Graves accusations. Et pour cause, la direction générale espagnole du Livre accorde annuellement des aides financières à des éditeurs étrangers, pour le « développement de l’édition et de la publication des oeuvres du patrimoine culturel de l’Etat espagnol en d’autres langues ».

Au Maroc, ces aides sont fournies depuis plus d’une décennie à la même entreprise d’édition « Litograf » basée à Tanger, et à ses traducteurs « D.J » et « M.K ».

Selon une enquête du journal « El Espanol.com », à l’aide de l’argent du trésor public espagnol, ces professeurs à la retraite auraient « copié sans scrupule » pendant plus d’une décennie, une multitude de traductions en arabe de classiques espagnols et livres d’histoire, déjà réalisées par leurs confrères égyptiens, syriens et libanais. Ces deux traducteurs marocains « plagiaient les oeuvres intégralement, puis les signent de leur nom », précise la même source.

De nombreuses oeuvres copiées sont de grands classiques de la langue de Cervantes, comme : « Platero et moi » de Juan Ramón Jiménez; « Mariana Pineda » de Federico García Lorca; » Le sentiment tragique de la vie » de Miguel de Unamuno; « Le oui des jeunes filles » de Leandro Fernández de Moratín, et « L’étoile de Sevilla » de Lope de Vega.

Également des essais tels que « Description de l’Afrique » de Marmol Carvajal, et deux exemplaires d’histoire de Guillermo Gozalbes Busto « Al Mandri, le grenadien fondateur de Tétouan » et « Les Maures au Maroc ».

+ La découverte du pot aux roses suite à une plainte +

Le site « El Espagnol » a eu accès à la plainte déposée en 2013 au Ministère espagnol de la Culture par « l’Association des Hispanistes du Maroc ». Elle y dénonce le monopole de cette société tangéroise, qui est la seule à recevoir des subventions de l’Espagne pour la traduction arabe.

Cependant, l’association n’a jamais reçu de réponse des autorités espagnoles concernées, révèle la même source. Depuis six ans, le même éditeur et les mêmes auteurs continuent encore de bénéficier de ces aides publiques espagnoles. La dernière remonte à l’année 2019, et s’élève à 8800 euros.

En 2014, le même éditeur a touché 16.900 des 188.000 euros dédiés à une vingtaine de pays, faisant du Maroc cle pays ayant le plus reçu d’aides, suivi du Japon et des pays de l’Europe de l’est.

En 2013, Litograf a bénéficié de 12.200 euros pour la traduction de trois livres. Et en 2015, le ministère espagnol a accordé 3.337,60 euros au même éditeur, la traduction en arabe de l’oeuvre de Guillermo Gozalbes Busto « Les Maures au Maroc ». Il s’est avéré que celle-ci est un plagiat du travail de l’égyptien Marwan Mohamed Ibrahim.

+ À Madrid, le ministère réagit enfin +

Le Ministère espagnol de la Culture a ouvert une enquête suite à l’éclatement du scandale grace aux révélations du journal « El Espanol ».

« Nous sommes les premiers intéressés si une fraude des aides de l’Etat a été commise. Si c’est le cas, il est évident que l’argent nous doit être restituer pour commencer déjà », a affirmé un représentant du ministère.

En apprenant le plagiat, le poète Antonio Gamoneda, traduit en arabe par Khalid Raissouni, a exprimé son mécontentement, « Tout cela est mauvais. Car le plagiat n’est ni plus ni moins qu’un vol ».

Le traducteur marocain Najmi Abdelkhalak a déclaré avoir « halluciné » et « presque pleuré » à la découverte des fraudes de plusieurs traductions au séminaire de l’Université Pablo de Olavide à Sevilla.

« Cela donne une mauvaise image du Maroc, il faut l’éradiquer (le plagiat). C’est pour cela qu’en Espagne, le monde universitaire ne vous considère pas comme un professionnel », s’est-il plaint à la même source.

Article19.ma

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