière pour lequel j’avais choisi Abdallah Stouky pour le choix des extraits de quelques pièces de Molière, et Farid Belkahia pour la scénographie.

Parfois, alors que nous bavardions sous le balcon, Danielle demandait à voir Sophia et montait la saluer.Elles s’entendaient très bien.

Malgré le temps qui passe si vite, je pensais toujours qu’en sortant faire ma petite marche quotidienne,j’allais tomber sur Danielle et Foly. Rien. Pas de Danielle. Pas de Foly. Ni à la place du Chili, ni dans la rue Henri Dunant, ni dans la rue Abou Inane Marini où elle habitait à une quarantaine de mètres de l’Institut français de Rabat.

Qui pouvait penser, moi qui pensais la revoir pendant ma promenade quotidienne , qu’elle était, depuis plusieurs semaines, à la Maison de retraite de Rabat.Impossible pour moi de l’imaginer à la Maison de retraite car Danielle n’était ni vieille ni vieillissante ni malade ; elle se portait très bien et était pétillante de vie.Avec la venue du confinement, il était quasiment impossible de lui rendre visite.

Aucune nouvelle de Danielle Essakalli pendant plus de trois mois, jusqu’au soir du mercredi 27 mai quand Sophia reçut un message lui annonçant son décès
Aujourd’hui, au cimetière musulman qui se trouve derrière Marjane à Hay Riad, Danielle a été enterrée en présence de son fils Othmane Essakali et quelques amis, dont Sophia Hadi et Fouad Bellamine.

Très bonne nuit, Danielle. Dors bien.

Rabat. Vendredi 29 mai 2020

Article19.ma

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