Une première en France. Mme Karina Bahloul, une française d’origine algérienne, a dirigé la prière du vendredi à « la mosquée Fatima », une première manifestation publique de ce projet de mosquée totalement mixte à propos duquel la controverse ne cesse de s’amplifier au sein de la communauté musulmane en France.

Ce qui n’était qu’une idée de Kahina Bahloul, une doctorante en islamologie spécialisée dans la pensée du philosophe mystique Mohieddine Ibn Arabi, est devenue une réalité. Pour l’initiatrice de ce projet, la « mosquée Fatima » contribuera à la diffusion de « La pensée libérale »qui rétablira la considération des femmes.

Toutefois, pour des raisons de sécurité, le groupe de fidèles concerné a choisi de garder secret le lieu de prière de peur de réactions de colère contre cette initiative.

À cet égard, Kahina Bahloul a indiqué qu’elle avait « reçu de nombreuses réactions négatives, en particulier sur les réseaux sociaux », affirmant: « il y a ceux qui me menacent et ceux qui me maudissent ». Et d’ajouter: « je me concentrerai sur mon projet et mes idées » tout en rejetant « l’état d’esprit masculin oriental ».

Pour elle, l’Imamat des femmes ne constitue pas une ligne rouge, car les hadiths, les livres de l’Islam et de nombreuses références permettent à la femme de diriger la prière. Mais c’est la première fois qu’une prière mixte est annoncée au public dans une mosquée, la deuxième du genre dans la capitale française, où la fonction de l’imam est exercée par des femmes et des hommes et où les fidèles des deux sexes se côtoient.

+ Une provocation pour les musulmans +

Driss Kanbouri, spécialiste de la pensée islamique, a déclaré au site arabophone Hespres.com que « cette initiative vise à diviser les communautés arabes musulmanes, car elle cible les musulmans et porte atteinte à une religion importante, très présente en France », soulignant que « les femmes ne peuvent pas diriger la prière parce que la religion l’interdit ».

Kanbouri a ajouté que « la réforme de la religion recherchée par la France ne peut pas être une défiguration », faisant allusion au soutien des autorités françaises à cette initiative avant de souligner que « la liberté est garantie, mais il n’est pas acceptable de défigurer la religion au nom de l’ouverture. La prière dirigée par une femme est incorrecte ».

Il a relevé que « la majorité de ceux qui soutiennent de telles initiatives appartiennent à des sectes extrémistes qui cherchent à falsifier l’islam », soulignant que « la prière mixte porte une atteinte à l’islam et aux musulmans ».

+ L’islam n’interdit pas à la femme de diriger la prière+

Pour sa part, Saïd Lakhal, chercheur sur les mouvements islamiques, a estimé que « ce n’est pas la première qu’une femme dirige la prière. D’autres femmes l’ont fait, dont l’américaine, Amina Ouadoud, qui a dirigé des prières mixtes dans la mosquée, elle était la première femme à soulever cette question ».

Lakhal a considéré que « le Saint Coran place les femmes et les hommes sur un même pied d’égalité par rapport aux grandes responsabilités religieuse, politique et sociale dont le tutorat sous toute ses formes, en particulier le plus grand tutorat, et le verset coranique est clair (Les croyants et les croyantes sont alliés les uns des autres. Ils commandent le convenable, interdisent le blâmable, accomplissent la Salât, acquittent la Zakat et obéissent à Allah et à Son messager.) », soulignant que « le verset ne spécifie pas si c’est à l’homme ou à la femme qu’appartient l’Imamat, cette responsabilité est plutôt commune aux hommes et aux femmes ».

À cet égard, il a soutenu que « la jurisprudence des Bédouins, qui est imprégnée de la masculinité, a exclu la femme de la tutelle même pour son propre mariage, et encore plus de la tutelle des autres ou de l’imamat en politique, en gouvernance ou en prière », ajoutant que « le prophète avait une fois chargé Oum Waraqa de diriger chez-elle la prière des siens parmi lesquels il y avait des hommes ».

Après avoir souligné que « l’islam n’interdit pas à une femme de diriger la prière ou d’occuper le pouvoir », Lakhal a expliqué que « c’est la jurisprudence héritée imprégnée de normes sociales laquelle sous-estime les droits des femmes qui a interdit le leadership de la femme », ajoutant que « les valeurs de la démocratie et de la laïcité en France encouragent les femmes musulmanes à exercer leurs droits que ce soit dans les domaines religieux ou politique ».

L’enseignant-chercheur a estimé que « la jurisprudence a toujours interdit aux femmes de diriger la magistrature, de témoigner lors d’un procès ou d’accéder au Parlement et autres. Ceux qui refusent et critiquent ceci devraient relire le Saint Coran et l’histoire des musulmans, ils découvriront que les femmes ont occupé des postes de pouvoir et ont été chargées de prêcher le vendredi dans les mosquées ».

Article19.ma

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