Les combattants de Daech, des jeunes en mal d’idéaux révolutionnaires et d’identités

Par Dr Mohamed Chtatou

L’effroyable Etat islamique -Daech- a été vaincu par la coalition occidentale-islamique à travers une combinaison de bombardements aériens et offensives terrestres entreprises brillamment par l’armée irakienne renforcée par le kurdes, les iraniens et le forces de l’Occident. Comme résultat, les villes contrôlées par cet état infâme furent reconquises et ses milices et chefs tués, emprisonnés ou ont disparu dans la nature.

Néanmoins, la question est : Est-ce que cela est assez pour écraser le fondamentalisme violent qui vise à adopter un système de gouvernance du temps des Califes, dans le sang et la terreur, et à s’engager dans la propagation de la religion musulmane à travers une combinaison de persuasion douce, prédication, et action violente, jihad, sur les terres des « infidèles » et aussi contre les impies à domicile comme à l’extérieur.

C’est quoi l’Islam politique ?

Réagissant aux événements spectaculaires et violents du 11 septembre 2001, de nombreux observateurs et décideurs occidentaux ont eu tendance à regrouper toutes les formes d’islamisme, à les qualifier de radicales et à les traiter d’hostiles. Cette approche est fondamentalement erronée. L’islamisme – ou l’activisme islamique – a un certain nombre de courants très différents, seuls quelques-uns sont violents et seule une petite minorité justifie une réponse conflictuelle.

L’Occident a besoin d’une stratégie discriminante qui tienne compte de la diversité des perspectives au sein de l’islamisme politique; qui accepte que même les islamistes les plus modernistes soient profondément opposés aux politiques américaines actuelles et déterminés à renégocier leurs relations avec l’Occident; et cela comprend que la poursuite du conflit israélo-palestinien, l’occupation de guerre de l’Iraq et la manière dont la «  guerre contre le terrorisme » est menée renforcent considérablement l’attrait des tendances djihadistes les plus virulentes et les plus dangereuses.

Pour comprendre les différents courants de l’activisme islamique, le point de départ est de distinguer l’islamisme chiite et sunnite. Le concept d ‘ « islam politique » est apparu pour la première fois à la suite de la révolution iranienne de 1979, l’activisme chiite étant alors considéré comme la menace la plus préoccupante. En fait, cependant, parce que le chiisme est la variante minoritaire de l’islam (les sunnites constituent plus de 80% des musulmans) et parce que les chiites sont généralement des minorités dans les états dans lesquels ils se trouvent, la forme la plus répandue et la plus naturelle d’activisme chiite a été la communauté.

Les mouvements politiques islamiques (al-harakât al-islamiyya al-siyassiyya), illustrés par la Société des frères musulmans en Égypte et ses ramifications ailleurs (y compris l’Algérie, la Jordanie, le Koweït, la Palestine, le Soudan et la Syrie) et par des racines locales des mouvements tels que le Parti pour la justice et le développement (Adalet ve Kalkinma Partisi, AKP) en Turquie et le Parti pour la justice et le développement (Parti pour la justice et le développement, PJD) au Maroc, dont le but est d’atteindre un pouvoir politique au niveau national. Ceux-ci acceptent désormais généralement l’état-nation, opèrent dans son cadre constitutionnel, évitent la violence (sauf dans des conditions d’occupation étrangère), articulent une vision réformiste plutôt que révolutionnaire et invoquent des normes démocratiques universelles. L’acteur caractéristique est le militant parti-politique.

Les missions islamiques de conversion (al-da’wa), qui existent en deux variantes principales illustrées par le mouvement Tablighi hautement structuré d’une part et la Salafiyya très diffuse d’autre part. Dans les deux cas, le pouvoir politique n’est pas un objectif ; l’objectif primordial est la préservation de l’identité musulmane et de la foi et de l’ordre moral islamiques contre les forces de l’incrédulité, et les acteurs caractéristiques sont dou’at (prédicateurs) et les ‘oulema (savants de la foi).

La lutte armée islamique (al-jihad), qui existe en trois variantes principales : interne (combattre les régimes nominalement musulmans considérés comme impies) ; irrédentiste (lutte pour racheter des terres gouvernées par des non-musulmans ou sous occupation) ; et mondiale (lutte contre l’Occident). L’acteur caractéristique est, bien sûr, le combattant (al-moujahid).

Toutes ces variétés d’activisme sunnite sont des tentatives de concilier tradition et modernité, de préserver les aspects de la tradition jugés essentiels en s’adaptant de diverses manières aux conditions modernes ; tous choisissent la tradition, empruntent sélectivement à l’Occident et adoptent des aspects de la modernité. Là où ils diffèrent, c’est dans la façon dont ils conçoivent le principal problème auquel le monde musulman est confronté, et ce qu’ils croient nécessaire, possible et souhaitable de faire à ce sujet.

Les islamistes politiques font un problème de la mauvaise administration musulmane et d’injustice sociale et accordent la priorité aux réformes politiques à réaliser par l’action politique (préconiser de nouvelles politiques, contester les élections, etc.). Les islamistes prédicateurs mettent en cause la corruption des valeurs islamiques (al-qiyam al-islamiyya) et l’affaiblissement de la foi (al-iman) et donnent la priorité à une forme de réarmement moral et spirituel qui défend la vertu individuelle comme condition d’un bon gouvernement ainsi que du salut collectif. Les islamistes djihadistes, par contre, soulève la question du poids oppressif des politiques et des actions militaires des non musulmans (Occident) et optent à leur annihilation pour libérer l’Islam et les musulmans de leur joug et emprise civilisationnelles.

Des musulmans français exhibant une bannière sur laquelle est inscrit « Ne touchez pas mon prophète  » dans le centre de Paris le 18 janvier 2015, en réaction à l’islamophobie grandissante en Europe. Photo par Pascal Rossignol / Reuters

Déclin de l’islamisme violent

Il est évident que la défaite militaire de la Qaeda et de L’Etat islamique n’est pas la seule raison de la défaite de l’intégrisme religieux violent. Il y a plusieurs autres raisons qui ont précipité la débâcle de l’islamisme violent et de l’intégrisme religieux dans le monde islamique et en Occident.

Il est vrai que l’administration américaine à subtilement flirter avec l’islamisme, surtout durant la présidence de Barack Obama, pensant peut-être que si les islamistes arrivaient au pouvoir démocratiquement, ils pourraient, par conséquent, être motivés par des idéaux démocratiques et abandonner l’extrémisme violent. Ainsi, le Parti de la Justice et du Développement (AKP) est arrivé au pouvoir en Turquie en 2007 et plus tard en 2012, leur image miroir (PJD) au Maroc et y sont toujours tous les deux. D’après une étude effectuée par l’institution RAND, appelé « La montée de l’islam politique en Turquie », l’AKP n’a jamais laisser paraître une idéologie extrémiste.

Néanmoins, ceci n’a pas empêcher Daesh de prendre le pouvoir et de contrôler une bande de territoire en Irak et en Syrie en été 2014 et de commettre d’horribles actes terroristes dans le monde, rappelant les moments sombres de l’humanité, au nom de l’établissement du système de califat d’antan. En tout, il faudra dire que l’islamisme modéré n’a jamais eu aucune influence sur les leaders de ce mouvement terroriste. Pire encore, ces derniers se sont servis des islamistes modérés malicieusement pour embellir leurs actions de terreur aveugle et inhumaine.

Pendant sa campagne électorale en 2016, Trump a annoncé sa disposition à combattre l’islamisme violent et à rendre les Etats-Unis un pays sécurisé de nouveau (make America safe), néanmoins cette approche fut jugée trop dure et stéréotypée et fut critiquée à gauche et à droite. Une fois élu, l’une de ces premières directives présidentielles fut le Muslim ban, un décret présidentiel empêchant les citoyens de certains pays musulmans à risque à entrer aux Etats-Unis, bien sûr pour des raisons sécuritaires.

Feu Abubakr al-Baghdadi, leader de Daech

Mais la décision américaine la plus importante était de mettre la pression aux états du Golf afin qu’ils arrêtent de soutenir ou d’arborer l’islamisme et comme résultat, le Qatar fut mis en quarantaine par ses compères du Conseil de coopération du Golfe -CCG-  et aussi, l’accélération de l’avènement inattendu de la révolution sociale et politique dans le Royaume d’Arabie Saoudite entreprise par l’hyper actif prince Saoudien Mohammed Ben Salmane -MBS-.

Parallèlement, Trump a mis une énorme pression sur MBS pour débarrasser son pays, gentiment mais surement, du Wahhabisme qui incite et alimente le fondamentalisme religieux dans le monde en utilisant les pétrodollars pour créer des sections Wahhabites dans plusieurs pays musulmans et de promouvoir l’idéologie islamiste extrême.

La révolution inattendue de Mohammed Ben Salmane

Au 18e siècle, un leader religieux du nom de Mohammed Ibn Abd al-Wahhab (1703-1792), et le patriarche d’une grande tribu d’Arabie, les Saouds, nommément Mohammed Ibn Saud qui a régné de 1727 à 1765, sont arrivés à un accord sur le contrôle de ce pays fortement tribal, ou les Saouds prendraient en main les affaires politiques et Mohammed Ibn Abd al-Wahhab s’occuperait de la propagation de l’islam fondamental connu sous le nom de Wahhabisme, une forme développée d’islam tribal qui trouve ses origines dans la religion islamique orthodoxe, mais également dans les traditions patriarcales préislamiques de la région.

Dans cette pratique religieuse les femmes sont contrôlée et écartée de la sphère publique et l’allégeance au nom de l’islam est l’aspect saillant de la vie politique. Il est important de souligner, aussi, qu’avant l’avènement de l’islam dans la région au 7e siècle, la tribu des Qoraich de la Mecque et autres tribus de l’Arabie enterraient les bébés filles vivantes pour éviter la honte liée chez eux avec le sexe féminin, néanmoins l’islam a dûment interdit cette tradition barbare, mais n’a pas pu se débarrasser des sentiments misogynes dans la région et du poids du tribalisme et de la patriarchie séculaire des tribus.

Le Wahhabisme a été décrit par les experts en religion comme un mouvement religieux ultra conservateur, austère, fondamentaliste et puritain, et comme, aussi, un mouvement de réformes islamiques pour restaurer la foi purement monothéiste et également en tant que mouvement sectaire déviant. Pendant plus de deux siècles, le Wahhabisme a été la foi dominante en Arabie Saoudite. C’est une forme austère de l’Islam qui insiste sur une interprétation littérale du Coran et qui est contre la jurisprudence progressive. Les Wahhabis strictes pensent que tous ceux qui ne pratiquent pas leur forme de l’islam sont des impies et des ennemis.

The Rock et Mohammed ben Salmane se sont rencontrés dans la demeure « bling-bling » de Rupert Murdoch à Hollywood (AFP/montage)

Incapable d’assurer la révolution sociale, tant voulue par les Américains pour affaiblir l’islamisme, à lui seul, le roi Salman a délégué cette tache dure et ardue à son jeune fils MBS, plein de vigueur et de jeunesse et éduqué en Occident. Mais le problème principal est que le pays en plus de contrer le fondamentalisme religieux doit, parallèlement, combattre, de toute urgence, des tares sociales aussi diverses que : la corruption, le népotisme, l’abus de pouvoir, l’inégalité des sexes, etc. sans oublier, bien sûr, que les forces réactionnaires et rétrogrades pourraient à tout moment se liguer pour retarder ces réformes soit par le biais d’une opposition silencieuse ou littéralement par un assassinat politique. En effet, MBS n’est pas apparu en publique en Avril et en Mai 2018 et les rumeurs avaient circulé, dans le temps, sur le net, stipulant qu’il a été tué dans un coup militaire, une affirmation niée en bloc par la monarchie et le gouvernement, par la suite.

MBS a judicieusement opté pour l’effet bulldozer pour déstabiliser ses adversaires et les forces rétrogrades. Il a commencé par libérer progressivement les femmes de la domination masculine d’antan, en leur permettant de conduire des voitures et de se rendre dans les stades de foot. Ensuite il a taclé vigoureusement la corruption parmi les princes et l’élite qui, ont de tout temps considéré cette pratique comme un droit de naissance et non un crime économique quelconque. Ainsi, il a réuni tous les hommes riches et influents du royaume et les a emprisonnés dans le Ritz Carleton Hotel et leur a soutiré de larges sommes d’argent pour alimenter la trésorerie du royaume, en contrepartie de leur liberté.

Mais en réalité, le but ultime de MBS est de ne pas supprimer les pratiques néfastes de l’élite mais de leur montrer qu’il est le maître incontesté du royaume, malgré son jeune âge dans un pays gouverné traditionnellement par des une gérontocratie, et le réformateur tant attendu par le peuple.

L’islamisme européen étouffé

Depuis les années 50 du siècle dernier, des milliers de travailleurs ont été ramenés d’Afrique du Nord, du Sahel, et de Turquie pour reconstruire l’Europe avec l’argent américain (Marshall Plan, 1948). Plus tard, les Européens leurs ont permis de ramener leur famille (regroupement familial) afin de booster leur productivité. Des enfants sont nés de cette première génération de migrants. A l’âge d’aller à l’école, ils y sont inscrits mais dû au manque d’accompagnement parental ils ont interrompu leur scolarité et sont devenus des colporteurs, ensuite des petits voleurs et enfin ont rejoint le crime organisé. En retour, les Européens n’ont plus eu d’estime pour eux, et les ont considérés comme des inadaptés sociaux. Lorsque ces enfants sont allés dans le pays d’origine de leurs parents, le bled, pour vacances, ils étaient considérés comme Européens car ils ne comprenaient pas la langue locale et la culture, et par conséquent, ils ne se sont pas senti chez eux, en fin de compte.

Ces enfants, piqué à vif dans leur honneur, se sont toujours senti apatrides et sans aucune identité définitive et ceux-ci sont, sans aucun doute, les deux éléments psychologiques primordiaux de la personnalité, sur lesquels les maîtres islamistes se basent pour les recruter, avec grande aisance. Par la suite, ils leur font un lavage de cerveau systématique et un conditionnement religieux subliminal pour qu’ils pensent qu’ils ont été choisis par Allah pour une mission qui est celle de combattre les infidèles européens et rétablir la gloire suprême de l’islam, un acte pour lequel ils seraient récompensés par le Paradis et ses plusieurs délices et délectations.

Comme acte initial de confiance et de récompense, ils reçoivent des larges sommes d’argent de la part leur recruteurs pour instaurer la confiance et créer une sorte d’accoutumance pécuniaire chez eux. Par la suite, pendant des mois ils socialisent allègrement avec des jeunes de leur âge et leur maitres religieux : diners, déjeuners et rencontres ponctués de prêches incendiaires contre les salibyouns, c’est à dire les « croisés (chrétiens occidentaux) » et leurs « serviteurs nationaux », pour instiller en eux la croyance que mourir pour Allah en martyr est la meilleure des fins dont un pieux musulman peut rêver.

Islamistes européens en pleine manifestation

L’Etat islamique a trouvé en ces jeunes gens une chair à canon idéale pour sa guerre religieuse en Occident face aux ennemis de l’Islam intégriste et violent et des recrus pour punir les gouvernements musulmans qui coopèrent avec l’Europe et les USA. Dans plusieurs des cas, le contact a été établie à travers Internet et dans des cas précis le conditionnement psychologique et idéologique fut effectué sur la toile et ensuite ils sont envoyés froidement à leur mort sur les différents fronts de guerre. Bien sur les vrais maîtres terroristes et les leaders du mouvement restent toujours dans l’ombre loin de toute action préjudiciable.

L’action terroriste de Trèbes et de Carcassonne dans la région de l’Aude du 23 mars 2018 en France, causant la mort de 4 personnes est probablement le dernier coup d’éclat de l’Etat islamique, tant que tel. C’est une action minimale revendiquée par cette organisation terroriste uniquement pour informer le monde qu’ils sont toujours présents. Logiquement, cet acte terroriste ressemble plus au travail d’un « loup solitaire » qu’à celui d’une organisation établie.

Quoi qu’il en soit, depuis l’attaque internationale coordonnée sur le territoire de l’Etat islamique et sa défaite conséquente, seuls les « loups solitaires » ont commis des actes terroristes, dans le désespoir total, comme charger les foules avec des véhicules à toute allure pour causer le maximum de victimes ou attaquer des civils ou des militaires avec un couteau.

L’effort concerté de l’Occidents et certains pays islamiques pour éliminer les terroristes islamistes avec l’aide technique des pays d’Afrique du Nord comme le Maroc a certainement porté ses fruits. Le terrorisme ne peut, bien sûr, être totalement éradiqué, mais les terroristes auront du mal à fonctionner comme ils le faisaient dans le passé et ceci, lentement mais sûrement, mènera à la fin de l’islamisme violent, à long terme.

Dé-radicalisation

Le monde occidental doit adopter des lois strictes pour contrer le lavage de cerveaux des jeunes musulmans issus de l’immigration par les islamistes, une pratique qui est très courante dans les salles de prière improvisées où la prédication religieuse est incendiaire et a pour finalité le terrorisme aveugle.

Comme c’est le cas au Maroc, les salles de prière doivent être placées sous le contrôle strict de l’état et les imams doivent être formés et contrôlés avant d’assumer leurs fonctions. Leurs sermons doivent être émis par une autorité religieuse centrale contrôlée par l’état et les mosquées et salles de prière ne seront autorisées à ouvrir que seulement pour les heures de prière et pendant des célébrations religieuses spécifiques.

De nombreux pays, musulmans ou non musulmans, peuvent apprendre beaucoup de la gestion marocaine exemplaire du domaine religieux en ce qui concerne la formation des imams et les clercs religieux avec comme mission primordiale apporter une aide religieuse précieuse à la population dans le contexte de l’approche de la wasatiyyah, pratique modérée de l’islam, ainsi qu’un contrôle strict de la mosquée, de la prédication et des organisations et associations religieuses et de l’origine de leurs finances. La dé-radicalisation active aura, sans doute, des répercussions positives sur les publications, les réunions et toutes sortes et les rassemblements et les célébrations à caractère religieux.

Les jeunes doivent être surveillés de près et les états européens doivent les former à trouver un emploi pour devenir pleinement actifs au sein de la société.

Les islamistes ont grossièrement utilisé la liberté d’action en Occident et ils doivent comprendre, une fois pour toute, que cela n’est plus permis. L’intégration de l’islam modéré dans le tissu social européen est une nécessité urgente aujourd’hui plus que jamais auparavant. Seule la reconnaissance et l’activation de l’islam modéré peuvent contribuer à étouffer l’extrémisme religieux violent. L’Occident apprendra-t-il la leçon ? Seul le temps nous le dira.

Carte de l’Eta islamique

Comment réagir ?

Comment alors les gouvernements devraient-ils réagir ? Jusqu’à présent, l’accent a été mis sur les coups durs contre les terroristes grâce à une combinaison d’opérations de combat visant à détruire les refuges et à l’institution de procédures extrajudiciaires d’application des lois qui ont considérablement élargi les pouvoirs de recherche, d’arrestation et d’enquête de la police et des services de sécurité.  Bien que ces mesures puissent avoir un rôle à jouer dans le durcissement de l’appareil d’état contre le militantisme religieux, elles n’atteignent pas vraiment le nœud du problème actuel, qui concerne en réalité un conflit de valeurs entre des interprétations modérées et extrêmes de l’islam.

Développer des récits sophistiqués et crédibles qui démystifient et fournissent des alternatives positives à l’idéologie de l’extrémisme violent – employant essentiellement des mots et des croyances pour promouvoir les principes pacifiques et constructifs de la foi musulmane – semble être une approche utile. Cela impliquerait de dialoguer avec les croyants, les religieux, les anciens, les organisations caritatives et les dirigeants communautaires pour identifier ceux qui pourraient être potentiellement vulnérables à la rhétorique des messages radicaux et travailler consciencieusement pour les empêcher d’être aspirés dans l’état d’esprit linéaire « nous contre eux » de groupes tels qu’Al-Qaida et le groupe État islamique en veillant à ce qu’ils reçoivent des conseils et un soutien approprié. Les kamikazes et les fanatiques religieux qui massacrent des civils sans motif sont endoctrinés à penser et à agir de cette façon. Cela signifie que l’éducation doit être un élément central de toute stratégie antiterroriste viable.

Vous pouvez suivre le Professeur Mohamed CHTATOU sur Twitter : @Ayurinu

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Article19.ma

2 Commentaires

  1. bonsoir , tant que des Imams qui insultent, les autres religions (un imam à la mosquée ARRAHAM à Fes Hay Tghate, il n’y a pas un seule vendredi où il ne triate pas les juifs des chiens et des mécrantqs des singes , donc c’est une tromperie de dire que l’intégrisme, il est en déclin , ils faux même de le penser
    tendez les oreilles , dans les prière des Mosquées , qu’il soit au Maroc ou en Europe , vous allez comprendre le pourquoi l’intégrisme est bel et bien , est très bien vivant , nos jeunes , en général les jeunes incultes, et sans objectif bien visé , ils croient dure comme fer que l’Imam il dit que la vérité mais au fait , l’Imam il improvise , il déforme , il impute , il fait des prosélytisme , surtout , envers les Juifs et les mécréants
    je vais dans une Mosquée à Fes Mosquée Rahma Hay Tghat , ce Imam il traite les juifs et les mécréants des chiens

  2. bonsoir
    pour confirmer ce que je disais plus haut que l’intégrisme il n’est pas mort
    luisez un article d’un journal aussi sérieux et fiable (le 360)
    …….. je cite : ( Un salafiste radicalisé, qui a purgé dix ans de prison pour terrorisme, s’en est pris à un commerçant, à Rabat. La raison: le marchand écoutait une chanson d’Oum Kalthoum. Quand le vendeur d’olives l’a remis à sa place, l’extrémiste l’a traité de mécréant et l’a menacé de mort.

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