Par Abdelaziz Koukass

« Le problème de ce monde est que les fous et les fanatiques se sentent toujours confiants en eux-mêmes … alors que les sages, eux, ils doutent toujours de leurs capacités! », Bertrand Russell

Le malentendu entre le Maroc et l’Algérie perdure depuis la guerre des sables (1963) autour de question de savoir qui détiendra la cuillère qui dissout le sucre dans la tasse régionale et non pas sur qui va la faire tourner. Mais les deux parties en conflit avaient de grands hommes, qui étaient même dans les pires moments sages et constituaient une soupape en évitant aux deux pays voisins une guerre directe. Malgré l’hostilité dont Houari Boumediene a fait un dogme politique dans le système algérien, il y avait entre le président et le défunt roi le fair play du grand jeu.

On peut se référer à ce qu’a dit le roi Hassan II dans ses mémoires comme hommage au président algérien, malgré leur inimitié commune, pour voir comment ils se respectaient. Dans tous ses discours, le défunt roi n’a jamais fait référence à l’Algérie par son nom sauf lorsqu’elle a été impliquée dans la bataille d’Amgala au Sahara avec ses hommes et ses armes, affirmant: « J’attends simplement que l’Algérie déclare la guerre, puis nous verrons ce qui se passera » et le conseil de la direction algérien de répondre par un communiqué rassurant selon lequel: « Il n’y a pas de guerre avec le Maroc pour le Polisario et il n’y a pas de paix avec le Maroc sans le Polisario ».

C’est pourquoi, dans la perspective de la réalisation du rêve de l’Union du Maghreb, Hassan II a reçu la direction du « Polisario » comme preuve de sympathie envers les résidents du Palais de la Mouradia.

Les émissaires du roi Hassan II au président algérien Houari Boumédiène étaient parmi ses très proches, à savoir sa sœur Lalla Aicha, son ami et conseiller Ahmed Reda Guedira, les deux généraux Medbouh et Oufqir. De même, le président algérien dépêchait Ahmed Taleb Ibrahimi ou des hommes influents de son entourage, ce qui calmait de temps en temps l’intensité de la tension et maintient les liens de communication, sinon le Maroc et l’Algérie seraient entrés dans une guerre dévastatrice et épuisante pour les deux parties.

Aujourd’hui, il semble que le niveau de jeu a considérablement baissé au point que les complications se sont accumulées et de toucher le fond avec le nouveau chef d’État algérien Abdelmajid Tebboune.

Habituellement, la guerre des communiqués et des déclarations entre le Maroc et l’Algérie était enveloppée de manière diplomatique, en ce sens que les communiqués officiels ou les déclarations des responsables des deux pays désignent l’autre par le voisin de l’ouest ou de l’est, ou par le mot « certains » ou « il y a ceux » … mais avec l’actuel président algérien les choses ont changé, avant même son accession à la présidence de l’Algérie et pendant sa campagne électorale, il a utilisé le mot Maroc dans tous ses discours et interviews sans exception, et il a continué de faire référence -sans précédent dans les relations entre les deux pays- au Souverain sans aucune réserve diplomatique que dictent les normes dans les relations entre pays même en conflit.

Pendant la guerre des sables en 1963, le président de l’époque, Ahmed ben Bella répétait sa célèbre phrase « Lamrarka hagrouna » (les Marocains nous ont méprisés) pour gagner la conscience du peuple algérien au profit de son système politique. Il n’a jamais prononcé le nom du roi Hassan II ni le nom du Maroc directement, et même pendant le règne de Houari Boumediene, il n’a pas été relevé que le président militaire ait mentionné le Maroc ou le roi aussi ouvertement. Les deux parties même en temps de confrontation militaire ont maintenu un langage diplomatique en évitant de désigner par son nom l’ennemi, sauf très rarement …

+ Le président Tebboune semble comme obsédé par le Maroc pour se détourner des problèmes internes de l’Algérie +

Par contre le nombre de fois où l’actuel président algérien a parlé du Maroc par le nom mérite de faire l’objet d’une analyse psychologique tout comme le lapsus du ministre algérien des Affaires étrangères, Sabri Boukadoum, qui a déclaré lors d’une conférence de presse conjointe avec le secrétaire général de la Ligue des États arabes Ahmed Aboul Gheit dans le cadre de la préparation du prochain sommet arabe prévu en Algérie que « les autorités algériennes ont toujours tenu à jeter l’huile sur le feu, surtout dans les relations avec le Maroc. « 

Abdelmajid Tebboune a exprimé son obsession par le Maroc avant même son accession au palais de la Mouradia. Au cours de sa campagne électorale, il a demandé au Maroc de présenter des excuses pour la fermeture des frontières. il a dit dans un langage non diplomatique : « à propos de la question de l’ouverture des frontières, je vous dis de vous excuser, les frontières n’ont pas été fermées à cause du Sahara. On ne doit pas déformer la réalité. Moi, je me souviens, j’avais de jeunes Algériens à l’université qui sont allés se promener là-bas pendant 3 jours. Ils ont été recherchés pour être expulsés et , Dieu m’en garde, c’est le peuple qui les a aidé à fuire en les emmenant jusqu aux frontières ». Et d’ajouter:  » vous, vous venez un jour où vous avez eu des actes terroristes à Marrakech, alors que les lobbys que vous avez ont été ébranlés, et vous prenez une décision pour dire je n’ai pas de terroristes … ce sont les Algériens qui sont des terroristes puis vous montez sur votre cheval et instaurer le visa et je ne sais pas quoi ». La référence est très directe à l’équitation marocaine et aux mouvements du makhzen et du sultan marocain sur son cheval.

Dans sa première déclaration après son élection à la présidence le 13 décembre 2019, Abdelmajid Tebboune a envoyé un message direct au Maroc, en le nommant et en affirmant: « la relation avec le Maroc est basée sur le respect mutuel et d’égal à égal, et personne ne peut prétendre qu’il a la tutelle sur l’Algérie ». Et de souligner lors de sa première conférence de presse après l’annonce officielle de sa victoire aux présidentielles algériennes: « je suis très sensible et au plus haut degré en matière de souveraineté nationale, et je ne pardonne à personne d’interférer ou de porter atteinte à notre souveraineté ».

Alors que le Maroc n’ait formellement rien émis de plus qu’un message de félicitation à Abdelmajid Tebboune pour son accession au palais de la Mouradia, il semble que le président algérien ne manque aucune occasion – même lors d’une interview accordée à Russia Today il y a deux semaines – sans mentionner le Maroc par son nom et l’attaquer directement même hors contexte et sans aucune raison, il est même allé trop loin dans son attaque contre le royaume en accusant, dans une interview au journal français « Le Figaro » du 19 février, ce qu’il a appelé « le lobby marocain en France » de vouloir « envenimer » les relations franco-algériennes.

En évoquant excessivement dans toutes ses déclarations officielles et dans la presse en moins de trois mois seulement,le président Tebboune semble comme obsédé par le Maroc pour se détourner des problèmes internes de l’Algérie. Mais, ce n’est pas la seule explication, car dans le chemin politique de Tebboune on trouve la véritable explication des origines de cette attaque répétée et non diplomatiques. Tebboune a commencé sa carrière en tant que fonctionnaire dans l’appareil d’État jusqu’à ce qu’il devient gouverneur puis ministre de l’Intérieur, puis de la communication, de la culture et enfin du logement avant de remplacer Sellal au poste de Premier ministre. Autrement dit, il est juste un fonctionnaire de l’administration dont la promotion politique était liée à la structure profonde du commandement militaire qui contrôle la prise de décision même après le printemps algérien. Depuis 1969, Abdelmajid Tebboune était wali de Béchar à la frontière marocaine. Par conséquent, il a gardé dans son esprit la question de la surveillance des frontières et comme s’il a toujours des problèmes avec le voisin de l’ouest, même au cœur de la capitale, à la tête du palais de la Mouradia et dirige ainsi un État comme s’il dirigeait un wilaya aux frontières à la fin des années soixante.

Et comme c’est un bon élève du disparu général Larbi Belkheir, qui était derrière la nomination par l’armée d’Abdelaziz Bouteflika et de sa désignation au poste de directeur de cabinet de l’ancienne présidence, Abdelmajid Tebboune est resté toujours un fonctionnaire administratif ou politique subalterne. Il n’avait aucune indépendance politique sous l’égide du général Larbi Belkheir qui était ambassadeur au Maroc en 2005. Ce dernier a été à l’origine de la plupart des promotions de Tebboune, dans la mesure où chaque fois que le général Belkheir était exclu du du régime, Tebboune était facilement exclu, et chaque fois que retournait Larbi Belkheir, Tebboune refait surface.

Ce parcours de fonctionnaire politique d’Abdelmadjid Tebboune dans l’appareil d’État, notamment avec Abdelaziz Bouteflika, explique pourquoi le président algérien insiste aujourd’hui à mentionner le Maroc par son nom en toute occasion et avec une hostilité claire même après le Hirak populaire. Il insiste pour courtiser l’ancienne direction militaire qui est encore aux commandes du centre des décisions politiques, la preuve en est que tous les symboles de l’ère ancienne, connus par leur forte sensibilité envers le voisin de l’ouest et à leur tête le général Saïd Changriha, qui a pris la relève en tant que chef par intérim de l’armée en succédant à Gaïd Salah. (Source: Hespress.com version arabe)

Article19.ma

4 Commentaires

  1. Le Hirak pacifiste populaire a révélé au monde entier que l Algérie etait gouvernée par une mafia qui a ruiné le pays et ,pour assurer sa pérennité a mis la moitié de ses barons derrière les barreaux Alors rien n est étonnant dans le comportement d un figurant désigné pour la presidence petri dans le système de faire feu de tout bois Par le passé, l Algérie socialiste parlait bcp de l impérialisme en etant solidaire du bloc de l Est en lutte contre les systèmes dits réactionnaires arabes monarchiques Et ils reussissait tres bien leur endoctrinement du peuple qui s est réveillé comme un tsounami et est arrivé à realiser l impensable Maintenant Tebboune essaie de trouver d autres version de diversions pour jouer la vigie qui veille à proteger le pays contre les ennemis dont le Maroc, en commettant l erreur de mettre dans le meme paquet le peuple hirakien qui se laisse manipuler

  2. Les médias marocains occupentt le peuple à dénigrer l Algérie ,mais motus et Bouches concernant Sebta, Mellilia et ses femmes-mulets.

  3. Reponse stupide:le Maroc est entrain de realiser le blocus économique en silence sur Ceuta et Melilla Les mules datent depuis l occupation française La contrebande est le pilier de l economie espagnole de ce côté Nous n avons meme plus besoin de leurs ports pour voyager et puis le Hirak a tout révélé Le pays etait pillé Le peuple algérien est un modèle pour les pays arabes J amais un pays n a été gouverné par un invalide ,handicapé integral avec une campagne electorale incarnée par un porttait geant auquel on prêtait allégeance Le ridicule ne tue guère et on depense de l’argent d apres Saadani pour une gause cause par haine et inimitié Qd tebboun declare l Algérie pays sous développé

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