Donner avec le cœur et la foi

Dr Mohamed Chtatou

Donner avec le cœur et la foi

Donner généreusement aux pauvres et soutenir sa religion est inestimable pour son développement personnel, car cela permet de cultiver l’habitude de vivre pour le bien des autres. L’aumône profite également à la société en redistribuant les richesses aux plus démunis. Elle permet aux personnes riches de pratiquer la vertu, en offrant leur richesse au profit du bien public (voir philanthropie).

L’aumône est la pratique générale des dons de charité aux pauvres ; elle est basée sur un certain nombre d’enseignements religieux. Dans les religions abrahamiques, l’aumône est donnée à titre de charité au profit des pauvres. Dans le bouddhisme, les aumônes sont données par les laïcs aux moines pour encourager la vertu laïque, le mérite et les bénédictions et pour assurer la continuité monastique. L’aumône était une pratique courante dans le monde antique, qui s’étendait de la Grèce à la Chine, de donner une partie de son profit ou de son butin de guerre pour les nécessiteux ou une bonne cause.

“Donner“ dans les religions

Pour les musulmans, le mois du Ramadan, n’est pas seulement un mois de jeûne de l’aube au crépuscule, mais aussi un mois qui rappelle à tous les musulmans une obligation essentielle de l’Islam : « donner » !

D’ailleurs, le « don » en tant que devoir religieux fait partie intégrante de toute religion. Dans certaines religions, le « don » est obligatoire et dans d’autres, il est volontaire. En outre, certaines religions comme l’hindouisme et le christianisme n’ont pas de directives spécifiques pour la charité, alors que la charité dans le bouddhisme, l’islam et le sikhisme est guidée par des codes explicites.

Par exemple, dans le bouddhisme, le dana (« donner ») doit être exécuté de trois manières spécifiques :

  • (i) « donner » aux nécessiteux, par exemple en aidant les pauvres, les orphelins, etc. ;
  • (ii) donner à des égaux, par exemple en donnant à des amis et/ou à des voisins ; et enfin,
  • (iii) donner à des personnes vénérables telles que des parents, des moines, etc. en signe de gratitude ou de respect pour leurs contributions aux familles et à la société.

L’aspect le plus important de dana ou de l’offrande est que l’on doit donner sans rien demander en retour.

De même, dans l’Islam, le Saint Coran (16 : 90) incite les croyants à donner :

Certes, Allah commande l’équité, la bienfaisance et l’assistance aux proches. Et Il interdit la turpitude, l’acte répréhensible et la rébellion. Il vous exhorte afin que vous vous souveniez

إِنَّ اللَّهَ يَأْمُرُ بِالْعَدْلِ وَالْإِحْسَانِ وَإِيتَاءِ ذِي الْقُرْبَىٰ وَيَنْهَىٰ عَنِ الْفَحْشَاءِ وَالْمُنْكَرِ وَالْبَغْيِ ۚ يَعِظُكُمْ لَعَلَّكُمْ تَذَكَّرُونَ

Il insiste aussi sur le fait que les nantis aident les démunis par le biais de la sadaqa (charité) et de la zakât, « aumône légale » qui est le troisième des piliers de l’islam après l’attestation de foi et la prière. Cette dernière étant un impôt obligatoire sur la pauvreté, qui s’ajoute à la sadaqa

Dans l’islam, le « don » doit également être discret et sans attente. En outre, le prophète Mohammed (que la paix soit sur lui), est allé plus loin et a traité le « don » non seulement comme un devoir religieux mais aussi comme une manifestation d’une société morale quand il a dit :

« Administrer la justice (insâf) entre deux personnes est une charité et que les croyants sont comme une seule personne ; si son œil est douloureux, tout son corps l’est aussi, et si sa tête est douloureuse, tout son corps l’est aussi« ,

Ce qui implique que les sociétés islamiques doivent être construites sur le principe de l’insâf, pour favoriser des arrangements sociaux où le « don » devient une norme et non un devoir.

L’aumône : devoir ou liberté ?

Dans le sikhisme, le don est guidé par le dasvandh ou dasaundh, qui signifie littéralement « dixième » ou un dixième des revenus des individus qui doit être donné pour les ressources communes de la communauté. Offrir de la nourriture gratuite aux affamés est une pratique sikhe courante et ils donnent aux nécessiteux, sans aucun préjugé, religieux ou autre.

L’aumône et la charité

Chez les juifs :

Dans le judaïsme, la tzedakah – un terme hébreu qui signifie littéralement « droiture » mais qui est communément utilisé pour signifier « charité » – fait référence à l’obligation religieuse de faire ce qui est bien et juste. La tzedakah contemporaine est considérée comme la continuation du maaser ani biblique, ou d’une dîme pauvre, ainsi que des pratiques bibliques qui consistent à permettre aux pauvres de glaner dans les coins d’un champ, de récolter pendant la shmita (année sabbatique), et d’autres pratiques. La tzedakah, ainsi que la prière et la repentance, sont considérées comme des moyens d’améliorer les conséquences des mauvais actes.

Dans le judaïsme, la tzedakah (charité) est considérée comme l’une des plus grandes actions que l’homme puisse accomplir. Les fermiers juifs doivent laisser les coins de leurs champs aux affamés pour qu’ils puissent y récolter de la nourriture et il leur est interdit de ramasser le grain qui s’est échappé pendant la récolte, car cette nourriture sera également laissée aux affamés.

Le célèbre érudit et sage juif Moïse Maïmonide (1138-1204) a été connu pour avoir créé une liste de charité, dont la forme la plus juste est de permettre à un individu de devenir autonome et capable de faire la charité aux autres :

  • Permettre au bénéficiaire de devenir autonome ;
  • Donner lorsqu’aucune des parties ne connaît l’identité de l’autre ;
  • Donner lorsque vous connaissez l’identité du destinataire, mais que celui-ci ne connaît pas votre identité ;
  • Donner lorsque vous ne connaissez pas l’identité du bénéficiaire, mais que celui-ci connaît votre identité ;
  • Donner avant d’être demandé ;
  • Donner après avoir été sollicité ;
  • Donner moins qu’il ne faut, mais donner avec joie ; et
  • Donner à contrecœur.

Chez les chrétiens :

L’aumône est un acte de charité envers les moins fortunés. À l’époque apostolique, on enseignait aux chrétiens que faire l’aumône était une expression d’amour qui leur était d’abord exprimée par Dieu en ce sens que Jésus se sacrifiait comme un acte d’amour pour le salut des croyants.

L’offertoire est le moment traditionnel de la messe catholique romaine, de l’eucharistie anglicane et des services divins luthériens où l’on fait l’aumône. Certains groupes protestants, tels que les baptistes ou les méthodistes, font également l’aumône, bien que l’église l’appelle plus communément « dîmes et offrandes« . Certaines confréries pratiquent des dons réguliers à des fins spéciales appelées « offrandes d’amour » pour les pauvres, les démunis ou les victimes de pertes catastrophiques telles que les incendies de maisons ou les frais médicaux.

Traditionnellement, les diacres et les diaconesses sont chargés de distribuer ces dons aux veuves, aux orphelins et aux autres personnes dans le besoin. De nombreux chrétiens soutiennent une pléthore d’organisations caritatives qui ne revendiquent pas toutes une affiliation religieuse chrétienne. De nombreuses institutions éducatives et médicales américaines ont été fondées par des fraternités chrétiennes faisant l’aumône.

Dans l’Église orthodoxe orientale et les Églises catholiques orientales, la collecte des aumônes et des dîmes n’a été formellement unie à l’offertoire dans aucune action liturgique. Cependant, il n’est pas rare de trouver une plaque de collecte dans le narthex ou de la faire passer discrètement pendant le service.

Dans la théologie orthodoxe orientale, l’aumône est une partie importante de la vie spirituelle, et le jeûne doit toujours être accompagné d’une prière et d’une aumône accrues. L’aumône au nom du défunt accompagne aussi fréquemment la prière pour les morts. Ceux dont la situation financière ne permet pas de faire l’aumône monétaire peuvent faire l’aumône d’autres manières, comme la prière d’intercession et les actes de miséricorde.

Chez les musulmans :

Dans l’Islam, le concept de don de bienfaisance est généralement divisé en don volontaire, ou Sadaqa, et la Zakat, une pratique obligatoire régie par un ensemble de règles spécifiques au sein de la jurisprudence islamique, et destinée à répondre à un ensemble bien défini d’exigences théologiques et sociales.

 C’est pourquoi, alors que la zakât joue un rôle beaucoup plus important au sein de la charité islamique, la sadaqah est peut-être une meilleure traduction des formulations d’influence chrétienne de la notion d' »aumône ».

Donner est une action de générosité, piété et grande élévation de l’âme qui devra faire bénéficier un ensemble de personnes, d’après le Saint Coran :

[Al-Baqarah, 2 :215] « Tout ce que tu dépenseras de ta fortune sera d’abord pour tes parents, tes proches, les orphelins, les indigents et les voyageurs, et tout ce que tu feras de bien, en vérité, Dieu en a pleinement connaissance« 

يَسْأَلُونَكَ مَاذَا يُنفِقُونَ ۖ قُلْ مَا أَنفَقْتُم مِّنْ خَيْرٍ فَلِلْوَالِدَيْنِ وَالْأَقْرَبِينَ وَالْيَتَامَىٰ وَالْمَسَاكِينِ وَابْنِ السَّبِيلِ ۗ وَمَا تَفْعَلُوا مِنْ خَيْرٍ فَإِنَّ اللَّهَ بِهِ عَلِيمٌ – 2:215

Zakât islamique

La zakât est le troisième des cinq piliers de l’islam. Diverses règles s’appliquent à cette pratique mais, en termes généraux, il est obligatoire de donner 2,5 % de ses économies et de ses revenus commerciaux et 5 à 10 % de sa récolte aux pauvres. Les bénéficiaires possibles sont les indigents, les travailleurs pauvres, ceux qui sont incapables de rembourser leurs propres dettes, les voyageurs bloqués et les autres personnes qui ont besoin d’aide, le principe général de la zakât étant toujours que les riches doivent la verser aux pauvres. L’un des principes les plus importants de l’Islam est que toutes les choses appartiennent à Dieu et que, par conséquent, les richesses sont détenues par les êtres humains en toute confiance.

Le sens littéral du mot Zakat est « purifier« , « développer » et « faire croître« . Selon la char’ia, il s’agit d’un acte de culte. Nos biens sont purifiés en réservant une proportion pour ceux qui sont dans le besoin. Cette réduction, comme la taille des plantes, équilibre et encourage la nouvelle croissance.

La zakât est la somme d’argent que chaque adulte, musulman, homme ou femme, mentalement stable, libre et financièrement capable, doit payer pour soutenir des catégories spécifiques de personnes.

Cette catégorie de personnes est définie dans la sourate at-Taubah, verset 60 du Saint Coran :

« L’aumône n’est faite que pour les pauvres et les nécessiteux, et pour ceux qui les recueillent, et pour ceux dont les cœurs doivent être réconciliés, et pour libérer les captifs et les débiteurs, et pour la cause d’Allah, et (pour) les voyageurs ; un devoir imposé par Allah. Allah est Connaisseur, Sage« . (Le Saint Coran 9 : 60).

إِنَّمَا الصَّدَقَاتُ لِلْفُقَرَاءِ وَالْمَسَاكِينِ وَالْعَامِلِينَ عَلَيْهَا وَالْمُؤَلَّفَةِ قُلُوبُهُمْ وَفِي الرِّقَابِ وَالْغَارِمِينَ وَفِي سَبِيلِ اللَّهِ وَابْنِ السَّبِيلِ ۖ فَرِيضَةً مِّنَ اللَّهِ ۗ وَاللَّهُ عَلِيمٌ حَكِيمٌ – 9:60

La nature obligatoire de la zakât est fermement établie dans le Saint Coran, la Sunna (ou hadith), et le consensus des compagnons et des érudits musulmans. Allah déclare dans la Sourate at-Taubah, versets 34-35 du Saint Coran :

« Ô vous qui croyez ! Il y a en effet beaucoup parmi les prêtres et les anachorètes, qui dans le Faux dévorent la substance des hommes et les empêchent de suivre le chemin d’Allah. Et il y a ceux qui enterrent l’or et l’argent et ne le dépensent pas dans le sentier d’Allah. Annoncez-leur un châtiment très sévère. (Le Saint Coran 9 : 34).

Le jour où de cette richesse sera produite la chaleur du feu de l’Enfer, et avec elle seront marqués leurs fronts, leurs flancs et leurs dos. Voilà le trésor que vous avez enterré pour vous-mêmes ; goûtez donc les trésors que vous avez enterrés ! “ (Le Saint Coran 9 : 35).

يَا أَيُّهَا الَّذِينَ آمَنُوا إِنَّ كَثِيرًا مِّنَ الْأَحْبَارِ وَالرُّهْبَانِ لَيَأْكُلُونَ أَمْوَالَ النَّاسِ بِالْبَاطِلِ وَيَصُدُّونَ عَن سَبِيلِ اللَّهِ ۗ وَالَّذِينَ يَكْنِزُونَ الذَّهَبَ وَالْفِضَّةَ وَلَا يُنفِقُونَهَا فِي سَبِيلِ اللَّهِ فَبَشِّرْهُم بِعَذَابٍ أَلِيمٍ – 9:34

يَوْمَ يُحْمَىٰ عَلَيْهَا فِي نَارِ جَهَنَّمَ فَتُكْوَىٰ بِهَا جِبَاهُهُمْ وَجُنُوبُهُمْ وَظُهُورُهُمْ ۖ هَٰذَا مَا كَنَزْتُمْ لِأَنفُسِكُمْ فَذُوقُوا مَا كُنتُمْ تَكْنِزُونَ – 9:35

Charities Aid Foundation (CAF) et Global Giving Index (GGI)  

Pour répondre à ces questions, je me suis tourné vers les données du Global Giving Index (GGI) de la Charities Aid Foundation (CAF). Le GGI classe les pays en fonction des habitudes de « don » de leurs citoyens. Toutefois, le CAF/GGI ne produit pas de données par affiliation religieuse des pays. C’est pourquoi j’ai reconfiguré et réinterprété les derniers indices mondiaux des dons de la CAF et leur classement par pays en regroupant les pays en fonction de leurs affiliations/identités religieuses dominantes sur le plan démographique et en les regroupant sous quatre grandes religions : le bouddhisme, l’islam, le christianisme et l’hindouisme.

Les indices ont ensuite mesuré la propension à donner des citoyens de ces quatre pays comme indicateur du lien entre religion et don. J’ai également pris en compte le statut de richesse (PIB) des pays comme variable supplémentaire pour voir si les variations de richesse font une différence dans les habitudes de don des citoyens et enfin, j’ai utilisé la définition du CAF du « don » comme cadre analytique.

Définition du don selon la CAF 

Le CAF définit le « don » en termes de trois activités principales :

  • « Donner de l’argent à des organisations caritatives et/ou à des organismes » ;
  • « Donner du temps à une organisation » ; et
  • « Aider un étranger ».

Le CAF indique que les habitudes de « don » des personnes varient d’un pays à l’autre : dans certains pays, les citoyens préfèrent donner davantage aux individus qu’aux institutions, tandis que dans d’autres, ils préfèrent les institutions. Là encore, dans certains pays, les gens préfèrent donner plus que de l’argent aux organisations et aider des étrangers ou toute personne ayant besoin d’aide.

Donner l’aumône au Laos

Les habitudes de don peuvent également varier, même au sein d’un même pays. Les dons d’argent à des organisations caritatives vont de 4 % en Lituanie à 83 % à Malte ; le temps consacré au bénévolat pour des organisations va de 2 % au Cambodge (pays qui, jusqu’à récemment, était ravagé par des troubles civils meurtriers) à 61 % au Turkménistan ; et, plus intéressant encore, au Liberia, alors que seulement 8 % des personnes donnent de l’argent à des organisations caritatives, 76 % aident des étrangers (le taux le plus élevé au monde dans cette catégorie de « dons »). Les gens donnent-ils donc différemment selon leur appartenance religieuse ?

Affiliations religieuses des pays et habitudes de don

Les tendances des citoyens des nations à majorité bouddhiste, musulmane, hindoue et chrétienne sont présentées ci-dessous : Les bouddhistes donnent plus. Les enquêtes successives de l’IGC ont révélé que, conformément à leur décret religieux, les quatre principaux pays à majorité bouddhiste, à savoir la Thaïlande, le Sri Lanka, la RDP Lao et le Myanmar, qui ne sont pas riches en termes de PIB, font partie des 25 premières nations « donatrices » du monde.

Ces pays bouddhistes sont également mieux classés que plusieurs pays musulmans et européens (chrétiens) riches, à savoir le Koweït, le Bahreïn, les Émirats arabes unis et la Norvège, respectivement. Toutefois, étant donné que dans certains de ces pays bouddhistes comme le Myanmar et le Sri Lanka, où la persécution des minorités est ou a été endémique, cela signifie que leurs impressionnantes habitudes de don sont quelque peu paroissiales et ne s’étendent pas à d’autres religions et/ou ethnies. 

Les musulmans sont inégalement généreux Les nations à majorité musulmane sont moins constantes en matière de « don ». Sur les 50 nations à majorité musulmane, 5 font partie des 25 derniers donateurs et parmi ces avares, certains sont riches. Par exemple, la Bosnie-Herzégovine, la Jordanie et la Turquie sont des pays relativement riches, mais ils se classent relativement bas dans les indices de dons. Par exemple, en termes de PIB, le Koweït et les Émirats arabes unis se classent en huitième et vingt-troisième position sur 225 pays, mais ils se classent respectivement en vingt-cinquième et cinquantième position sur 145 dans les indices de « don », ce qui signifie que les habitants de ces pays donnent beaucoup moins que ce qu’ils peuvent se permettre.

Parmi les nations musulmanes riches, le Turkménistan et le Qatar se classent en tête des pays « généreux », avec respectivement 14 et 16 points, mais le classement élevé du Qatar n’est pas à la hauteur de son classement de richesse super élevé – il se situe au deuxième rang du classement mondial de la richesse. Il en va de même pour l’Iran, qui se classe 25e pour son PIB et 12e pour ses dons. L’Arabie saoudite, un pays musulman super-riche qui se classe 19ème en termes de PIB, est classée 86ème en termes d’indice de « don », en dessous de nombreux pays les moins avancés (PMA), dont le Soudan.

Le Soudan, un pays musulman pauvre, est une énigme. En termes de PIB par habitant, le Soudan se classe 178e sur 225, mais en termes d’indice de don, il se classe 43e sur 145, au-dessus de la République de Corée, de la Belgique et d’Israël. Il n’est pas clair si c’est leur religion ou leurs normes culturelles locales qui font du Soudan un pays aussi généreux. De même, l’Indonésie, autre pays musulman en développement plus riche que le Soudan et classé 16e en termes de PIB, est classé 7e dans le classement des « donateurs », devant le Royaume-Uni (8e) et le Danemark (10e).

Il n’est pas clair si c’est la religion ou autre chose qui fait que les Indonésiens, les Iraniens et les Soudanais sont si généreux ? Le Pakistan et le Bangladesh, deuxième et troisième pays musulmans en développement dans le monde, se classent respectivement aux 39e et 42e rangs du classement du PIB et aux 85e et 109e rangs de l’indice des dons, ce qui les place, et en particulier le Bangladesh, parmi les pays les moins généreux du monde.

En résumé, les comportements de « don » des nations à majorité musulmane sont quelque peu mitigés et le statut de richesse plus élevé de certaines nations musulmanes ne s’est pas toujours traduit par des habitudes de don plus importantes. En même temps, les habitudes de don élevé de certaines nations musulmanes relativement moins riches, comme l’Indonésie, et d’une nation pauvre, comme le Soudan, restent un mystère.

Une étude plus approfondie permettrait de mieux comprendre la dynamique des habitudes de « don » de ces deux pays à majorité musulmane. Un autre aspect du comportement des musulmans en matière de dons qui pourrait nécessiter une étude plus approfondie est la question de savoir si les musulmans ne donnent qu’à leurs coreligionnaires et aux institutions islamiques ou s’ils s’adressent également aux personnes d’autres confessions qui ont besoin d’aide.

Les pays « chrétiens » sont de grands donateurs, mais la plupart d’entre eux ne se considèrent pas comme des « chrétiens ». Il n’est guère difficile d’établir un lien entre le christianisme et ces nombreux pays, car la plupart des pays à majorité « chrétienne » où les gens sont nés de parents chrétiens ne s’identifient pas comme des nations chrétiennes en soi. Ils se considèrent comme des nations laïques où la religion est une affaire privée et ne joue donc qu’un rôle limité dans l’influence qu’elle exerce sur leur mode de vie.

Les citoyens de la plupart des pays d’Europe, d’Australasie et d’Amérique du Nord (principalement le Canada) – qui sont chrétiens de naissance, sont laïcs – comptent parmi les grands donateurs du monde. Les Philippines, l’un des rares pays au monde à se considérer comme « chrétien », sont fortement catholiques et les Philippins font régulièrement des dons aux églises. Ainsi, les Philippines, qui se classent au 37e rang pour le PIB, au 17e pour l’indice des dons, font de ce pays à majorité chrétienne l’un des plus grands donateurs du monde, mais leur charité va presque entièrement aux institutions chrétiennes.

Jusqu’à récemment, le Népal était le seul État hindou officiellement reconnu. Il y a quelques années, le Népal a modifié sa constitution et a fait du Népal un État laïque. L’Inde, où résident la plupart des hindous du monde (97 % de tous les hindous vivent en Inde) est, par constitution, un État laïc, bien que récemment, l’idéologie sectaire du gouvernement BJP, Hindutva, s’efforce de redéfinir l’identité de l’Inde comme « hindoue ».

Ainsi, si l’on considère l’Inde comme la nation « hindoue » de facto dans le monde, l’image que l’on obtient est qu’en termes de PIB, l’Inde se classe à la cinquième place et, selon l’indice, à la 82e place, ce qui place l’Inde « hindoue » parmi les pays du monde qui donnent le moins. En outre, comme aux Philippines et dans les quatre pays bouddhistes, la majeure partie de la charité hindoue se rend dans les temples, ce qui rend la charité hindoue quelque peu spécifique à la foi. Cependant, il existe des exceptions en Inde.

Un créneau pour donner la zakat au mausolée de Moulay Idriss II à Fès, au Maroc

Par exemple, en Inde, les sikhs, qui sont un groupe religieux minoritaire, sont des donateurs exemplaires et, plus important encore, les sikhs donnent généreusement et sans aucun préjugé, religieux ou autre. Ils aident tous les nécessiteux, au moment où l’aide est la plus nécessaire. Par exemple, il y a quelques mois à Delhi, lorsque les musulmans ont été victimes de la violence communautaire inspirée par l’Hindutva et que beaucoup ont été chassés de chez eux, les temples sikhs de Delhi ont ouvert leurs portes et offert de la nourriture à 15 000 victimes musulmanes par jour pendant une période considérable et plus récemment, lorsque COVID 19 a éclaté dans le monde entier et que l’éloignement social a obligé de nombreuses personnes à se priver de nourriture dans la plupart des régions du monde, les communautés sikhes du monde entier ont fait des heures supplémentaires pour fournir de la nourriture et d’autres produits essentiels aux nécessiteux.

Les humains sont dignes de respect

L’islam et le christianisme considèrent que chaque être humain a une valeur intrinsèque. Les humains sont dignes de respect parce qu’ils sont faits à l’image de Dieu, et pour cette même raison ils ont une dignité intrinsèque. La vie humaine est considérée comme sacrée dans les deux religions, et toutes deux considèrent la vie humaine comme ayant une valeur intrinsèque et précieuse.

 Le Saint Coran affirme que tous les enfants d’Adam ont une dignité, ce qui signifie que tous les membres de la race humaine, qu’ils soient croyants ou non croyants, sont dotés de dignité. De nombreux érudits musulmans soutiennent que la dignité humaine est un droit absolu et naturel que Dieu nous a accordé et que la dignité ne peut être enlevée ni par l’État ni par l’individu :

[Al-Maidah 5 :32] « Quiconque tue une âme, sauf pour une âme ou pour la corruption [faite] dans le pays, c’est comme s’il avait entièrement tué l’humanité. Et quiconque en sauve une – c’est comme s’il avait sauvé l’humanité tout entière“.

مَن قَتَلَ نَفْسًا بِغَيْرِ نَفْسٍ أَوْ فَسَادٍ فِي الْأَرْضِ فَكَأَنَّمَا قَتَلَ النَّاسَ جَمِيعًا وَمَنْ أَحْيَاهَا فَكَأَنَّمَا أَحْيَا النَّاسَ جَمِيعًا ۚ وَلَقَدْ جَاءَتْهُمْ رُسُلُنَا بِالْبَيِّنَاتِ ثُمَّ إِنَّ كَثِيرًا مِّنْهُم بَعْدَ ذَٰلِكَ فِي الْأَرْضِ لَمُسْرِفُونَ – 5:32

Certains érudits chrétiens affirment que l’idée d’Imago Dei est la preuve que tous les humains ont une dignité qui ne peut leur être enlevée :

[Genèse 9 :6] « Quiconque verse le sang de l’homme, par l’homme son sang sera versé, car Dieu a fait l’homme à son image« .

Donc s’il faut donner aux nécessiteux, s’il faut faire de l’aumône aux pauvres, il faut le faire dans le respect et la dignité humaine.  

Conclusion : Alors, la religion est-elle une motivation pour « donner » ? 

Oui et non. À l’exception du Myanmar, du Sri Lanka et des Philippines, la religion en soi ne semble pas être en corrélation aussi forte avec le don. De plus, certaines des nations les plus généreuses du monde semblent limiter leur charité à leur propre foi et certains grands donateurs, comme les citoyens des pays à majorité chrétienne, ne considèrent pas la religion comme un facteur d’influence.

Boîte à tsedaka (pushke) en argent, Charleston, 1820, National Museum of American Jewish History, Philadelphie.

En fait, les valeurs fondamentales de toutes les religions sont les mêmes et chaque religion souligne la vertu du don, mais ce qui fait la différence n’est pas la religion en soi, mais comme le disent les sociologues, les gens donnent lorsqu’ils se sentent bien dans leur peau et l’élément de bien-être est atteint en organisant les sociétés pour qu’elles évoluent en tant que sociétés morales – disons, basées sur les paramètres de l’insâf – qui promeuvent la justice sociale et nourrissent l’empathie mutuelle et motivent les gens à donner, sans préjugés.

Toutefois, Pour la première fois, l’Indonésie, le plus grand pays musulman du monde, du point de vue de la population (273,113,362 d’après Worldmeter en date du 11 mai 2020 https://www.worldometers.info/world-population/indonesia-population/ ), est en tête du World Giving Index de la CAF de 2018 , et ayant pris la deuxième place en 2017. Les trois notes individuelles de l’Indonésie sont restées pratiquement inchangées. Cependant, la place a été faite à la première place par le Myanmar qui tombe à la neuvième place du classement de cette année, après avoir occupé précédemment la première position depuis 2014.

La religion et la pauvreté sont deux des phénomènes sociaux et culturels les plus durables au monde. Elles ont une longue histoire mouvementée et ne sont pas séparées l’une de l’autre, mais étroitement liées : d’une part, il existe une longue tradition de pauvreté motivée par la religion ; d’autre part, donner aux pauvres est souvent considéré comme un devoir religieux. Ces dernières années, les organisations confessionnelles ont été reconnues par la recherche comme un facteur important de la réduction de la pauvreté dans le monde.

Le rôle de la religion dans la lutte contre la pauvreté est loin d’être exempt de controverses et de conflits (que ce soit au sein des organisations ou parmi leurs parrains religieux) ainsi que dans les discours théologiques au sein de ces religions. La question de savoir dans quelle mesure la religion doit être socialement active et comment cela peut être justifié au sein de la religion et de la théologie continue de faire l’objet d’un débat animé.

On peut distinguer au moins trois axes essentiels pour comprendre le lien entre religion et pauvreté :

  • Le rôle que joue la religion et l’appartenance religieuse dans le statut socio-économique des populations ;
  • Le rôle que la religion et la foi jouent dans la vie quotidienne des personnes pour surmonter leur pauvreté et dans la façon dont elles se perçoivent et perçoivent la société ; et
  • Le rôle que les organisations religieuses et confessionnelles jouent dans la lutte contre la pauvreté et l’engagement auprès des pauvres.

Vous pouvez suivre le Professeur Mohamed CHTATOU sur Twitter : @Ayurinu

La Charities Aid Foundation (CAF) est une organisation caritative britannique enregistrée. La CAF fournit des services et une assistance aux organisations caritatives britanniques et internationales et à leurs donateurs, et encourage les dons en général aux organisations caritatives. Son siège social est situé dans le parc d’affaires de Kings Hill, à West Malling, dans le Kent, avec un second bureau à Londres, à St Bride Street, EC4A 4AD.

En 1924, le Conseil national des services sociaux a créé un département des œuvres de bienfaisance pour encourager les dons. Ce département a ensuite été rebaptisé « Fonds d’aide aux organisations caritatives », tandis que le Conseil national du service social est devenu le Conseil national des organisations bénévoles (NCVO). La Charities Aid Foundation a pris son nom actuel en 1974, lorsqu’elle a été séparée du NCVO en tant qu’organisation indépendante. Ses projets comprennent le CAF Venturesome, un fonds d’investissement à haut risque, et la Charity Bank, qui est devenue indépendante en 2002.

https://www.cafonline.org/

World Giving Index (Indice des dons dans le monde)

La CAF publie chaque année une étude mondiale sur la générosité, intitulée « World Giving Index« , qui compare la plupart des pays du monde selon trois mesures :

  1. L’aide à un étranger ;
  2. Le don d’argent ; et 
  3. Le bénévolat.

Quels sont les principaux résultats de l’indice CAF des dons dans le monde de 2018 ?

  • Les dons ont augmenté dans les pays développés ; un renversement bienvenu de la baisse que nous avons constatée l’année dernière dans la plupart des pays occidentaux les mieux notés ;
  • L’écart entre les continents en matière de dons se réduit. Par exemple, il y a cinq ans, il y avait un écart de 7 points de pourcentage entre les scores de l’indice des Amériques et ceux de l’Afrique. Aujourd’hui, il n’est plus que de 1 point de pourcentage ; et
  • En 2017, davantage de personnes dans le monde ont déclaré avoir aidé un étranger et fait du bénévolat, mais la proportion de dons en argent a diminué pour la deuxième année consécutive.

https://www.cafonline.org/docs/default-source/about-us-publications/caf_wgi2018_report_webnopw_2379a_261018.pdf?sfvrsn=c28e9140_4

Restos du cœur de Coluche en France

References :

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Article19.ma

1 COMMENTAIRE

  1. en principe oui, l’Islam est le mieux outillé , et le mieux explicite qui encourage les dons , et qui incite les dons . Mais , Mais Hélas un constat mondial sur les dons et les plus généreux nous montrent le contraire , les meilleurs donateurs les plus généreux , ce sont comme , les plus généreux en dons dans le monde ce ne sont pas les Musulmans, non ce comme suit
    1) les Athées : très généreux en dons massifs et aide en nature
    2)les chrétiens très généreux en dons , et en aides grandes et massives
    3) les juifs , généreux en matériels et nature
    4) les Bouddhistes aides humaines
    5) en dernier les Musulmans en très petits dons alimentaire (petits dons uniquement)

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