Par Ali Bouzerda

André Gide disait : « Toute pensée non conforme est suspecte ». Suspecte aux yeux de ceux qui se conforment précisément à une norme de pensée qu’ils considèrent porteuse de vérité absolue et qui ne peut être critiquée ou remise en cause.

Avant d’illustrer cette introduction par la triste affaire du journaliste d’investigation Omar Radi, j’aimerais remonter le temps en vous ramenant vers le début des années 70 du siècle dernier, et plus précisément à Sidi Bennour. À cette époque, c’était une localité tranquille de quelques milliers d’habitants et la seule autorité à vrai dire, à part les gendarmes, était le Caïd du ministère de l’Intérieur.

Bref, en 1972, le Caïd convoqua les parents d’élèves à son bureau pour essayer de comprendre de « vive voix » pourquoi la grève a éclaté au seul lycée de la ville qu’on venait juste d’inaugurer. En fait, c’était une seule classe des sciences expérimentales qui a décidé de boycotter les cours, et du coup les autres classes du lycée ont suivi le mouvement. C’était une première dans cet établissement public au moment où ça chauffait dans d’autres lycées à travers le Maroc.

Estimant qu’il était devant un Monsieur qui allait lui donner raisons, le porte-parole des élèves entama une longue explication sur le ras-le-bol des élèves grévistes, notamment à cause du manque d’équipements tels que les microscopes, dont ils avaient besoin pour l’application des cours théoriques…

Le Caïd qui avait d’autres soucis, autres que ceux des lycéens, a réagi au quart de tour et mis fin à cette séance des « chikayates » en s’adressant aux parents présents à côté de leurs rejetons: « Écoutez, ici on veut des gens soumis et non éduqués» ( بغينا ناس طائعين ماشي قاريين ).

La messe était dite… et sans se rendre compte, l’agent d’autorité venait de dévoiler « le tempérament » du Makhzen de l’époque.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts et le Maroc a bel et bien tourné la page des « années de plomb », mais les vieux démons de la mise au pas des journalistes et de tout acte ou parole « anticonformiste » hantent de nouveau le royaume…

Avec cette fin de la deuxième décennie du XXIème siècle, l’image du Maroc à l’étranger comme à l’intérieur a pris un sérieux coup et apparaît de moins en moins comme un « pays d’exception » et « une oasis de libertés » dans un désert de répression qu’est malheureusement le Monde arabe actuellement.

Quand on regarde en arrière, on a le pressentiment que le temps a glissé et que les projecteurs des médias internationaux se sont de nouveau braqués sur le Royaume comme au début des années 90 à cause de sérieux dérapages en matière de liberté d’expression et de presse.

Un rappel : « Notre Ami le Roi », le pamphlet de Gilles Perrault est un exemple qui illustre bien les relations entre la presse et le pouvoir à cette époque. En France à cette époque La presse avait beau faire de la pub à ce livre qui dénonçait les flagrantes violations des droits de l’homme sous le règne du Roi Hassan II, mais le livre n’a pas accédé à la liste des best-sellers.

Mais quand Rabat a réagi en bombardant le Quai d’Orsay à Paris, entre autres, avec 539.427 télégrammes de protestation, le livre de Perrault a immédiatement décollé pour occuper la première place dans les ventes en France et ailleurs…

Stephen O. Hughes, l’ex chef du bureau de Reuters à Rabat a écrit avec un brin d’humour : « Les télégrammes étaient censés être envoyés spontanément par des marocains ordinaires (qui n’avaient pas lu le livre, car bien sûr il était interdit au Maroc, et l’exemplaire que j’ai commandé a été saisi à la poste) ».

Et d’ajouter : Des milliers de protestations « spontanées » avaient le même texte et les mêmes fautes d’orthographe ou de grammaire. « C’était du fonctionnarisme poussé à l’extrême ».

Trente ans plus tard, le mot « extrême » est revenu (31 décembre 2019) dans une déclaration de l’avocat et leader du PAM, Abdellatif Ouahbi.

L’arrestation d’Omar Radi constitue « une atteinte aux droits de l’homme, un « grand recul » de la liberté d’expression et une « mesure sécuritaire extrême », a-t-il protesté dans une déclaration à la presse.

Curieux, même le PAM, dont les cadres font partie du sérail ont peur du « recul » et lance un cri d’alarme par la voix de son avocat « anticonformiste »…

A bon entendeur salut!

Article19.ma

1 COMMENTAIRE

  1. je vous présente mes voeux les meilleurs à vous; les journalistes du journal 19 , et que 2020 soit meilleure , pleine de bonne choses ; santé, Bonheur et la prospérité

    la liberté d’expression est un droit mais aussi la liberté de ne pas toucher celle des autres est sacrée et un droit absolu
    parlant des prisonniers du hirak du Rif , que ce Journaliste dénonce injuste leur emprisonnement

    1) pourquoi ce journaliste il n’a pas dénoncer les actes barbares commis par les gens commandés par Zefzafi , qui d’autoproclamé le Président du la République de Rif
    ce Hirak leur manifestation, sociale soit disant économique , c’est faux c’était et elle politique séparatiste , ils ont brûlé des maisons avec des enfants dedans , combien de mort pendant ce hirak? combien des blessés graves devenus handicapés à vie ? ,et qui va les indemniser ?? QUI ? la ville de Hocima elle est male servie que Taza Taounate Sefrou ect…..
    Zefzafi et son Père, ont trouvé une parade , une idée géniale , vue la liberté est bien ancrée au Maroc , et la liberté sans limite d’expression , leu a donné trop plein , pour demander
    l’autonomie du Rif il faut oser le dire
    Ps
    (jai assisté à l’étranger dans les réunions du hirak organisé dans une ville Française ) vu que je suis du Rif , le but ce n’est socialo -économique , NON, JE JURE c’est une question politique , ils veulent l’indépendance du Rif je le jure

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